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9 juin 2000 - La situation au Kosovo : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Dans cette même salle, il y a un an, le Conseil de sécurité adoptait la résolution 1244. Le Kosovo était alors dévasté mais des centaines de milliers de réfugiés et de déplacés percevaient enfin un espoir de rentrer dans leurs foyers. Leurs maisons étaient détruites. Les infrastructures, mal entretenues, laissées à l’abandon par le pouvoir central depuis plusieurs années, étaient hors d’usage. Surtout, les haines, nourries par les atrocités récentes, ne demandaient qu’à resurgir. C’est ce territoire, c’est cette société, marqués par la violence et les destructions, que les Nations unies, il y a un an, ont reçu la lourde tâche d’administrer. C’est cette situation initiale qu’il convient de garder à l’esprit pour apprécier le travail accompli depuis par le Représentant spécial, M. Kouchner. Aujourd’hui les réfugiés et les déplacés sont rentrés pour la plupart. La vie a repris son cours. Mais il ne faut jamais oublier que les choses les plus simples de la vie quotidienne sont, chaque fois, des victoires arrachées par la MINUK sur le passé.

Bien sûr des problèmes demeurent. J’ai fait part au début de cette séance des difficultés rapportées par la délégation de Serbes du Kosovo que j’ai rencontrée hier. Les violences qui ont visé ces derniers jours des membres de cette communauté, dont des enfants, sont totalement inacceptables. Les responsables kosovars doivent prendre leurs responsabilités et mettre tout en oeuvre pour empêcher que de tels actes ne se reproduisent. Je salue, dans cet esprit, les déclarations qui ont été faites aujourd’hui par MM. Rugova et Thaci. Il faut empêcher que la violence et la terreur l’emportent. Il faut refuser de donner le champ libre aux extrémistes dont les objectifs sont opposés à ceux du Conseil de sécurité.

Grâce aux efforts inépuisables de M. Kouchner et de toute son équipe, des structures de co-administration ont été mises en place. Grâce à ses efforts, des responsables serbes avaient accepté de participer comme observateurs aux séances du Conseil administratif intérimaire et du Conseil de transition du Kossovo. Cette politique commençait à porter ses fruits. Le 10 mai, le Conseil de transition avait ainsi adopté une déclaration politique très importante, au regard des haines passées, sur la tolérance. Tout doit être mis en oeuvre pour rétablir ce dialogue. A cette fin, nous soutenons les efforts de la MINUK et de la KFOR pour améliorer la sécurité de toutes les communautés et nous souhaitons que la coopération entre tous les Kosovars et les organisations internationales reprenne au plus tôt.

Il faut poursuivre les efforts menés pour garantir la protection effective des minorités. Il faut apporter des solutions concrètes pour permettre aux membres des minorités d’avoir accès aux services publics, aux soins médicaux. Pour leur permettre de développer une activité économique au niveau local. Pour leur permettre de recevoir la formation professionnelle dont ils ont besoin pour prendre leur place dans l’économie et dans la société du Kosovo. Beaucoup a déjà été fait par M. Kouchner et ses équipes, notamment dans le cadre de l’agenda pour la co-existence. Il doit, pour cela aussi, recevoir notre gratitude et notre entier soutien.

Après un an d’existence, la MINUK ne doit pas être jugée uniquement sur les violences qui continuent de s’exercer contre les minorités. La réconciliation ne se décrète pas. Il faudra encore plusieurs années pour qu’une existence en bonne entente des communautés du Kosovo soit envisageable. Une réconciliation durable exige également que la question des prisonniers et des personnes disparues reçoive une réponse appropriée. Nous approuvons l’idée de nommer un envoyé spécial pour cette question. Une coordination avec le CICR sera bien sûr nécessaire. Et il va de soi que le mandat de cet envoyé spécial devra concerner les disparus et les détenus de toutes les communautés.

La MINUK a pour mission de créer les conditions, matérielles, administratives, politiques pour que cet avenir de co-existence soit possible. Là aussi, beaucoup a déjà été fait par la Mission dirigée par M. Kouchner ainsi que par la KFOR, dont l’Eurocorps, et c’est une nouveauté importante, forme aujourd’hui le noyau de l’état-major et assure le commandement.

Les orateurs qui m’ont précédé ont, pour la plupart, souligné tout ce que la MINUK a accompli en un an. Je me bornerai donc à insister sur le fait que tous ces projets menés à bien par la Mission et le Représentant spécial, malgré les difficultés, ont créé des fondements durables pour l’avenir du Kosovo : les services essentiels, l’eau, l’électricité, le chauffage ont été restaurés. Les maisons ont été reconstruites. Les combattants de l’ex-UCK ont été démilitarisés et réintégrés dans une structure civile. Les différentes composantes de la société Kosovare ont été associées dans les structures de co-administration.

Néanmoins des chantiers importants restent ouverts. Comment pourrait-il en être autrement après seulement un an ?

- Les élections locales d’abord. Il est essentiel d’être très précis et très rigoureux pour la préparation du scrutin et les conditions de sa tenue. Il est également essentiel d’encourager la participation des Kosovars serbes. En empêchant les Serbes du Kosovo de prendre part au processus d’enregistrement et donc aux élections, M. Milosevic les prive de la possibilité de prendre en main leur avenir au Kosovo et il démontre ainsi qu’il n’est pas le défenseur de leurs intérêts.

- La création d’un véritable Etat de droit vient ensuite. Il faut mettre en place tous les maillons nécessaires. Des forces de police mais aussi des juges et des prisons, pour lutter contre la culture de l’impunité.

- Enfin, les discussions à mener, dans un cadre approprié et au moment le plus opportun, sur le contenu de l’autonomie.

Ce premier anniversaire de l’adoption de la résolution 1244 est une date importante, certes, mais qui ne doit pas nous conduire à oublier que la mission confiée à la MINUK nécessite du temps. Du temps, mais aussi des moyens. Moyens financiers et moyens en personnel. Cette séance du Conseil aura permis de sensibiliser les Etats présents à l’importance de fournir à la MINUK les moyens dont elle a toujours besoin. Je m’associe, sur le plan du recrutement, à ce que l’ambassadeur du Canada vient de dire ; c’est un progrès important qui a ainsi été accompli. Notre séance aura également de renouveler à M. Kouchner et à l’ensemble du personnel de la mission sur place, notre entier soutien pour l’accomplissement de leur tâche difficile.



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