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9 novembre 2001 - RDC - réunion du Conseil de sécurité avec les ministres du Comité politique des Accords de Lusaka : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

C’est la troisième fois cette année que le Conseil de sécurité se réunit avec les ministres du Comité politique de l’Accord de Lusaka pour évoquer le processus de paix en République démocratique du Congo (RDC), après leurs rencontres en février à New York et en mai à Lusaka. La présence aujourd’hui du Premier ministre de la Jamaïque, M. Patterson, ainsi que du Secrétaire général des Nations unies, M. Annan, témoigne de l’importance de cet événement.

Je note deux innovations par rapport aux réunions précédentes. La première, c’est la participation du ministre des Affaires étrangères burundais, M. Térence Sinunguruza, qui témoigne des liens entre les processus de paix burundais et congolais. La seconde, c’est la présence du nouveau Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies, M. Ngongi, qui a pris la succession de M. Morjane, et dont je tiens à saluer la compétence et l’efficacité.

Des progrès incontestables ont été réalisés. Le désengagement est quasiment achevé sur les lignes de Harare et le cessez-le-feu est respecté, deux éléments positifs qui ont amené le Secrétaire général à recommander le passage à la phase III du déploiement de la MONUC. Le Conseil de sécurité apporte son soutien à cette approche et appelle les partenaires à s’engager ensemble dans cette nouvelle phase du processus de paix en RDC, sous la forme d’un véritable contrat.

Quels sont les éléments de ce contrat entre le Comité politique et le Conseil de sécurité ?

1 - Le premier d’entre eux, c’est la démilitarisation de Kisangani, conformément à la résolution 1304, dont le Conseil de sécurité exige la mise en oeuvre.

Je souhaiterais évoquer les conditions de cette démilitarisation. La première, c’est bien sûr que le retrait des uns ne s’accompagne pas d’une avancée des autres. Le Conseil de sécurité exige que toutes les forces militaires présentes quittent la ville et qu’aucune force militaire nouvelle ne s’y installe après le départ des premières. Dans le cas contraire, le Conseil réagirait de la façon la plus ferme et prendrait les mesures nécessaires face à cette occupation. La deuxième condition, c’est le renforcement de la présence de la MONUC à Kisangani, à mesure que la démilitarisation progresse. Son rôle sera double : protéger les équipes du génie qui travailleront sur le chantier ferroviaire d’Ubundu et former une unité de police civile chargée d’assurer la sécurité dans la ville.

J’en appelle à nos partenaires du RDC-Goma pour conclure enfin sur cette question, dont le règlement n’a que trop traîné.

2 - Le second élément du contrat consiste en la mise en oeuvre réussie de la phase III du déploiement de la MONUC. Quelques conditions doivent être réunies pour y parvenir.

a/ La première de ces conditions, c’est bien sûr la coopération des parties avec la MONUC. Les entraves persistantes à l’action de la MONUC sont inacceptables et j’appelle toutes les parties à y mettre fin.

b/ La mise en oeuvre du processus de désarmement, démobilisation, réintégration, rapatriement et réinstallation (DDRRR) est l’un des grands objectifs de la phase actuelle. Le règlement de la question des groupes armés implique des efforts de la part de tous les protagonistes :

- Il faut tout d’abord cesser tout soutien aux groupes armés. La poursuite des conflits dans l’Est de la RDC constitue à cet égard un motif de grave préoccupation du Conseil.

- Il est également indispensable de préparer les conditions de retour au pays des ex-combattants qui auront accepté de rendre leurs armes. Le DDRRR est un processus volontaire. Il faut donc inciter les ex-membres des groupes armés à rentrer au Rwanda, en les convainquant que leur sécurité y est assurée et que toutes les conditions propices à leur retour sont réunies.

- Un accord entre les présidents Kabila et Kagamé doit intervenir sur le cadre politique du processus. Leurs premiers contacts se sont révélés décevants, mais il faut les encourager à poursuivre leur dialogue. Nous sommes persuadés qu’un accord entre les deux présidents est nécessaire et possible.

- Enfin, la MONUC doit disposer de toutes les informations opérationnelles nécessaires à la planification de son action. J’encourage toutes les parties concernées à les lui fournir le plus rapidement possible.

c/ Le retrait des forces étrangères du territoire congolais constitue l’autre grand volet de la phase III de la MONUC, aux côtés du DDRRR.

Je félicite à cet égard la Namibie pour le retrait total de ses troupes, et l’Ouganda pour son retrait partiel. Je prends note du départ de certains éléments zimbabwéens et angolais. Je rappelle que l’accord de Lusaka prévoit le retrait de toutes les forces étrangères du territoire congolais. Là aussi, les parties doivent fournir à la MONUC les informations opérationnelles nécessaires, incluant un calendrier précis, pour que la force puisse planifier son soutien au processus de retrait. La MONUC le demande depuis longtemps (mai 2001) ; il faut lui donner satisfaction sans tarder davantage.

d/ J’en viens maintenant à un point opérationnel essentiel, celui du déploiement de la MONUC à Kindu. Cette ville est au cœur du nouveau concept d’opérations proposé par le Secrétaire général, qui prévoit l’envoi de 2000 hommes dans l’est du pays d’ici l’été prochain, afin de contribuer au désarmement volontaire des groupes armés. Une telle action n’est possible que dans un environnement neutre. La MONUC ne sera en effet pas en mesure d’établir les contacts nécessaires avec les groupes armés tant que se maintiendra une présence militaire rwandaise ou du RCD à proximité immédiate de Kindu, qui dissuaderait les "forces négatives" de s’y rendre. Le déploiement de la MONUC dans cette ville implique donc en parallèle sa démilitarisation. L’annonce par le RCD et le MLC de la création d’une force militaire conjointe de 4000 hommes constitue à cet égard un sujet de préoccupation.

e/ La reprise économique, sans laquelle la paix et la stabilité sont impossibles, constitue le cinquième volet du processus de paix.

- C’est pourquoi le Conseil de sécurité demande que soit mis fin au pillage des ressources de la RDC. Les ressources du Congo appartiennent aux Congolais. Il est inacceptable qu’elles servent à financer l’effort de guerre, à fortiori l’effort de guerre de pays étrangers. Nous aurons bientôt l’occasion de revenir sur ce point, avec la publication prochaine du rapport de l’ambassadeur Kassem sur l’exploitation illégale des ressources en RDC.

- La reprise économique passe aussi par la reprise des échanges commerciaux à travers le pays. Celle-ci implique pour commencer la libre circulation sur le fleuve, entre Kinshasa et Kisangani. La mission du Conseil de sécurité avait assisté, en mai dernier, à la réouverture du trafic sur le fleuve à Mbandaka. Cela avait marqué une étape importante. Mais il faut continuer à aller de l’avant : toute entrave à la circulation sur le fleuve doit cesser.

- La communauté internationale, enfin, a elle aussi un rôle à jouer : il lui revient de soutenir et financer la reconstruction du pays pour renforcer le processus de paix.

f/ J’adresse enfin un message à toutes les parties, afin que progressent la situation humanitaire et celle des Droits de l’Homme sur le territoire qu’elles contrôlent. Il reste encore beaucoup à faire pour mettre fin aux violations persistantes des Droits de l’Homme, comme en témoigne le dernier rapport de M. Garreton.

3 - Le troisième élément du contrat consiste en la reprise du dialogue intercongolais. Certes ce dialogue ne relève pas de la compétence du Conseil de sécurité, ni du Comité politique, mais des Congolais eux-mêmes, avec le soutien de la Facilitation. Nous avons assisté au succès de la rencontre de Gaborone et, tout récemment, au relatif échec de celle d’Addis-Abeba. Je lance un appel aux parties congolaises présentes aujourd’hui, le gouvernement, le MLC et le RCD, afin qu’elles reprennent très vite leur dialogue. Le processus de paix repose en effet sur deux piliers : le passage à la phase III de la MONUC et le dialogue intercongolais, qui doivent avancer parallèlement.

Tels sont les éléments sur lesquels repose notre stratégie commune en RDC. Elle prend bien la forme d’un contrat entre le Conseil de sécurité et le Comité politique de l’Accord de Lusaka : en contrepartie de nos efforts (le déploiement de la MONUC), nous attendons des engagements précis de votre part. Je souhaite que cette journée consacrée à la paix en RDC et dans les Grands lacs fournisse l’occasion de nouveaux progrès concrets pour que la phase III de la MONUC soit un succès décisif./.



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