Twitter Facebook Flickr Youtube RSS Share

31 janvier 2000 - La situation en Afrique : Intervention de M. Alain Dejammet, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Permettez-moi tout d’abord de m’associer aux paroles de deuil qui ont été exprimées par le ministre des Affaires étrangères de Namibie à propos de la catastrophe aérienne qui a frappé nos amis du Kénya et permettez-moi également d’exprimer notre reconnaissance au président de la Zambie ainsi qu’au ministre des Affaires étrangères d’Afrique du Sud pour être avec nous aujourd’hui.

A propos d’un débat bienvenu, Monsieur le président, dont vous avez eu l’initiative, et qui a permis heureusement, pendant ces quelques semaines sous votre autorité, de combiner les réflexions de caractère général, les réflexions thématiques puis l’examen de situations particulières avec l’espoir que cette conjonction de réflexions générales et d’examen portant sur des situations plus précises permettra de déboucher sur des actions concrètes.

D’abord des réflexions de caractère général. Je crois que l’ensemble des débats que vous avez suscités a d’abord permis d’évaluer en priorité la nécessité, pour la communauté internationale, de continuer d’être aux côtés de l’Afrique comme l’a souligné le ministre des Affaires étrangères d’Afrique du Sud et donc la nécessité de l’aide et de l’aide publique. On a beaucoup parlé, au bénéfice des progrès de la globalisation, des mérites du développement du commerce international. On substitue à l’aide publique. Je crois qu’en fait la réalité démontre que l’aide publique au développement demeure absolument nécessaire. Il faut savoir assister. A cet égard même la réunion que vous avez organisée avec le sénateur Jesse Helms n’a pas été inutile parce que le sénateur a évoqué l’aide offerte par son pays. Il l’a rattachée aux résolutions des Nations unies, ce qui est une bonne chose, cela prouve qu’il comprenait que les Etats-Unis devaient effectivement appliquer en tous domaines les résolutions des Nations unies, mais, pour citer un seul exemple, le chiffre de l’aide publique au développement de la France, qui est un pays bien moins riche que les Etats-Unis, est pratiquement équivalent au chiffre total qui a été mentionné par le sénateur Helms, ce qui prouve, je crois, qu’il y a beaucoup à faire et que tout le monde devrait s’efforcer de se rapprocher des pourcentages qui ont été fixés par les Nations unies, par la communauté internationale, en ce qui concerne le volume de l’aide.

Aide pour aider en priorité, je le répète, l’Afrique. Car à l’origine de bien des difficultés, de bien des crises, de bien des conflits, il y a, il faut le reconnaître, un problème de dénuement, un problème de pauvreté.

Aide en faveur des réfugiés et des personnes déplacées. De ce point de vue, l’exposé de Mme Ogata a été tout à fait intéressant, car Mme Ogata démontrait qu’elle savait prendre des libertés avec le statut de son organisation et venir en aide aux personnes déplacées et non pas uniquement aux personnes réfugiées. Vous aviez attiré l’attention du Conseil sur ce point, Monsieur le président, je crois que c’est tout à fait utile. Il est bien évident que face à des situations telles que celles qui sont connues par l’Angola ou la République démocratique du Congo, il faut trouver le moyen, quelles que soient les modalités administratives, techniques, constitutionnelles, d’aider les personnes déplacées à l’intérieur des pays autant que les personnes réfugiées. Et de ce point de vue, vos remarques ainsi que celles de Mme Ogata étaient parfaitement bienvenues.

Aide pour lutter contre l’épidémie du Sida puisqu’il est démontré qu’il s’agit d’un fléau, d’un fléau qui est à l’origine, en partie, des situations d’instabilité et des crises en Afrique. Je me permets cependant d’insister sur un point que plusieurs délégations ont développé au cours de ce débat. Il ne s’agit pas uniquement de faire de la prévention. Il faut savoir également traiter les malades, s’efforcer de les ramener à un état de santé suffisant ou alors notre effort serait caractérisé par une extraordinaire inéquité : prévention dans le sud, traitement dans le nord, sans lien entre les deux phénomènes. J’insiste donc sur la nécessité de mettre sur pied une conférence qui permettra aux pays du sud d’accéder aux traitements, d’accéder aux médicaments, d’accéder aux soins dans des conditions vraiment supportables.

Aide bien sûr pour aider les pays africains à rétablir la paix dans les opérations de maintien de la paix. Il n’y a pas que des échecs. Mme Fréchette a fait justement remarquer tout à l’heure que le Mozambique était un succès. On peut en citer d’autres avec précautions naturellement, mais enfin on peut considérer avec le recul que ce qu’ont fait les Nations unies à propos de la République Centrafricaine a permis une certaine stabilisation et au moins à des élections de se conduire dans des conditions acceptables. Mais il a fallu monter une opération des Nations unies. Je voudrais également signaler le succès de ce qui a été fait par les Nations unies à propos de la Guinée Bissau. Certes ceci s’est déroulé loin des caméras de télévision, certes ceci a été fait avec beaucoup de discrétion. Je crois que le représentant spécial du Secrétaire général, M. Nana Sinkam, a très bien agi, de telle sorte que des élections ont pu être conduites de manière parfaitement démocratique, que des bonnes relations se sont rétablies entre la Guinée Bissau et ses voisins et tout ceci grâce à l’aide, et à très faible coût, du représentant spécial du Secrétaire général, donc du Secrétaire général, donc des Nations unies. Tout ceci pour montrer que oui les Nations unies, à peu de coût, peuvent faire quelque chose d’utile en Afrique. D’où l’intérêt de toute la réflexion de caractère général que vous avez suscitée ici.

Maintenant en ce qui concerne les situations de crise que nous connaissons, la République démocratique du Congo, bien sûr. La venue à New York de presque tous les chefs d’Etat signataires de l’accord de Lusaka a été extrêmement utile pour entendre de leur part la reconfirmation de leur engagement à respecter et mettre en oeuvre cet accord et leur souhait de voir se déployer rapidement une opération de maintien de la paix conduite par les Nations unies et ce caractère est important. Elle a été utile également pour permettre des échanges entre les chefs d’Etat signataires ainsi qu’avec le Secrétaire général afin d’obtenir du secrétariat des Nations unies des éclaircissements sur ce que notre organisation peut faire, veut faire, à l’appui du processus du paix.

Maintenant la balle est revenue dans le camp du Conseil de sécurité. Il va donc nous falloir agir. Il va nous falloir adopter rapidement la résolution élargissant le mandat et augmentant les effectifs de la MONUC, sur la base des recommandations du Secrétaire général et doter les Nations unies des ressources nécessaires, c’est-à-dire payer les contributions qui seront dues, fournir du personnel et un soutien logistique. Il faudra apporter notre appui au dialogue national. Il faudra garder à l’esprit, comme nous nous y sommes engagés dans la déclaration présidentielle du 26 janvier, l’étape ultérieure de l’opération de maintien de la paix, car il y a une autre étape, en pensant très sérieusement à la possibilité d’une sécurisation de la frontière de la République démocratique du Congo avec l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi, comme l’élément d’une réponse aux exigences légitimes de sécurité de tous ces pays.Il faudra agir auprès de toutes les parties pour qu’elles respectent leurs engagements et appliquent l’accord de bonne foi. Il faut aussi nous préoccuper, comme cela a été suggéré par plusieurs membres du conseil, de la question de l’exploitation illicite, du pillage, pourrait-on dire, des ressources naturelles du Congo, exploitation illicite qui pourrait constituer à la fois un moyen et un objectif de l’occupation d’une partie du territoire de ce pays par des forces étrangères. C’est là quelque chose sur lequel nous devons réfléchir.

Enfin nous devons contribuer à la réunion de cette conférence internationale sur la paix, la sécurité, la démocratie et le développement dans la région des Grands lacs qui est appuyée par beaucoup de membres. Ici même ce matin, ceci nous a été rappelé par le ministre des Affaires étrangères de Namibie. Il s’agit d’une conférence internationale dont d’ailleurs l’idée remonte à l’OUA, mais qui doit être organisée collectivement sous l’égide des Nations unies pour impliquer l’ensemble de la communauté internationale sous tous ses aspects, notamment dans le domaine de l’aide, et puis sous l’égide également de l’OUA. Et ce projet de conférence qui avait été lancé et initié dès 1994 par l’OUA a pris avec le temps un certain volume. Il faudrait quand même maintenant essayer de concrétiser.

Autre situation régionale qui a attiré à juste titre notre attention : le Burundi. Les choses peuvent changer, ont déjà changé dans le bon sens grâce à la prise de fonction du président Mandela, grâce à son autorité. Nous devons lui apporter notre concours, tous, concours politique, mais concours également financier. Mais gardons à l’esprit que si la situation au Burundi n’est pas bonne, il ne faut pas ajouter aux difficultés que connait ce pays dans le domaine politique, dans le domaine de la sécurité. Il ne faut pas y ajouter les difficultés qui tiennent à la précarité de sa situation économique, une situation de plus en plus dégradée qui ne peut que nourrir, à son tour, les extrémismes de tous bords. En conséquence de quoi nous devons certes allier une fermeté sur les principes - poursuite du processus de paix, cessez-le-feu, arrêt des regroupements de population - mais nous devons allier cette fermeté sur les principes avec une aide économique internationale au bénéfice du Burundi, au bénéfice d’une population très pauvre. Ne perdons pas de vue cette nécessité de conjuguer cette fermeté sur les principes et l’aide à la population de ce pays.

En Angola, il nous faut continuer d’appuyer le Protocole de Lusaka et les résolutions du Conseil de sécurité, notamment en ce qui concerne la stricte application des sanctions contre l’UNITA, et veiller au progrès de l’ Etat de droit et au respect du droit humanitaire international, mais nous en reparlerons bientôt à l’occasion des réunions consacrées à l’examen des sanctions.

En Sierra Leone, nous devons adopter le plus vite possible le projet de résolution qui élargit le mandat de la MINUSIL et faire passer ses effectifs à 11.000 personnes afin de consolider la mise en oeuvre toujours fragile de l’accord de paix de Lomé.

Enfin, Monsieur le président, quelle que soit la très grande sensibilité du problème entre l’Ethiopie et l’Erythrée et tout en reconnaissant bien volontiers les vertus de la discrétion et de la diplomatie silencieuse, nous ne pouvons pas ignorer ce conflit qui a déjà fait plusieurs dizaines de milliers de morts. Le Conseil doit donc se tenir prêt, au moins intellectuellement, à apporter sa contribution concrète au règlement de ce conflit le moment venu.

Nous pouvons faire la même remarque à propos de la Somalie. Dès lors que les propositions du président Guelleh de Djibouti auront été définitivement formalisées, il sera utile que le Conseil puisse mettre tout son poids dans la balance pour obtenir la mise en oeuvre de ces propositions par toutes les parties concernées.

Voilà, Monsieur le président, ce qu’en quelques mots il me paraissait utile de dire pour, une fois de plus, vous remercier d’avoir consacré l’essentiel des efforts du Conseil de sécurité, sous votre présidence, à l’Afrique. Vous avez montré, à cette occasion, l’engagement de votre pays à joindre ses efforts à ceux des autres. Nous vous en remercions et nous invitons la future présidence argentine à faire également du mois de février un autre "mois de l’Afrique" parce que les sujets que nous avons à traiter restent extrêmement importants et il s’agit de reprendre la balle qui vous a été envoyée par cet excellent joueur de football américain qu’est M. Holbrooke et à transformer l’essai. Merci.



Bookmark and Share
Bookmark and Share
Rss
Organisation des Nations Unies Présidence de la République France Diplomatie La France à l'Office des Nations Unies à Genève Union Européenne Première réunion de l'ONU