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10 mars 2011 - Conseil de sécurité - Somalie - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Je remercie la Chine pour l’organisation de ce débat sur la Somalie qui lance la réflexion sur les moyens de stabiliser le pays et de parvenir à la paix alors que l’échéance du mandat des institutions de transition approche. Je remercie également MM. Mahiga et Diarra, ainsi que le Premier ministre de Somalie de leurs contributions. Je reprends à mon compte la déclaration que prononcera l’Union européenne.

Monsieur le Président,

Le gouvernement de transition, les factions et milices alliées et l’AMISOM ont lancé une offensive contre les rebelles du Shebab. Nous saluons les efforts et les sacrifices consentis par les contingents engagés et les succès obtenus sur le terrain, à Mogadiscio et dans le Sud de la Somalie. Les forces ougandaises et burundaises remplissent courageusement leur mission au sein de l’AMISOM et ont payé un lourd tribut ces dernières semaines. La France pour sa part a transporté et pris en charge les soins de certains soldats blessés de l’AMISOM. 

Monsieur le Président,

Cette offensive contribuera à affaiblir les extrémistes et à assurer la sécurité d’une grande partie du territoire somalien et de la capitale. Toutefois elle ne peut pas constituer une solution en soi et doit servir une stratégie politique.

De ce point de vue, force est de reconnaitre que les progrès obtenus restent insuffisants. Les institutions fédérales de transition ont alimenté des rivalités institutionnelles stériles. Elles ne sont pas parvenues à élargir leur représentativité et n’ont pas réussi à fournir à la population les services minimaux dont elle a besoin.

Il faut cependant saluer les premières initiatives du nouveau gouvernement. Un budget a été présenté au Parlement. La sécurité des civils est annoncée comme objectif prioritaire. La lutte contre la corruption a été renforcée. Les fonctionnaires sont désormais payés. Ce sont là des progrès notables que nous devons reconnaitre et qui doivent être confirmés.

C’est une nouvelle stratégie politique pour la Somalie dont nous avons besoin.

Quelles doivent en être les priorités ?

— Premièrement, la rénovation du cadre institutionnel. La poursuite de la transition en l’état n’est pas envisageable. Pour éviter l’absence de cadre institutionnel en août, les autorités somaliennes doivent s’engager dans l’achèvement et l’adoption d’une Constitution. Par ailleurs, les institutions de transition, en particulier le Parlement, doivent se réformer pour représenter tous les acteurs de la société somalienne conformément à l’esprit des accords de Djibouti, sur la base d’un dialogue le plus inclusif possible avec toutes les parties, y compris les administrations provinciales, les représentants de la société civile, mais aussi les milices prêtes à renoncer à la violence. A cet égard, nous regrettons la décision unilatérale du Parlement de transition de prolonger son propre mandat. Nous félicitons le RSSG Mahiga pour le travail de consultation engagé et l’encourageons à revitaliser les mécanismes de concertation prévus par les Accords de Djibouti. Enfin, le dialogue avec les régions (Puntland en particulier) et les groupes alliés (notamment Ahlu Sunna Wal Jamaa) doit être repris.

— Deuxième priorité, la sécurité et la délivrance de services de base à la population somalienne : Les autorités somaliennes doivent avoir pour priorité d’œuvrer pour la population. Le soutien aux institutions de transition doit se traduire par des résultats visibles pour les Somaliens.

Comment réaliser ces objectifs ?


— D’abord, le rôle des Nations unies sera déterminant. Il passe par une présence renforcée, permanente et cohérente des Nations unies à Mogadiscio. Nous appelons les agences et les programmes des Nations unies à déployer d’urgence leurs moyens au service des populations et des territoires accessibles. L’activité des Nations unies doit se traduire par des réalisations concrètes au profit des Somaliens et dans ce domaine, il reste beaucoup à faire.

— Ensuite, nous connaissons les faibles ressources du gouvernement somalien. L’appui financier de la communauté internationale, demandé par le Premier ministre, correspond à un besoin pratique, à une logique politique, il doit être entendu.

— Enfin, pour sceller le partenariat entre les institutions somaliennes, d’une part, et la communauté internationale, d’autre part, une nouvelle feuille de route conjointe, recensant les objectifs respectifs des institutions somaliennes mais aussi des Nations unies pourrait être fixée et assortie d’un calendrier. Un tel outil permettrait d’établir un cadre stratégique cohérent et concerté pour la période post-transitoire. Une évaluation régulière serait indispensable. Le soutien de la communauté internationale aux institutions somaliennes devrait se faire à l’aune des résultats concrets obtenus.

Monsieur le Président,

Je conclurai en abordant la question de la piraterie. Le rapport rendu par M. Lang est venu rappeler l’urgence de trouver à présent des solutions pour le traitement judiciaire et pénitentiaire des pirates. Compte tenu des enjeux pour la communauté internationale et pour la région, nous saluons l’intention de la Fédération de Russie de proposer prochainement une résolution au Conseil de sécurité pour la mise en œuvre des propositions du rapport, qui envisage d’installer la Somalie au centre d’un dispositif de lutte contre l’impunité.

Je vous remercie.



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