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12 juillet 2012 - Conseil de sécurité - Consolidation de la paix post-conflit - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Je remercie la ministre des Affaires étrangères de la Colombie pour sa présence parmi nous aujourd’hui, et la Colombie pour avoir organisé ce débat sur la consolidation de la paix. Je remercie également le Secrétaire général, le Président de la Commission de consolidation de la paix, l’Ambassadeur du Bangladesh, et son prédécesseur, l’Ambassadeur du Rwanda, ainsi que le représentant de la Banque mondiale.

La France s’associe à la déclaration que prononcera l’Union Européenne.

Nous constatons aujourd’hui qu’en dépit de la revue de 2010, le rôle de la Commission de consolidation de la paix est encore en définition. Je souhaiterais donc faire trois remarques à ce sujet.

Tout d’abord, le rôle premier de la Commission de consolidation de la paix est, en lien avec l’Etat concerné, d’identifier les besoins sur le terrain et les acteurs déjà impliqués. Le contact avec le terrain permet de disposer d’une image claire des besoins. Le travail réalisé dans le cas de la Guinée en est un exemple. L’exercice de cartographie conduit par le Luxembourg et le Japon permet de disposer d’une image précise et chiffrée des lacunes existantes et des projets à mener pour y répondre. Cet exercice mérite d’être reproduit dans les autres formations-pays de la Commission. L’identification des domaines les plus urgents doit être le fruit d’un dialogue approfondi avec l’Etat concerné.

Pour faciliter ce dialogue, il existe dans certains pays sortis de crise des Bureaux intégrés de consolidation de la paix, comme au Burundi ou en République centrafricaine. Il est indispensable que les « configurations pays » de la Commission de consolidation de la paix soient en contact étroit avec ces bureaux et que leurs échanges soient fluides. Ce dialogue ne peut être efficace que si les liens avec le terrain sont renforcés. Comme l’a montré la visite du Conseil de sécurité en Afrique de l’Ouest, il existe parfois un manque de visibilité de la commission dans les Etats de la région, notamment en Sierra Leone.

Une fois ce travail d’identification des besoins effectué, il est important que la Commission puisse jouer son rôle d’accompagnement politique. D’un côté, un élément important des tâches attribuées à la Commission de consolidation de la paix est celle du plaidoyer, en particulier en faveur de la mobilisation des ressources. De l’autre, la Commission doit également entretenir un dialogue suivi avec les autorités des pays à l’agenda pour leur demander de prendre des engagements précis et surtout suivis d’effets.

En effet, la signature de documents « d’engagements mutuels » ou de « plan de consolidation de paix » avec un Etat ne suffisent pas pour garantir que ceux-ci seront mis en œuvre. Par exemple, le plan de consolidation de la paix, en ce qui concerne le Soudan du Sud, est pour l’instant bloqué en raison d’un budget d’austérité. Dans certaines situations, les Etats n’ont pas les moyens d’absorber et de participer pleinement à tous les projets en cours. Il est donc essentiel d’établir des priorités et de faire preuve de réalisme.

Enfin, l’élément clé du rôle de la Commission de consolidation de est la coordination. La Commission de consolidation de la paix a été conçue pour être un lieu de contact entre différents membres de la communauté internationale, parmi lesquels les institutions financières jouent un rôle déterminant. Il faut poursuivre les partenariats avec celles-ci.

Cette coordination est un exercice de long terme. Pour assurer la durabilité de l’engagement de la communauté internationale, certaines réflexions ont été lancées, c’est le cas notamment de la revue des capacités civiles. La question du développement des partenariats est au cœur de cette revue et nous estimons que réside là le meilleur espoir d’un engagement dans la durée.

La communauté internationale ne doit pas créer les conditions d’une dépendance et du maintien d’un Etat sous perfusion mais plutôt les conditions d’un rétablissement. Une option à privilégier est la mise en place de contrats, tels que le « Compact » du « New Deal », défini lors du Forum sur l’efficacité de l’aide à Busan, qui consiste à définir des engagements de l’Etat et donc, qui l’implique dans la démarche. Les initiatives visant à soutenir la restauration d’un tissu économique viable doivent être particulièrement encouragées. L’évènement conjoint entre la Commission et l’ECOSOC du mois de juin sur les partenariats pour la création d’emplois pour les jeunes dans les pays sortant de conflits a été utile. Il doit aussi trouver une traduction sur le terrain, dans chacun des pays suivis par la Commission.

Madame la Présidente, je conclurai en soulignant que pour parvenir à apporter une réponse coordonnée à des situations de post-conflit et à pérenniser le retour à la stabilité et à la paix, il est indispensable que la Commission agisse comme un mécanisme souple et réactif permettant de réunir tous les acteurs autour d’un plan d’action commun. Nous devons donc être particulièrement vigilants au risque de bureaucratisation de cette jeune institution.

Je vous remercie.

En savoir plus sur la consolidation de la paix



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