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11 juin 2014 - Conseil de sécurité - Les Opérations de maintien de la paix - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Je remercie le Secrétaire général de son intervention ainsi que la Présidence russe pour avoir pris l’initiative d’organiser ce débat entre le Conseil de sécurité, les responsables du maintien de la paix du Secrétariat et les pays contributeurs de troupes dont je veux saluer l’engagement.

Les opérations de maintien de la paix sont un outil irremplaçable dont disposent les Nations unies pour agir en faveur du maintien de la paix et de la sécurité internationales. Nous devons donc poursuivre nos efforts pour les adapter à un contexte en perpétuelle évolution et en améliorer l’efficacité.

Je m’associe à la déclaration que fera l’Union européenne.

J’aimerais faire les quatre observations suivantes.

Premièrement, malgré la nouveauté de certains contextes où elles sont déployées, le rôle des OMP reste de mener à bien un processus de paix.

Certes, le cas classique des théâtres où un accord de paix a d’ores et déjà été signé au moment du déploiement est désormais exceptionnel. Plus souvent, nous nous trouvons dans des situations ambiguës allant de la cessation tacite des hostilités à un accord de cessez-le feu contesté par des éléments armés. L’enjeu reste néanmoins d’engager et de mener à son terme un processus débouchant sur une paix durable.

Dans ce cadre, les OMP ont un rôle essentiel à la fois militaire - pour stabiliser la situation sécuritaire et dissuader d’éventuels fauteurs de troubles - et politique - pour accompagner, faciliter et soutenir un processus de paix, notamment en traitant des causes profondes du conflit. L’un ne va pas sans l’autre.

Deuxièmement, la protection des civils doit être en toute occasion la priorité opérationnelle des OMP.

Les civils sont les premières victimes des conflits modernes. Vingt ans après le génocide au Rwanda et les conflits en ex-Yougoslavie, les Nations unies ont accompli des progrès considérables pour mettre la protection des civils au cœur des mandats des OMP.

Dans des environnements complexes et, comme disent les militaires, non permissifs, la mise en œuvre robuste des mandats des OMP en général et de la protection des civils en particulier est essentielle. Nous avons pu constater la pertinence de cette posture notamment en RDC avec le succès de la brigade d’intervention créée au sein de la MONUSCO.

La situation en RDC souligne aussi combien, au-delà du mandat, cette posture dépend de l’équipe de direction de l’OMP, des capacités de la force et de l’attitude des contingents déployés sur place. Aujourd’hui au Soudan du Sud, tout doit s’effacer devant la nécessité pour la MINUSS de protéger les civils.

Troisièmement, les OMP doivent apporter leur appui aux autorités de l’Etat hôte tout en conservant l’objectif d’une transition pour consolider la sortie de crise.

Face à un Etat failli ou fragile, il est légitime que les OMP contribuent à la restauration de l’autorité de l’Etat et l’assistent, notamment en matière de DDR, RSS et de justice. Cela implique que les Nations unies développent leur expertise dans ces domaines, au moins pour coordonner au mieux l’action internationale et assister les autorités sur place. Ce sera un des défis auquel devra faire face la MINUSCA quand elle sera déployée en RCA.

Il est évident que les OMP ne peuvent pas et ne doivent pas se substituer aux efforts, du pays lui-même ou des bailleurs internationaux. Ce n’est pas leur vocation. Au contraire, les OMP doivent en permanence orienter leurs efforts vers la sortie de crise, qui remet les autorités locales, mais aussi l’équipe-pays des Nations unies, au cœur des efforts de consolidation de la paix. C’est au Conseil de veiller à ce que cet effort soit reflété d’abord dans ses décisions, mais aussi dans l’action et la structure même des opérations qu’il suit.

A chaque renouvellement de mandat qui ne doit pas être une opération de routine mais l’instrument d’une gestion dynamique de l’opération de maintien de la paix.

Quatrièmement, les OMP doivent non seulement être plus fortes, mais aussi se montrer flexibles.

Les OMP sont devenues des machines imposantes avec des effectifs qui peuvent dépasser 20 000 personnels.

Le déploiement d’une telle organisation est un défi, a fortiori dans des situations d’urgence. Sa complexité est renforcée par la tension qui existe sur certaines ressources – notamment les multiplicateurs de force, le soutien logistique, l’expertise militaire ou civile, les personnels formés (y compris sur le plan linguistique) et notamment les financements.

En ce qui concerne le sujet linguistique, je me permettrais de faire mon intervention annuelle pour rappeler au Secrétariat – je le fais au moment où j’atteins la fin de ma mission sans grand espoir d’être entendu- qu’il est peut-être plus utile que le personnel parle la langue du pays que de parler la langue de New York. C’est-à-dire que dans les missions francophones, il est peut-être plus utile de recruter des francophones que des gens qui puissent écrire des rapports en anglais à New York. Alors que nous savons parfaitement que la priorité par le Secrétariat est précisément de choisir des anglophones.

A l’autre bout du spectre, l’OMP doit savoir s’adapter aussi dans la phase de consolidation de la paix. Elle doit savoir ajuster sa posture, adapter la taille de ses effectifs civils, accompagner la prise de responsabilité de l’Etat-hôte ou de l’équipe-pays et des bailleurs.

Il convient donc d’accentuer nos efforts pour rendre les OMP plus flexibles, dans l’une et l’autre direction. Cela signifie une rapidité de déploiement qui n’est pas aujourd’hui toujours le cas, comme le rappelle l’exemple de la MINUSMA au Mali. Dans l’autre, l’OMP doit savoir réduire ses effectifs militaires pour rendre à l’Etat-hôte les responsabilités qui lui reviennent. Elle doit savoir le faire rapidement et elle doit savoir le proposer elle-même.

Cette flexibilité passe aussi par le fait de tirer le meilleur parti du recours aux technologies modernes. Nous nous félicitons de l’expérimentation de l’emploi tactique des drones de surveillance au sein de la MONUSCO et bientôt nous l’espérons sur d’autres théâtres. Ils permettent non seulement d’assurer la sécurité des forces mais également de faire des économies sur les effectifs. La récente présentation du DOMP sur les premiers retours d’expérience en RDC nous a convaincu de leur utilité et de leur pertinence. Nous devons aller de l’avant.

Une autre piste consiste dans la coopération inter-missions. Lorsque des événements imprévus risquent de déstabiliser un pays, la coopération entre les missions est une réponse adaptée afin de renforcer ponctuellement, en hommes et en matériels, les missions qui en ont besoin. Il faut aller plus loin dans cette voie. C’est une question d’efficacité mais c’est une question également d’économie budgétaire.

Monsieur le Président,

Nos réflexions aujourd’hui doivent permettre de faire progresser plus encore les OMP afin qu’elles soient plus énergiques, plus flexibles et qu’elles créent les conditions propices au succès des processus politiques sans créer les conditions d’une dépendance des pays concernés à l’action du maintien de la paix.

La France poursuivra ses efforts en ce sens au sein de notre Conseil. Elle continuera en outre d’appuyer les nombreuses initiatives prises sur l’ensemble de ces domaines par le Secrétariat, et notamment le département des Opérations de maintien de la paix, que ce soit lors de l’élaboration des mandats, de l’examen des revues stratégiques ou des présentations régulières.

Monsieur le Président,

Je ne saurais conclure sans saluer l’engagement des casques bleus de toutes les nationalités, qui payent parfois de leur vie leur dévouement au service de la paix. Je veux, à cette occasion, leur rendre hommage. Je vous remercie.



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