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10 décembre 2012 - Conseil de sécurité - La situation au Sahel - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,
Mesdames et messieurs les ministres,
Mesdames et messieurs,
Chers collègues,

Ma délégation souscrit au discours qui sera prononcé par la délégation de l’Union européenne. Je remercie tous les intervenants de leur présentation. Je remercie le Maroc de l’initiative de cette réunion, sur une région qui retient l’attention du Conseil de sécurité depuis maintenant près d’un an. Ce qui se passe au Sahel est un défi à la paix et à la sécurité internationales. La communauté internationale a commencé, enfin, à en prendre la mesure, comme l’a montré la présence de nombreux Chefs d’Etat et de gouvernement à l’Evènement de haut niveau consacré au Sahel par le Secrétaire général le 26 septembre dernier à New York.

Au moment même où notre Conseil travaille à trouver des solutions à la crise malienne en appui aux organisations régionales africaines, il est important de ne pas perdre de vue le reste de la région, où les problèmes récurrents, tant sur le plan humanitaire, sécuritaire et de développement que sur la situation des droits de l’Homme, appellent des solutions de fond et une coordination régionale et internationale accrues. Je ferai trois observations.

Tout d’abord, un constat : la situation au Sahel reste contrastée. Si la situation humanitaire semble s’être stabilisée en 2012 malgré le problème nouveau des 400 000 déplacés et réfugiés provoqué par la crise malienne, le bilan est plus inquiétant dans le domaine sécuritaire et critique du côté du développement et de la répartition des richesses, avec une ampleur inégale selon les pays.

Dans ces régions, se superposent les fléaux communs bien connus que sont les crises alimentaires, le sous-développement, l’illettrisme, l’insécurité, les trafics en tout genre et l’instabilité politique. Chaque année, 250 000 enfants meurent de malnutrition. Mais le Sahel est aussi devenu une zone d’action du terrorisme international et de mouvements extrémistes qui tentent d’imposer leur loi aux sociétés de la région, du Nord du Nigeria à la banlieue de Dakar.

La crise en Libye a, certes, entrainé des mouvements de populations, des retours de migrants dans leur pays d’origine et une dissémination d’armes qui a profité aux groupes armés ou terroristes. Mais ces groupes armés, grâce à des soutiens occultes, aux trafics et aux prises d’otages, ont prospéré bien avant la crise en Libye, narguant des gouvernements sahéliens trop démunis pour faire face à des menaces qui dépassent le cadre de leurs frontières. Rappelons que le trafic de cocaïne en Afrique de l’Ouest à destination de l’Europe a quadruplé ces dernières années, générant un montant équivalent à 300 millions de dollars par an et un marché inédit de 2,5 millions de consommateurs africains.

Monsieur le Président,

Deuxième observation : les solutions aux défis du Sahel ne peuvent être imposées de l’extérieur. Elles doivent être portées par les acteurs locaux et régionaux, c’est leur responsabilité. Leurs actions commencent d’ailleurs à porter leurs fruits.

Dans le domaine humanitaire, plusieurs Etats du Sahel ont su réagir dès les premiers signes de la crise nutritionnelle et alimentaire à la fin de l’année 2011, pris des mesures préventives qui ont permis d’éviter la catastrophe. Les prévisions de récoltes pour l’année prochaine seraient encourageantes. Notre rôle, via les Nations unies et dans le cadre bilatéral, est de continuer à soutenir ces efforts et de permettre à ces Etats de casser le cycle infernal et de plus en plus court des crises alimentaires et d’arriver enfin à faire diminuer les taux de malnutrition qui sont encore trop élevés. A titre d’exemple, la France a consacré en 2012 près de 30 millions d’euros d’aide au Sahel pour soutenir les populations les plus affectées. La France soutient aussi l’initiative AGIR (Alliance Globale pour l’initiative résilience au Sahel et en Afrique de l’Ouest) portée par la Commission européenne, la CEDEAO et les pays de la bande sahélienne pour la résilience aux crises alimentaires dans le Sahel, dont l’objectif est de trouver un mécanisme de réponse pérenne face à la récurrence de ce problème.

Mais seule une action intégrée, qui touche aussi à la sécurité des pays du Sahel, peut offrir les conditions d’une croissance économique durable, bénéficiant à toutes les populations. Ainsi, la perspective nécessaire d’une opération militaire pour libérer le Nord Mali ne saurait se substituer à des projets de moyen et long terme visant à aider les Etats à sécuriser leurs frontières et à lutter contre la criminalité transnationale organisée. C’est dans ce contexte que l’Union européenne a lancé, en juillet 2012, une mission baptisée EUCAP SAHEL destinée au renforcement des capacités des forces de sécurité nigériennes et de la coopération régionale. C’est pour les mêmes raisons que la France contribue à hauteur de dix millions d’euros par an à des programmes de coopération en matière de justice et de gouvernance avec les pays du Sahel, sur son enveloppe bilatérale de Fonds spéciaux prioritaires.

Enfin, le Sahel étant l’espace de transition entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique du Nord, toute initiative dans la région n’a de sens que si les pays du Maghreb y sont associés et qu’ils se coordonnent, de manière inclusive.

Monsieur le Président,

Troisièmement, c’est dans ce contexte que la France se réjouit de la nomination de M. Romano Prodi comme Envoyé Spécial du Secrétaire général pour le Sahel. Les Nations unies sont, de par leur vocation universelle, la seule organisation à rassembler tous les Etats de la région, sans exclusion et par-delà les frontières des nombreuses structures régionales.

Nous pensons que la première des priorités de M. Prodi est de finaliser et de mettre en œuvre la stratégie intégrée des Nations unies pour le Sahel, que ce Conseil appelle de ses vœux depuis bientôt un an. Même s’il s’agit d’un travail complexe, la rédaction de cette stratégie a subi un retard trop important. Il faut passer à l’acte. Nous voyons dans cette mission d’envoyé spécial une occasion unique de poursuivre les efforts pour organiser, en interne, le travail des agences, fonds et programmes implantées dans les Etats du Sahel afin que ces entités travaillent enfin dans la même direction. Cette stratégie des Nations unies doit viser les mêmes objectifs régionaux tout en tenant compte des spécificités et orientations choisies par chaque pays, à l’image de la stratégie pour le Sahel mise en place par l’Union européenne.

Une autre tâche importante pour l’Envoyé spécial est d’assurer une coordination régulière entre le système des Nations unies et les autres acteurs engagés sur le Sahel, à commencer par l’Union africaine, les pays du champ et du Maghreb, la CEDEAO mais aussi l’Union européenne et les grands donateurs bilatéraux. En particulier, nous encourageons une coopération la plus étroite possible entre l’Envoyé spécial des Nations unies et le Haut Représentant de l’Union africaine pour le Sahel et le Mali, le Président Buyoya, dont la nomination témoigne de l’engagement de l’Union africaine à peser de tout son poids sur les efforts de sortie de crise dans la région, ce dont nous nous réjouissons.

Nous remercions M. Prodi de l’initiative de sa réunion du 7 décembre à Rome, qui va permettre d’aboutir à une répartition des tâches plus claire et plus efficace entre les différents acteurs internationaux engagés sur le Sahel. M. Prodi pourra compter sur le soutien de la France dans l’accomplissement de sa mission.

Je vous remercie.


Pour en savoir plus sur le Mali.



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