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23 octobre 2008 - Djibouti / Erythrée - Intervention de M. Jean-Maurice Ripert, Représentant permanent de la France auprès des Nations Unies

Conseil de sécurité

FRANCE


REUNION PUBLIQUE DU CONSEIL DE SECURITE " PAIX ET SECURITE EN AFRIQUE "

Jeudi 23 octobre 2008

Monsieur le Président du Conseil de sécurité,

Monsieur le Ministres des affaires étrangères de la République de Djibouti,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs,

Monsieur le Président,

Je salue la venue du Président de Djibouti, M. Ismail OMAR GUELLEH, et du Ministre des affaires étrangères ainsi que celle du Représentant permanent érythréen. La délégation française a écouté avec beaucoup d’intérêt leurs présentations.

Monsieur le Président, le conflit qui oppose Djibouti et l’Erythrée est entré dans une phase moins aiguë. La situation est tendue mais calme à la frontière entre les deux pays, on ne se bat plus sur le promontoire de Doumeira ou dans l’île de Doumeira et les forces armées des deux pays ne sont plus au contact. Cette évolution est à mettre au crédit de Djibouti qui, conformément à la déclaration présidentielle du Conseil de sécurité du 12 juin dernier, a retiré ses troupes sur la position du statu quo ante, faisant en sorte que les deux armées ne soient plus au contact.

Le Conseil de sécurité ne doit pas perdre de vue l’essentiel : des combats meurtriers, dont l’Erythrée est responsable, ont eu lieu à Doumeira en juin et les effets de cette agression persistent. Le Conseil de sécurité a condamné sans ambiguïté l’Erythrée dans sa déclaration présidentielle du 12 juin. Le rapport de la mission d’établissement des faits des Nations Unies a établi que, contrairement à Djibouti, l’Erythrée n’a pas ramené ses troupes sur les positions du statu quo ante. La première urgence c’est donc que l’Erythrée répondre à la demande très claire que le Conseil de sécurité lui a adressée.

*

Monsieur le Président, la résolution de cette crise suppose que les deux parties tranchent la question du tracé de leur frontière commune. Il s’agit d’un sujet complexe, d’autant plus que les accords qui régissent encore la frontière datent d’une époque où aucune des deux parties actuelles n’existaient en tant qu’Etat souverain. La frontière n’a jamais été abornée et cette incertitude a provoqué des tensions entre les deux pays à deux reprises dans les années 1990.

Il revient donc aux deux parties de déterminer le cadre dans lequel elles aplaniront leur différend. La France, comme d’autres a, à plusieurs reprises, proposé son expertise si elle peut être utile, les accords de référence étant en effet une convention franco-éthiopienne de 1897 et deux protocoles franco-italiens de 1900 et 1901.

Cela suppose cependant un dialogue entre les deux parties qui, pour l’instant, n’existe pas. A ce stade les autorités érythréennes ont refusé toutes les propositions de dialogue qui leur ont été faites : l’Erythrée n’a pas donné de visa à la mission d’établissement des faits des Nations Unies, alors même que le Président du Conseil de sécurité avait appelé les parties à faciliter cette mission, et a refusé de recevoir des missions du même type proposées par la Ligue arabe ou par l’Union africaine. Elle n’a pas non plus répondu positivement à la proposition de bons offices du Secrétaire général, ni aux diverses propositions de dialogue sur cette question qui lui ont été présentées par des organisations multilatérales ou par des Etats membres des Nations Unies.

La deuxième urgence, Monsieur le Président, c’est donc que les autorités érythréennes acceptent de reconnaître l’existence d’une crise à Doumeira et qu’elles se montrent disposées à en parler.

La visite du Président de la Commission de l’Union africaine à Asmara, vendredi dernier, laisse espérer que l’Erythrée va enfin accepter de reprendre langue avec la communauté internationale. La France remercie M. PING de ses efforts et encourage l’Union africaine à progresser dans ce sens afin qu’un véritable canal de communication soit établi, qui permette de discuter de la crise entre Djibouti et l’Erythrée.

La France est aussi persuadée que le Secrétariat des Nations Unies a un rôle très positif à jouer et souhaite que le Secrétaire général puisse formaliser auprès de l’Erythrée sa proposition de bons offices et d’envoi d’une mission sur place.

*

Monsieur le Président, la France considère que la persistance de cette crise, ainsi que le refus par l’Erythrée de tout dialogue, représente un danger sérieux pour Djibouti et pour la région toute entière. Djibouti et la France ont noué une relation d’amitié et de coopération ancienne et confiante et, dans ce cadre, la France entend respecter pleinement les engagements qui la lient à Djibouti.

Monsieur le Président, les parties ne pourront résoudre leur différend frontalier que par le dialogue. Il ne serait pas pour autant acceptable qu’une des parties, en l’espèce l’Erythrée, puisse indéfiniment prolonger cette situation de crise très périlleuse pour Djibouti comme pour l’ensemble de la Corne de l’Afrique. Comme l’a souligné le Président GUELLEH, cette région déjà très meurtrie par les guerres, marquée par le drame humanitaire qui se poursuit en Somalie, a déjà sa part de conflits. La France insiste par ailleurs sur l’idée qu’aucun préalable ne peut être posé au règlement de la question frontalière entre Djibouti et l’Erythrée.

La France souhaite que le Conseil revienne prochainement sur cette question.

Dans cette perspective, ma délégation se propose d’engager rapidement des consultations bilatérales, en vue de pouvoir proposer, le moment venu, au Conseil de sécurité un projet de texte. Il s’agirait de réitérer fortement les demandes adressées par le Conseil à l’Erythrée, en particulier le retrait de ses forces, de la condamner si elle persiste dans son refus de tout dialogue sur ce sujet, d’encourager les efforts du Président de la Commission de l’Union africaine et du Secrétaire général des Nations Unies. Ces demandes devraient s’accompagner d’une échéance claire.

Il est de la responsabilité de notre Conseil de suivre de près cette question. Je vous remercie./.



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