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5 juillet 2000 - La situation en Sierra Leone : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, au nom de l’Union Européenne

J’ai l’honneur de prendre la parole au nom de l’Union européenne. Les pays d’Europe centrale et orientale associés à l’Union européenne (Bulgarie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, République tchèque, Roumanie, Slovaquie), Chypre, Malte et la Turquie (pays également associés) se rallient à cette déclaration.

Je souhaiterais marquer le soutien de l’Union européenne à la résolution préparée avec talent et détermination par le Royaume Uni sur la situation en Sierra Leone, le renforcement du dispositif existant de sanctions et l’établissement d’un régime d’embargo à l’encontre des diamants bruts exportés illégalement de Sierra Leone. L’adoption de cette résolution constitue une première étape et montre que la Communauté internationale entend réagir de la façon la plus ferme aux événements qui sont intervenus en Sierra Leone depuis le début du mois de mai.

L’Union européenne souhaite également que le Conseil de sécurité puisse, d’une part, se prononcer rapidement et positivement sur l’augmentation des effectifs de la Mission des Nations unies en Sierra Leone (MINUSIL) proposée dans le dernier rapport du Secrétaire général et, d’autre part, examiner l’assistance qui pourrait être apportée au gouvernement sierra-leonais afin de juger M. Foday Sankoh et d’autres responsables des violations de l’accord de Lomé.

L’Union européenne condamne avec vigueur les agissements du Front Révolutionnaire Uni (FRU), en particulier les attaques et les manoeuvres hostiles commises à l’encontre de la MINUSIL. Elle appelle le FRU à respecter immédiatement et inconditionnellement ses engagements passés et à entamer notamment le processus de démobilisation et de désarmement prévu par l’accord de Lomé. L’Union européenne souligne la responsabilité personnelle de M. Foday Sankoh dans le déroulement des récents événements. De ce fait, il ne pourra plus être considéré, en aucun cas, comme un partenaire du processus de paix.

L’Union européenne considère les mesures proposées dans la résolution comme particulièrement opportunes pour plusieurs raisons :

En premier lieu, elles visent à mettre fin à l’exploitation illégale des diamants sierra-leonais par le Front Révolutionnaire Uni, exploitation qui contribue grandement au financement de l’effort de guerre de ce mouvement et qui appauvrit le peuple sierra-leonais dans son ensemble. L’Union européenne est convaincue que l’établissement d’une paix durable en Sierra Leone passe par le tarissement des ressources financières du FRU.

En second lieu, ces mesures ont fait l’objet d’une consultation étroite avec le Gouvernement Sierra-léonais. Elles marquent un souci de coopération avec les acteurs économiques de la filière diamantaire. L’instauration d’un régime efficace de certificat d’origine applicable à la production Sierra leonaise de diamants pourra, à terme, compléter les efforts déjà entrepris par le Conseil de Sécurité dans d’autres pays africains, notamment en Angola. Il redonnera une pleine légitimité au commerce des diamants qui doit contribuer, en Afrique comme dans d’autres régions du monde, à la paix et au développement.

En troisième et dernier lieu, ces mesures vont renforcer le dispositif existant d’embargo sur les armes. L’Union européenne a eu l’occasion à plusieurs reprises de marquer sa préoccupation devant les violations de la résolution 1171 du Conseil de sécurité. La proposition d’établissement, par le Secrétaire général, d’un groupe d’experts chargé de rassembler des informations sur les violations de cet embargo et d’examiner les liens entre le commerce des diamants et le commerce des armements, recueille tout particulièrement le soutien de l’Union européenne. Celle-ci appelle tous les pays concernés, en premier lieu les pays voisins de la Sierra Leone, à coopérer de façon exemplaire avec ce groupe d’experts.

L’Union européenne accueille avec satisfaction toutes les dispositions prises pour renforcer le rôle du Comité des sanctions créé par la résolution 1132. La tenue par le Comité des sanctions, d’ici à la fin de ce mois, d’une audition préliminaire afin d’évaluer le rôle des diamants dans le conflit en Sierra Leone et les liens entre le commerce des diamants sierra-leonais et le commerce des armements, constitue une décision importante. Nous espérons que la tenue d’une telle audition, associant des experts gouvernementaux et non-gouvernementaux, pourra servir de précédent pour le travail d’autres comités.

L’Union européenne relève également que la résolution institue le régime d’embargo sur les diamants pour une période initiale de 18 mois et prévoit un examen semestriel de la mise en oeuvre de l’embargo. L’Union européenne note l’engagement pris par le Conseil de sécurité de réexaminer la situation en profondeur à l’issue de la période de 18 mois afin, le cas échéant, de prendre une nouvelle décision pour proroger les mesures prises et, si nécessaire, les modifier ou en adopter de nouvelles, en tenant compte de l’étendue de l’autorité du Gouvernement sur les zones de production de diamants. Pour l’Union européenne, toutes ces dispositions visent bien à appuyer l’effort des autorités sierra-leonaises afin de leur permettre de reprendre le contrôle des ressources qui leur ont échappé. Elles traduisent le souci du Conseil de sécurité de voir les mesures qu’il adopte effectivement suivies d’effet.

L’Union européenne se félicite enfin de la coordination étroite établie sur le dossier sierra-leonais entre le Conseil de sécurité et les Etats membres de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). La séance organisée le mois dernier entre le Conseil de sécurité et la délégation ministérielle du Comité des Six sur la Sierra Leone du Conseil de médiation et de sécurité de la CEDEAO témoigne de ce rapprochement indispensable. L’Union européenne rappelle que le rétablissement de la paix en Sierra Leone ne sera possible qu’avec un soutien actif des pays de la région. En sens inverse la persistance d’une insécurité chronique en Sierra Leone handicaperait le développement sous-régional et alimenterait la déstabilisation des pays voisins.



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