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28 août 2007 - Conseil de sécurité - " Maintien de la paix et de la sécurité internationales, rôle du Conseil de sécurité dans la prévention et le règlement des conflits, en particulier en Afrique "

Merci Monsieur le Président.

Tout d’abord, je souhaiterais vous remercier d’avoir organisé ce débat public. L’implication du Congo, qui préside le groupe de travail sur la prévention des conflits, créée par la résolution 1625, est ancienne et active. Nous saluons cette implication de même que ma délégation salue la présence au début de nos travaux du Secrétaire général, celle également de la vice Secrétaire générale ainsi que leur engagement résolu en faveur de l’Afrique. Je souhaiterais également remercier l’Ambassadeur Merores et l’Ambassadeur Christian pour leurs interventions. Je souhaiterais également indiquer que ma délégation s’associe pleinement à la déclaration qui sera prononcée tout à l’heure par le Représentant Permanent du Portugal au nom de l’union européenne.

Monsieur le Président, le sujet de notre débat revêt une importance toute particulière pour les autorités françaises, dans le cadre général de notre engagement au service de la paix en Afrique. Dans cet esprit, le Président de la République française présidera à New York, en marge de l’ouverture de l’Assemblée générale, une réunion du Conseil de sécurité au niveau des Chefs d’Etat et de gouvernement consacrée au thème de " L’Afrique et les défis à la paix et à la sécurité internationales ".

Le Conseil de sécurité intensifie son implication dans la lutte contre les conflits, en particulier en Afrique, en prenant en compte de manière croissante leur dimension régionale, comme il l’a fait en traitant successivement du Darfour et des conséquences régionales de cette crise sur les pays voisins. Nous devons poursuivre dans cette voie mais aussi étoffer notre réflexion sur la prévention. Le Conseil ne doit-il pas s’interroger sur ce qui fait la spécificité de la prévention, qui doit l’amener à intervenir dans ces contextes sensibles, où l’absence de crise ouverte rend plus difficile, même lorsque le temps presse, la justification d’actions qui doivent être prises dans l’urgence ? Comment, de façon concrète, le Conseil peut-il et doit il agir dans ce contexte ?

Le Secrétaire général a fait part de ses réflexions sur ce qui peut être fait pour rendre le Secrétariat plus efficace dans la prévention des conflits. Ma délégation souhaiterait suggérer quelques pistes pour nourrir notre réflexion :

• Tout d’abord le Conseil de Sécurité, à travers le Secrétariat, doit sans doute être mieux et plus vite informé des signes avant-coureurs multiples qui peuvent annoncer une crise. • Cela passe par un renforcement des outils du Secrétariat pour connaître et évaluer les situations de crise. Le Secrétaire général, joue en effet un rôle essentiel en la matière puisque la Charte des Nations Unies lui permet d’appeler l’attention du Conseil sur telle ou telle situation mais aussi parce qu’il exerce dans la discrétion souvent un rôle efficace de médiateur, comme cela a été fait sur la question de la frontière entre le Cameroun et le Nigeria et notamment s’agissant de la presqu’île de Bakassi. • Une politique plus ambitieuse de prévention passe aussi par une coopération accrue, s’agissant de l’Afrique, entre les Nations Unies et l’Union africaine et en particulier, entre le Conseil de sécurité et le Conseil de paix et de sécurité de l’Union Africaine, en mettant au service de la prévention les liens étroits tissés entre les organisations sur des dossiers comme celui du Soudan et du Darfour.

Cette coopération entre l’Onu et l’Union Africaine, mais aussi entre l’Union européenne ou des organisations régionales comme la CEDEAO, permet des actions concrètes dans des domaines clefs pour la prévention des conflits. C’est par exemple le cas pour les opérations d’observation électorale, en des moments par définition de grandes tensions politiques où la communauté internationale a un rôle à jouer pour encourager les acteurs politiques mais aussi pour affirmer sa vigilance, comme le Conseil l’a fait hier encore à propos des élections en Sierra Leone.

• L’Organisation des Nations unies et le Conseil de Sécurité doivent aussi continuer leur travail sur les causes d’instabilité. Tout d’abord, au-delà des conflits politiques nationaux, ils doivent mieux appréhender et traiter les questions comme l’exploitation illégale des ressources naturelles, en s’inspirant de ce qui a été fait pour " les diamants de la guerre " ou encore le trafic des armes et en particulier celui des armes légères et de petits calibres dont la prolifération rend la sortie de crise toujours plus difficile.

La lutte contre ces menaces, et plus généralement une politique active de prévention des conflits passe également par un soutien résolu à l’amélioration des capacités des états et des organisations qui sont en première ligne, en particulier en Afrique. La communauté internationale doit intensifier l’effort, déjà important, entrepris dans le but de renforcer les capacités administratives et judiciaires en Afrique, améliorer l’Etat de droit et rendre plus efficace l’organisation du secteur de la sécurité. L’Union européenne, au travers de programmes de formation, mais aussi sous la forme d’un effort de financement sans précédent (notamment la facilité de paix, et les programmes du Fonds européens de développement), est un partenaire incontournable des programmes nationaux et régionaux qui contribuent à la prévention des conflits. Par ailleurs des réflexions sont en cours, notamment en Afrique de l’ouest sur des programmes tripartites qui associeraient les Nations Unies, l’Union Africaine ou des organisations régionales comme la CEDEAO.

La protection des civils est aussi une des conditions pour éviter les conflits. Le Conseil est engagé dans cette voie s’agissant notamment des femmes et des enfants dans les conflits armés et la France se félicite de ce que le Secrétaire général ait nommé en mai dernier M. Francis DENG comme Conseiller spécial pour la prévention du génocide.

• Nous devons enfin, veiller à mieux prendre en compte les risques de reprise des conflits et de rechute dans la violence. Plusieurs pays en Afrique sont parvenus, avec l’appui des Nations Unies, à trouver une issue aux crises qui les affectaient. La Commission de consolidation de la paix doit jouer tout son rôle pour préserver ces acquis et garantir un investissement robuste de la communauté internationale dans la période de la sortie de crise. La lutte contre l’impunité par ailleurs constitue également un impératif pour consolider les acquis d’un processus de paix, prévenir la résurgence des conflits et dissuader ceux qui voient dans la violation des droits de l’homme un moyen de parvenir à leurs fins. C’est un des enjeux de la justice internationale de façon générale et de la Cour pénale internationale en particulier.

Monsieur le Président,

Le Conseil de Sécurité a donc un rôle important à jouer pour permettre une plus grande coordination et une plus grande cohérence, au service de la prévention des conflits, à l’intérieur comme au delà du système des Nations unies, en étroite coordination avec des partenaires comme l’Union africaine mais aussi l’Union européenne.

Mais notre débat témoigne aussi de la nécessité pour la communauté internationale d’aller plus loin et de se saisir, dans une approche de prévention des conflits, de défis plus larges qui ont un impact direct sur la stabilité en Afrique et ailleurs, qu’il s’agisse des défis posés par les questions de santé, ou de ceux qui touchent aux changements climatiques. La France forme le vœu que nous puissions, dès le mois de septembre, aborder ces questions de manière plus approfondie lors de la réunion du Conseil de sécurité de haut niveau que j’évoquais précédemment.

Je vous remercie.



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