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12 décembre 2012 - Conseil de sécurité - Opérations de maintien de la paix : coopération entre missions - Intervention de M. Philippe Bertoux, conseiller politique de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Je vous remercie de l’initiative que vous avez prise d’organiser ce. débat. Je tiens aussi à remercier de leurs analyses le Secrétaire général adjoint pour les opérations de maintien de la paix ainsi que le Secrétaire général adjoint pour l’appui aux missions.

Les opérations de maintien de la paix sont l’une des activités emblématiques des Nations unies. Nous devons continuellement travailler à en améliorer l’efficacité.

La France soutient le principe de la coopération entre missions. Elle est d’ailleurs un des aspects de la réflexion sur la réforme des opérations de maintien de la paix que nous avons engagée en 2009 conjointement avec le Royaume-Uni.

La coopération inter-missions est de nature à améliorer l’efficience des Opérations de maintien de la paix en permettant une meilleure gestion de ressources que npus savons comptées et en améliorant la réactivité de l’Organisation face à des crises et des urgences opérationnelles.

Tout d’abord, la coopération entre les missions permet d’optimiser l’emploi des moyens consacrés aux opérations de maintien de la paix, en facilitant la mutualisation ou le redéploiement temporaire de moyens, équipements ou unités appartenant à des missions déployées dans la même région. Lorsque des événements imprévus risquent de déstabiliser un pays, la coopération entre les missions est une réponse adaptée et performante afin de renforcer ponctuellement, en hommes et en matériels, les missions qui en ont besoin. La coopération entre missions permet en outre de réaliser des économies d’échelle afin de répondre aux exigences de bonne gestion et aux contraintes budgétaires.

Cette coopération est un mécanisme souple qui a fait la preuve de son efficacité :

Je citerai trois exemples :

— En Afrique de l’Ouest, la coopération entre l’ONUCI et la MINUL durant la crise postélectorale a joué un rôle-clef pour renforcer l’ONUCI en personnel et hélicoptères d’attaque au moment où celle-ci en avait le plus besoin. Cette coopération entre missions a été utilisée aussi de manière préventive, au profit de l’ONUCI pendant les élections législatives ivoiriennes de décembre 2011 et réciproquement au profit de la MINUL pendant les élections générales libériennes en novembre 2011. Cette coopération garantit que l’une des deux missions pourra toujours compter sur le soutien de l’autre, au moment où le Conseil travaille à une réduction ordonnée du volume de casques bleus déployés en Afrique de l’Ouest.

— la coopération entre missions a également été utile en Afrique de l’Est, où des hélicoptères de la MONUSCO ont pu être temporairement déployés au sein de la MINUSS.

— Au Moyen-Orient, le déploiement très rapide de la MISNUS en Syrie n’a été possible que grâce au soutien logistique de la FINUL et au redéploiement d’observateurs militaires, de personnel civils, d’équipements et de véhicules provenant d’autres missions.

Pour tirer davantage partie de ce dispositif, dont la souplesse doit être préservée, il faut réaliser des progrès dans deux domaines :

Premièrement, il nous semble important de bien prendre en compte dans notre réflexion toutes les composantes des missions (militaires, mais également policières et civiles) et tous les types de ressources (matériels majeurs, unités, spécialistes ).

L’exemple du détachement d’hélicoptères de la MINUL à l’ONUCI ne doit pas faire perdre de vue que des gisements de coopération existent dans d’autres domaines comme la planification conjointe, le partage d’informations ou le soutien logistique. Au-delà de la mutualisation nécessairement temporaire des capacités, notamment des capacités aériennes parfois trop rares comme des hélicoptères, la coopération entre missions doit donc être encouragée, voire rendue systématique, pour mutualiser des structures d’appui logistique, ce qui permet une rationalisation substantielle de l’appui aux missions, et pour partager le renseignement, ce qui permet de prendre en compte la dimension régionale des crises. Ceci fait particulièrement sens lorsque des missions sont déployées de part et d’autre d’une frontière et que des processus complexes comme ceux de désarmement-démobilisation-réintégration (DDR) sont en cours.

La coopération des missions entre-elles, au même titre que celles-ci avec les Bureaux de consolidation de la paix, ainsi qu’avec les organisations régionales, doit permettre de rendre plus efficace la lutte contre les menaces transversales susceptibles de déstabiliser des régions entières.

Ainsi, pour répondre au danger présenté par l’Armée de résistance du seigneur (LRA) en Afrique centrale, la MONUSCO, la MINUSS et la MINUAD ont été encouragées à partager leurs informations et leurs expériences dans le cadre de la stratégie régionale de lutte développée par l’ONU.

La coopération ONUCI-MINUL a franchi une nouvelle étape cette année, avec un meilleur partage du renseignement, des opérations coordonnées de part et d’autre de la frontière et un appui aux deux gouvernements ivoirien et libérien pour qu’ils renforcent leur propre coopération sécuritaire. Il faut poursuivre et renforcer cette stratégie intégrée, afin de progresser sur le désarmement des combattants, la sécurisation de la zone frontalière ivoiro-libérienne, que ce Conseil a visitée en mai dernier, et l’encouragement au retour des réfugiés ivoiriens chez eux.

Deuxièmement, nous pensons aussi qu’il faut une base juridique plus claire et que la dimension de la coopération entre missions doit idéalement être intégrée dans la planification opérationnelle dès le montage des opérations.

L’introduction d’un langage standard dans les Memorandum of Understanding pourrait par exemple permettre de faciliter la coopération, tout en respectant les mandats assignés par le Conseil de sécurité à chaque mission, et tout en veillant à assurer une bonne coordination avec les Etats contributeurs en troupes.

Monsieur le Président,

La coopération entre missions peut et doit encore progresser. Il est dans l’intérêt de tous de rationaliser les moyens disponibles pour le maintien de la paix. Continuer à améliorer l’efficacité du maintien de la paix, c’est le devoir de ce Conseil et une façon de rendre hommage à l’engagement des casques bleus de toutes les nationalités qui payent parfois de leur vie leur dévouement au service de la paix.

Je vous remercie.


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