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14 octobre 2008 - Conseil de sécurité - Afghanistan - Intervention de S. E. M. Jean-Maurice Ripert, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Débat du Conseil de sécurité sur l’Afghanistan

Monsieur le Président,

Je voudrais remercier M. Eide pour son exposé et notre collègue le représentant permanent d’Afghanistan pour son intervention. Je voudrais assurer le représentant spécial de notre plein soutien à l’approche qu’il a développée. Avec lui, nous voulons marquer notre confiance dans l’engagement de la communauté internationale. Le temps n’est ni au découragement, ni à l’auto flagellation, mais l’action patiente et déterminée. En tout état de cause, il n’y a pas d’alternative.

Monsieur le Président,

La MANUA s’est vu confier par le Conseil de sécurité un rôle de premier plan, notamment dans la coordination de l’aide civile. Il est essentiel que tous les acteurs internationaux appuient activement ce rôle de coordination. Il est aussi nécessaire de donner à la MANUA les moyens nécessaires pour lui permettre d’exercer pleinement son mandat.

Monsieur le Président,

Comme le relève le rapport du Secrétaire Général, l’évolution de la situation au cours des derniers mois présente des résultats contrastés.

On doit ainsi constater des progrès réels, en particulier la poursuite du renforcement de l’Armée Nationale Afghane (ANA), le lancement de l’ANDS et certaines évolutions positives en matière de développement économique et social. Il faut aussi relever les avancées dans la lutte contre le trafic de stupéfiants, marquée par la diminution de la production d’opium et l’accroissement de la coopération internationale contre le détournement des précurseurs chimiques nécessaires à la production d’héroïne. Enfin, comme M. Eide l’a souligné, le récent remaniement ministériel traduit une volonté réelle du Président Karzai de rendre son gouvernement plus efficace.

Cependant, nous observons aussi la persistance d’éléments préoccupants, qu’il s’agisse de la situation en matière de sécurité, des risques de crise humanitaire cet hiver ou de la situation en matière de droits de l’homme. Le problème de la bonne gouvernance, et en particulier de la lutte contre la corruption, reste un défi qui demandera des efforts accrus de la part du Gouvernement afghan, au delà des mesures déjà prises au cours des derniers mois.

Nous sommes nous aussi préoccupés sur la question des victimes civiles. Comme M. Kei Eide vient de le souligner, ces victimes sont principalement causées par les activités anti-gouvernementales. La France, dont les règles d’engagement sont particulièrement strictes, est toutefois consciente de la nécessité de poursuivre les efforts accomplis par les forces internationales pour éviter toute victime civile et elle est déterminée à agir énergiquement avec ses alliés et avec ses partenaires à cette fin.

Les difficultés et les défis auxquels l’Afghanistan fait face ne doivent cependant pas masquer les progrès réalisés depuis 7 ans. Je voudrais souligner en particulier la baisse de 25% du taux de mortalité infantile et la scolarisation de six millions d’enfants, dont un tiers de filles, ainsi que la mise en place et la consolidation progressive des institutions démocratiques afghanes. Le peuple afghan a exprimé de manière claire son choix pour la démocratie et la stabilité en 2004-2005. Nous devrons l’aider à préparer les prochaines élections de 2009 et 2010, qui seront cruciales pour parachever le processus démocratique.

Monsieur le Président,

Nous partageons le sentiment d’urgence exprimé par le Représentant spécial. La communauté internationale et l’Afghanistan disposent d’une stratégie, définie par le Pacte pour l’Afghanistan adopté à Londres en 2006 et que vient prolonger aujourd’hui l’ANDS, et une feuille de route, élaborée lors de la conférence internationale de Paris. Cette feuille de route repose sur un partenariat renouvelé autour d’engagements mutuels visant à mieux prendre en compte les besoins concrets de la population. Ce point est fondamental, parce que c’est notamment à l’aune de l’amélioration de la situation de la population que l’intervention de la communauté internationale sera jugée et que l’on pourra estimer qu’elle a atteint son but.

Au delà des premières mesures d’ordre individuel, institutionnel déjà annoncées, telles que la réorganisation du travail gouvernemental afghan et la réforme du JCMB, des mesures décisives doivent être prises rapidement pour mettre en œuvre ces engagements, par la communauté internationale mais aussi par les autorités afghanes, qui seront amenées à assumer une part croissante de responsabilité dans le processus de reconstruction et de développement.

Monsieur le Président,

Parlant en temps que présidence de l’Union européenne, je voudrais dire ici que l’Afghanistan et les Nations unies peuvent compter sur l’engagement indéfectible de la France et de l’Union européenne. Conformément au cadre fixé par le Conseil de l’Union européenne en mai 2008, celle-ci continuera à jouer un rôle majeur dans la mobilisation de la communauté internationale en faveur de l’Afghanistan.

L’Union européenne est le deuxième contributeur financier à la reconstruction de l’Afghanistan. Elle contribue en particulier au renforcement des capacités de la police afghane, qui constitue une priorité de la communauté internationale, notamment à travers la mission EUPOL Afghanistan, dont les effectifs seront augmentés significativement.

Sur le plan militaire, je souhaite rappeler que 25 des pays membres de l’Union européenne participent à la FIAS, dont ils composent, réunis, près de la moitié des effectifs totaux.

Monsieur le Président,

Une solution durable à la crise en Afghanistan ne peut être seulement militaire mais doit être avant tout politique. Notre objectif est d’aider le gouvernement à développer les structures d’un Etat démocratique, qui assure la sécurité de ses citoyens, respecte les droits de l’Homme et favorise le développement économique et social. Cela nécessite une

approche globale, fondée sur une meilleure intégration des volets civil et militaire.

Nous encourageons en outre le développement par les autorités afghanes d’un dialogue politique national le plus large possible, à tous les échelons. Ce dialogue devra se conduire dans le respect de la Constitution et ne peut naturellement pas inclure les partisans du jihad, que nous devons continuer à combattre jusqu’à leur défaite.

Comme l’ont souligné en particulier M. Eide et le représentant permanent de l’Italie, la stabilité en Afghanistan est intrinsèquement liée à celle de la région. Il est donc essentiel de développer une approche coordonnée au niveau régional. La France est prête à y contribuer activement et travaille, ainsi que notre Ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner l’a annoncé, à l’hypothèse de l’organisation d’une conférence régionale réunissant l’Afghanistan et ses voisins dans le prolongement des travaux menés lors de la conférence internationale de soutien à l’Afghanistan.

D’ores et déjà, nous nous réjouissons du renforcement de la coopération entre l’Afghanistan et ses voisins contre les menaces telles que le terrorisme et le trafic de drogue, ainsi que l’évolution positive des relations entre l’Afghanistan et le Pakistan, dont le nouveau gouvernement démocratique a manifesté sa détermination à lutter contre le terrorisme.

Pour finir, je veux ici réaffirmer avec force l’engagement résolu de la France au sein de la FIAS comme aux côtés du représentant spécial en appuyant ces efforts pour que le peuple afghan retrouve au plus tôt, comme il le mérite, le chemin de la paix, de la sécurité et du développement. Je vous remercie.



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