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3 décembre 2008 - Réunion publique du Conseil de sécurité - Soudan/Tchad - intervention de M. Jean-Maurice Ripert, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, suite à l’exposé de l’exposé de M. Holmes

Je voudrais tout d’abord remercier M. Holmes pour sa présentation et le Représentant Permanent du Tchad pour son intervention. Celle-ci nous rappelle à une dure réalité : la situation des populations civiles au Darfour et dans les régions limitrophes du Tchad demeure dramatique. C’est sur ce sujet que je concentrerai mes remarques.

1/ Je souhaiterais tout d’abord relever plusieurs problèmes qui se posent tant dans le cas du Soudan que dans le cas du Tchad.

Notre première préoccupation concerne l’impact du banditisme et des attaques de groupes armés sur la sécurité des personnels humanitaire. Nous condamnons fermement ces attaques, dont les responsables devront rendre des comptes. Il faut à cet égard rappeler la responsabilité première des Etats hôtes.

Ma seconde observation concerne la nécessité de respecter le caractère civil et humanitaire des camps. Le problème se pose au Tchad comme au Darfour. Il est inacceptable que des groupes armés opèrent des recrutement à l’intérieur des camps. J’ajoute toutefois que cela ne justifie en rien les attaques des forces gouvernementales soudanaises contre des camps, comme nous en avons vues à Kalma au Darfour il y a trois mois.

Cette situation illustre la nécessité, des deux côtés de la frontières, d’opérations capables de protéger efficacement les populations et de créer un environnement sûr, afin de permettre l’acheminement de l’aide humanitaire et l’accès des populations à cette aide. Nous aurons l’occasion d’y revenir prochainement, s’agissant du Tchad, lorsque nous discuterons de la MINURCAT 2.

Ma troisième observations concerne le recrutement d’enfants-soldats, qui là encore se pose des deux côtés de la frontière. La France appelle toutes les parties concernées à appliquer pleinement leurs obligations à cet égard et à coopérer avec le groupe de travail du Conseil de Sécurité.

2/ Je souhaiterais faire une seconde série de remarques qui s’applique plus particulièrement au cas du Soudan :

Nous sommes très attachés au respect, par toutes les parties, de leurs obligations en vertu du droit international humanitaire. Je viens d’évoquer certaines obligations des groupes armés. Nous sommes par ailleurs particulièrement inquiets de constater que les forces armées soudanaises et leurs milices supplétives ont continué dans la période récente, et en dépit de la nouvelle annonce d’un cessez-le-feu unilatéral par le Président Béchir, à mener des attaques visant des populations civiles de façon indiscriminée, y compris par des bombardements aériens.

A cet égard, le Conseil de Sécurité a pu entendre ce matin un rapport très clair du procureur auprès de la Cour Pénale Internationale, qui a fait état de la poursuite des violations graves et répétées du Droit humanitaire international et des Droits de l’homme, en particulier contre les femmes et les enfants.

Par ailleurs, je voudrais rappeler que le Conseil a exigé que cesse l’utilisation par les forces armées soudanaises d’aéronefs blancs, qui entretenaient la confusion avec les aéronefs humanitaires et ceux des Nations Unies. Nous avions relevé gouvernement soudanais avait pris des engagements clairs en ce sens lors de la Commission tripartite du 7octobre. Nous attachons la plus grande importance à ce que ces engagements soient pleinement tenus.

Je souhaiterais également insister sur la nécessaire coopération du gouvernement soudanais avec les opérateurs humanitaires. Le Darfour est la plus vaste opération humanitaire au monde. Il est inacceptable que le gouvernement soudanais, qui a failli à sa responsabilité de protéger ses propres civils, aggrave encore ce passif en entravant l’action des opérateurs humanitaires. Nous relevons que les autorités soudanaises ont renouvelé le moratoire pour l’accès humanitaire plus tôt qu’elles ne l’avaient fait l’an dernier. Mais au-delà, elles doivent mettre fin aux tracasseries bureaucratiques auxquelles les ONG sont confrontées quotidiennement de la part des échelons administratifs subalternes. Ces tracasseries n’ont pas cessé. Les ONG nous le disent. Nous déplorons particulièrement les restrictions mises par le Gouvernement à l’activité des ONG qui ont des programmes de protection, compte tenu de l’ampleur des besoins au Darfour, où les victimes de violences et notamment de violences sexuelles sont innombrables.

Sur tous ces points, les autorités soudanaises - comme d’ailleurs toutes les parties - doivent être jugées sur leurs actes et non sur les annonces.

3/ Je souhaiterais enfin évoquer rapidement le Tchad.

Je relève tout d’abord l’appréciation de M. Holmes, selon lequel, malgré les difficultés qui persistent, la situation s’est plutôt améliorée. La France et l’Union européenne, qui sont à l’origine, avec le HCR et le gouvernement du Tchad, de l’opération EUFOR / MINURCAT, partagent ce sentiment d’optimisme raisonné. Il faut rendre hommage à la mobilisation des autorités et de la société civile tchadienne et au travail des organisations internationales et des ONG, soutenues par l’engagement européen.

Par ailleurs, ma délégation partage pleinement la remarque de M. Holmes sur la nécessité que les retours de déplacés s’effectuent sur une base volontaire. Nous y sommes très attachés. Le ministre français des affaires étrangères, M. Bernard Kouchner, s’est récemment rendu dans l’est du Tchad pour évaluer la situation. Il a eu l’occasion de constater par lui-même que des retours volontaires - certes encore limités à ce stade - avaient bel et bien eu lieu localement. Le débat sur le caractère volontaire des retours ne doit pas être une excuse pour masquer la réponse parfois trop lente de certaines agences onusiennes pour accompagner les retours par des actions de relèvement d’urgence appropriées.

Enfin, alors que le Conseil s’apprête à discuter prochainement de la reprise par les Nations Unies de l’opération européenne (EUFOR), je souhaiterais apporter le soutien de ma délégation aux observations de M. Holmes sur l’importance de la présence internationale et du détachement intégré de sécurité pour la protection des populations civiles. Nous ne devons pas relâcher nos efforts à cet égard. Le Représentant Permanent tchadien a réitéré son souhait d’un maintien de la mobilisation du Conseil de Sécurité et des Nations Unies. Nous devons assumer nos responsabilités en répondant favorablement à cette demande.

Je vous remercie./.



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