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7 février 2001 - RDC : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Nous nous félicitons de pouvoir entendre aujourd’hui le Président Kagamé et nous nous réjouissons des bonnes dispositions dont il nous a fait part en vue d’un règlement du conflit. De même avions nous pris note avec un grand intérêt de la rencontre il y a quelques jours entre les Présidents Kagamé et Kabila. Ce dialogue, s’il se poursuit comme nous le souhaitons vivement, nous rapprochera d’un règlement du conflit. Voila autant de signes encourageants, au moment où, comme le disait la semaine dernière le Secrétaire Général, un certain calme est revenu sur les fronts de RDC. Il y a incontestablement aujourd’hui - mais pour combien de temps ? - une occasion à saisir pour relancer le processus de l’accord de Lusaka.

Relancer le processus de l’accord de Lusaka, et passer enfin à la phase II du déploiement de la Monuc, implique d’initier sans tarder davantage le désengagement et le retrait des forces étrangères de RDC, conformément aux accords signés par les belligérants et aux résolutions pertinentes du Conseil. Ces résolutions, en particulier la résolution 1304, disposent, je le rappelle, que ce retrait devra être progressif et phasé, et devra commencer par les troupes des Etats non-invités en RDC. Les Etats auxquels ces résolutions s’imposent ne sauraient subordonner leur mise en oeuvre à des conditions. Le Conseil de Sécurité a déjà eu l’occasion de le souligner : la présence de forces d’agression en RDC n’est pas acceptable. Le devoir du Conseil est de rappeler, partout et toujours, les principes fondamentaux de la charte que sont le respect de l’indépendance, de la souveraineté, de l’intégrité territoriale des Etats. Nous avons noté la disposition exprimée par les autorités rwandaises à retirer leurs forces de Pweto dès l’arrivée des observateurs de la Monuc. Ceux-ci devraient être déployés rapidement, et nous suivrons avec attention la manière dont le Rwanda se conformera à son engagement. Ce sera un premier pas dans la bonne direction.

Je voudrais rappeler en outre les préoccupations déjà exprimées par le Conseil à l’égard des violations massives des droits de l’hommes en RDC, en particulier dans l’est du pays. Préoccupations aussi à la suite des informations relatives au pillage à grande échelle des ressources naturelles de la RDC, notamment au Kivu. Sur ce point, nous attendons tous avec un grand intérêt les conclusions et les recommandations du groupe d’experts créé par le Conseil de Sécurité, qui devrait remettre son rapport à la fin mars.

Monsieur le Président, le retour à la stabilité dans la région passe donc d’abord par la mise en oeuvre du retrait des forces étrangères. Toutefois, le volet interne de l’accord de Lusaka est tout aussi nécessaire. Nous nous félicitons sur ce point des résolutions encourageantes affichées par le Président Kabila, dont nous suivrons avec intérêt la mise en oeuvre. On pourra toutefois relever que la mise en place d’un dialogue intérieur, associant tous les acteurs de la vie politique, ne doit pas se limiter à la seule RDC. C’est une des clefs du règlement de la crise pour la région toute entière.

Le Président Kagamé souligne, à juste titre, ses propres préoccupations de sécurité. Ces préoccupations sont légitimes, et le Conseil de Sécurité est conscient de la nécessité pour le Rwanda de pouvoir bénéficier, à l’intérieur de ses frontières, d’une paix et d’une stabilité que ne viendraient pas mettre en péril des menaces extérieures. Nous avons tous pris bonne note des efforts des autorités rwandaises pour régler la question des ex-FAR, et nous nous félicitons de constater que nombre d’entre eux ont déjà été réintégrés dans l’Armée Patriotique Rwandaise. Il faut poursuivre dans cette voie. La question des ex-Far et des milices interahamwe sera sans doute aussi, pour partie, à régler entre les autorités de Kinshasa et celles de Kigali. Mais l’aide de la communauté internationale sera également nécessaire. C’est dans cet esprit que le Conseil de Sécurité a fait savoir qu’il était prêt à envisager le déploiement de personnels de la Monuc à Goma ou à Bukavu, le long de la frontière avec le Rwanda.

Les semaines qui viennent devraient permettre de faire progresser le règlement de ce conflit, qui n’a que trop été retardé. La rencontre du Conseil de Sécurité avec le Comité politique de l’accord de Lusaka, dans deux semaines, et les réunions et sommets qui la précéderont, devront aboutir, si l’ensemble des parties au conflit fait les efforts nécessaires, à un processus irréversible de désengagement et de retrait, qui nous rapprochera d’une solution de cette crise. Je voudrais assurer sur ce point le Président Kagamé de la volonté de la France de travailler à un tel règlement, qui devra prendre en compte les intérêts et les préoccupations légitimes de toutes les parties impliquées.



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