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16 décembre 2008 - Conseil de sécurité - Somalie / piraterie - Intervention de M. Jean-Maurice Ripert, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

REUNION PUBLIQUE DU CONSEIL DE SECURITE SUR LA SITUATION EN SOMALIE, " EN SE CONCENTRANT SUR LA PIRATERIE "

Monsieur le Président,

Je tiens à remercier le Secrétaire général et les autres orateurs qui se sont exprimés. Je salue l’engagement de Mme RICE, qui a pris l’initiative de demander l’organisation de cette réunion.

1. Les derniers rapports dont nous disposons, ceux des Nations Unies comme ceux de l’Organisation maritime internationale, confirment que les attaques de pirates sont de plus en plus nombreuses, de plus en plus violentes, de plus en plus perfectionnées. Elles représentent aujourd’hui un danger majeur, pour la population somalienne d’abord, pour les quelques 3.5 millions de personnes déplacées et en particulier pour toutes celles et tous ceux qui dépendent de l’aide alimentaire et humanitaire internationale. Elles mettent aussi en péril la circulation maritime internationale au large de la Somalie, qui est une des plus dense du monde.

Les racines profondes de ce phénomène, [cela a été dit], sont à chercher à terre et non en mer : ce sont la guerre, l’absence de l’Etat, le manque de débouchés économiques légaux et l’action de groupes criminels qui en sont les causes profondes. Mais il reste que, alors que la crise somalienne dure depuis 18 ans, la piraterie n’est devenue une véritable industrie du crime au large de la Somalie que depuis deux ou trois ans.

Nous sommes persuadés qu’il est possible, par une action déterminée en mer, de casser ce cercle vicieux sans attendre que toutes les conditions soient réunies pour éliminer complètement la piraterie, et permettre, au moins, la poursuite de l’approvisionnement alimentaire. A contrario, ma délégation note qu’au cours des quelques mois cette année où le Programme alimentaire mondial n’a plus bénéficié d’une protection de ses navires pour la Somalie, il a dû diminuer de 50% ses livraisons, au détriment immédiat des populations.

La France et l’Union européenne agissent. Comme le Président de la République l’avait indiqué ici même, en septembre 2007, la France a pris l’initiative d’assurer la protection des convois maritimes du programme alimentaire mondial ; elle a été ensuite relevée par les Pays-Bas, le Danemark et le Canada.

L’Union européenne a décidé, le 10 novembre, le déploiement de la première opération navale, de son histoire, Atalante, pour lutter contre la piraterie au large de la Somalie avec des moyens navals et aériens, et répondre à l’appel lancé par le Conseil de sécurité dans les résolutions 1816 et 1838. Cette opération a débuté le 8 décembre et dispose d’un mandat européen très clair, qui lui permet de garantir une protection au navires du programme alimentaire mondial pour une durée d’une année et d’apporter un appui décisif aux autres bâtiments vulnérables.

2. Monsieur le Président, la résolution 1846 a donné il y a 15 jours à la communauté internationale ce dont elle avait au minimum besoin : une prolongation d’une année de l’autorisation, sous condition, d’entrer dans les eaux territoriales somaliennes et d’y agir contre les pirates, mais aussi un appel à améliorer la concertation pour déterminer l’Etat de juridiction et faciliter le jugement des pirates, avec la mention de la convention de lutte contre les actes illégaux en mer de 1988.

Nous avons beaucoup travaillé au cours de la semaine dernière pour aller plus loin et en particulier pour encourager la création d’un mécanisme de coordination internationale. Il va de soi, compte tenu de l’immensité de la zone à couvrir, que l’Union européenne ne compte pas travailler seule mais en concertation avec nos partenaires internationaux : l’OTAN a assuré un temps la protection des bâtiments du PAM, la Russie ou l’Inde sont aussi actives sur place, beaucoup d’autres Etats ont marqué leur intérêt.

Nous examinerons dans près de trois mois un rapport du Secrétaire général sur le rôle que les Nations Unies peuvent jouer. La France est persuadée que le Secrétariat peut jouer un rôle clef pour continuer à mobiliser la communauté internationale. [De même, je tiens à saluer la désignation par le Secrétaire général d’un point d’entrée unique au sein de ses équipes sur la question de la lutte contre la piraterie au large de la Somalie, qui sera un interlocuteur précieux pour l’Union européenne et les autres acteurs internationaux.] Mais il est clair que nous devons nous coordonner sans attendre, dès maintenant, en créant un mécanisme adapté qui associera naturellement le secrétariat des Nations Unies.

Monsieur le Président, nous abordons le projet de résolution qui devrait être soumis au vote à l’issue de nos débats dans un esprit d’ouverture ; nous sommes collectivement en train d’inventer au fur et à mesure quelque chose au large de la Somalie, depuis environ une année désormais et le début des opérations de protection des bâtiments du PAM. Soyons ouverts et essayons d’être efficaces, et pour cela de nous doter des outils dont nous avons besoin. L’Union européenne y est prête, dans le respect du mandat du 10 novembre.

3. Monsieur le Président, plusieurs orateurs avant moi ont évoqué la nécessité, pour la communauté internationale et ce Conseil en particulier, de s’impliquer plus activement dans la crise somalienne en elle-même. Le Conseil de sécurité s’est doté de mesures de sanctions individuelles pour faire pression sur ceux qui s’opposeraient au processus de paix, comme le recommandait le Représentant spécial du Secrétaire général M. Ould Abdallah dont je salue l’engagement. Il a aussi marqué sa disponibilité pour soutenir une force multinationale qui viendrait, conformément à ce que demandaient les signataires des accords de Djibouti, se déployer à Mogadiscio.

Ma délégation prend acte du fait qu’une telle force n’a pas pu être constituée. Elle note aussi qu’une " opération de maintien de la paix classique " ne serait pas réaliste aujourd’hui en Somalie : il y faudrait plusieurs dizaines de milliers d’hommes, équipés et formés aux techniques spécifiques du combat urbain, totalement autonomes pour leur approvisionnement, disposant d’équipements militaires très lourds, mais surtout les avancées encourageantes du processus politique ne se sont pas encore traduites sur le terrain et les conditions sécuritaires ne sont pas aujourd’hui remplies. La situation est par ailleurs très évolutive et le retrait annoncé des troupes éthiopiennes est à la fois un facteur de déstabilisation en termes de sécurité et une opportunité politique.

[Le Secrétaire général a dressé tout à l’heure devant nous plusieurs pistes]. Il a évoqué un soutien déterminé à l’AMISOM, appui financier, logistique et politique pour permettre la poursuite de sa montée en puissance. La France, qui a appuyé le déploiement des bataillons burundais, y est favorable. Peut-être le moment est il venu d’aller plus loin et de créer un fonds fiduciaires pour cette opération.

De même, nous considérons que la communauté internationale doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour soutenir la force conjointe que le gouvernement fédéral de transition et l’Alliance pour la relibération de la Somalie ont décidé de créer, y compris financièrement. Il est essentiel d’inventer un mécanisme de financement qui permette à ce soutien de se matérialiser et de permettre aux parties somaliennes de commencer à créer les conditions d’une sortie de crise.

Avancer rapidement en ce sens est nécessaire mais risque de ne pas suffire si cela revient à laisser à brève échéance l’AMISOM, malgré sa vaillance, seule sur le terrain. Mais nous ne sommes pas condamnés au choix impossible entre l’inaction ou des mesures à la fois dangereuses pour les Nations Unies et qui n’apporteraient aucune aide concrète à la population somalienne.

Comme dans le domaine de la piraterie, la France est persuadée, Monsieur le Président, que nous pouvons inventer une approche originale. Nous pensons par exemple que nous devrions collectivement réfléchir à la possibilité d’une " opération des Nations Unies " en plusieurs phases :
- une première phase de stabilisation, limitée dans l’espace, pour permettre de protéger le dialogue politique, favoriser la réimplantation du bureau politique des Nations unies et, faciliter l’accès humanitaire si c’est possible à Mogadiscio, de façon coordonnée avec une AMISOM renforcée et efficacement soutenue financièrement ;
- puis seulement, dans un deuxième temps, une phase de consolidation qui verrait une opération de maintien de la paix classique.

Monsieur le Président il y a encore une année, notre réunion d’aujourd’hui paraissait difficilement envisageable. Nous nous sommes donnés les moyens juridiques de lutter plus efficacement contre la piraterie et l’Union européenne, avec d’autre, a commencé à agir. Il faut poursuivre cet effort. La remarquable mobilisation internationale en faveur de la lutte contre la piraterie au large des côtes de la Somalie ne se fait pas au détriment d’une approche globale de la crise somalienne mais témoigne de la volonté de la communauté internationale de venir concrètement, chaque fois que cela sera possible, apporter son aide à la population somalienne.

Je vous remercie./.



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