Twitter Facebook Flickr Youtube RSS Share

28 avril 2008 - Conseil de Sécurité - Situation en Irak : Intervention de M. Jean-Maurice Ripert, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Je voudrais, en premier lieu, remercier M. Pascoe pour sa présentation, et l’ambassadeur des Etats-Unis pour son exposé. Je voudrais aussi saluer la présence du Représentant Permanent de l’Irak.

L’Irak demeure aujourd’hui confronté à de vastes défis, à la fois politiques, sécuritaires, humanitaires et économiques qui sont porteurs de risques considérables pour la région et, au delà, pour la communauté internationale. Je voudrais aborder quatre points :

- Le premier est celui de la violence. Comme le note le rapport du Secrétaire général, le nombre d’incidents violents à, de nouveau, augmenté au cours du premier trimestre 2008, malgré certaines améliorations à la fin de l’année 2007. La violence reste à un niveau trop élevé et entretient l’insécurité aussi bien qu’une situation humanitaire dégradée. Les 2,5 millions de déplacés internes constituent des populations particulièrement fragiles, exposées à la violence. Il faut sans délai les aider à y faire face. L’amélioration des conditions de sécurité à travers le pays conditionne également les conditions du retour des 2 millions de réfugiés. Il faut, à ce titre, saluer l’action des Etats voisins qui ont accueilli nombre d’entre eux. La France continuera à prendre sa part des efforts internationaux notamment à travers sa contribution au Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés.

Les récents combats à Bassora et dans ses alentours ont suscité une grande inquiétude. La France, comme le Secrétaire général, estime que tous les acteurs concernés doivent maintenir la décrue actuelle de la violence et éviter toute provocation. Pour atteindre l’objectif légitime du " monopole de la violence légitime " qui doit être celui de l’Etat irakien souverain, il n’y a pas d’autre issue que pacifique par le biais du dialogue et de la coopération.

- La France est convaincue que l’amélioration de la situation sécuritaire dépend également des progrès qui seront accomplis sur le plan politique. Il est urgent de traduire en actes la relance du processus de dialogue politique et de réconciliation nationale.

C’est bien sûr d’abord aux Irakiens qu’il appartient de définir, dans un esprit ouvert, un partage équitable des pouvoirs comme des ressources, conditions d’un retour à la paix civile. Les textes majeurs comme la loi sur les hydrocarbures ou encore la réforme électorale doivent être adoptés sans délai. De même, le processus de révision constitutionnelle doit être effectivement mis en œuvre.

La France apporte son plein soutien à l’action de la MANUI pour contribuer à ce processus. A titre national, la France a proposé d’accueillir, si les Irakiens le jugeaient utile, dans un cadre neutre, loin des pressions du terrain et selon le spectre le plus large, tous les responsables irakiens qui éprouveraient le besoin de relancer le dialogue politique. Comme l’a indiqué Bernard Kouchner lors de la récente conférence de Koweït, cet exercice pourrait fort bien prendre place dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne.

- Mais, et c’est mon troisième point, les Etats voisins ont aussi un rôle important à jouer. La conférence, qui s’est tenue à Koweït le 22 avril, a permis de mettre l’accent sur l’importance du Processus des pays voisins que la France soutient pleinement. Il est indispensable que chaque Etat voisin manifeste une volonté sincère de contribuer au retour de la stabilité en Irak. La France estime que la dynamique enclenchée doit être suivie de décisions concrètes, de mesures tangibles, d’engagements constructifs. Le rétablissement de la " normalité " passe ainsi par la présence de missions diplomatiques à Bagdad. De même toute intervention directe ou indirecte d’un pays voisin en Irak ne peut que se solder par un surcroît d’instabilité et de risques pour tous.

Là encore, les efforts de la MANUI pour créer un mécanisme ad hoc, venant en appui du processus des Etats voisins, qui serait adossé au Ministère des affaires étrangères irakien, sont pleinement soutenus par la France. 4. Monsieur le Président, la France tient aussi à saluer les premiers résultats obtenus sur le terrain par la Mission d’assistance des Nations unies, en particulier grâce à l’engagement personnel du Représentant spécial du Secrétaire général, Monsieur Staffan de Mistura, dont nous saluons le courage, l’obstination et l’efficacité. Cet effort doit être soutenu dans les différents domaines couverts par le mandat de la Mission :

Au-delà des sujets mentionnés précédemment, je pense à la difficile question des " limites intérieures disputées " et de la mise en œuvre de l’article 140 de la Constitution irakienne s’agissant de laquelle l’action patiente de la MANUI a déjà permis des avancées ;

Je pense également aux activités de la MANUI en matière électorale. Comme souligné par le Secrétaire général, il est important que la Haute Commission électorale indépendante puisse recevoir tout l’appui nécessaire de la part des autorités irakiennes.

Je pense enfin aux activités de la MANUI en faveur de la promotion et du respect des droits de l’homme en Irak, en particulier s’agissant des personnes détenues. La France et l’Union européenne continueront à aider à l’édification d’un Etat de droit en Irak qui puisse contribuer à l’application pleine et entière des droits de l’homme. 5. Pour conclure, je rappellerai que la France s’engage aussi à titre bilatéral, dans les domaines politiques et humanitaires, comme en matière de coopération, dans les domaines de la gouvernance, de la santé, de l’éducation, de la formation. La France a ouvert un bureau d’ambassade à Erbil et envisage d’en ouvrir un autre dans le sud du pays, lorsque les conditions sécuritaires le permettront. Nous envisageons de développer une chaîne de soins médicaux. Nous voulons être présents partout en Irak, à chaque fois que les conditions de sécurité le permettent, en utilisant si besoin des relais locaux. Le Ministre français des affaires étrangères a fait part de son intention de se rendre de nouveau en Irak. Ainsi, nous accompagnerons le peuple irakien dans sa diversité sur le chemin de la paix qu’il mérite après tant d’années de difficultés. Je vous remercie, Monsieur le Président./.



Bookmark and Share
Bookmark and Share
Rss
Organisation des Nations Unies Présidence de la République France Diplomatie La France à l'Office des Nations Unies à Genève Union Européenne Première réunion de l'ONU