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13 avril 2014 - Conseil de sécurité - Ukraine - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Madame la Présidente,

Depuis hier, nous avons assisté à une explosion brusque et concomitante de violence dans l’est de l’Ukraine, une violence qui n’a rien de spontané.

La France condamne ces violences. Nous appelons toutes les parties à la retenue et au dialogue, afin qu’une solution pacifique à la crise se dégage rapidement. Chacun doit œuvrer à la désescalade.

Madame la Présidente,

Le scénario auquel nous assistons rappelle à un mois d’intervalle les évènements qui se sont déroulés en Crimée : action simultanée de militants peu nombreux mais entrainés, agressifs et déterminés à occuper le terrain ; présence en deuxième ligne d’hommes masqués, disciplinés, en uniforme et équipés d’armes de guerre que l’on ne trouve pas dans les surplus militaires.

Ces faits, qui s’imposent à nous à travers les flots d’images que déverse internet, sont les mêmes que la Russie qualifiait il y un mois de manifestations spontanées de groupes d’autodéfense locaux. Nul ne la croyait alors. Comment la croire aujourd’hui ? On a l’impression que la Russie, en niant les faits, ne sait pas qu’internet existe et qu’internet aujourd’hui contredit ces démentis. Nous n’oublions pas ce que ces manifestations ont été un prélude à l’annexion de la Crimée.

Par ailleurs, l’accumulation de troupes russes depuis des semaines sous couvert d’’exercices militaires projette une ombre inquiétante sur l’est de l’Ukraine.

Plus encore, la pression économique se fait plus mordante. Sans dialogue avec la partie ukrainienne qu’elle saisit ainsi à la gorge, la Russie a relevé brutalement le prix du gaz. Elle bloque l’entrée des marchandises à la frontière entre la Russie et l’Ukraine, cherchant sans doute à asphyxier ce pays qu’elle qualifie de frère.

Enfin, la Russie matraque systématiquement un message de défiance vis-à-vis de Kiev sur les ondes et les chaines de télévision qui sont, pour beaucoup de populations n’ayant pas accès à différentes sources d’informations, le seul discours qu’elles entendent.

Madame la Présidente,

C’est dans ce contexte que la France salue le sang-froid des autorités ukrainiennes, qui cherchent dans la cascade de ces évènements déstabilisants, à régler la crise par le dialogue.

C’est dans cet esprit que le Premier ministre Iatseniouk s’est rendu dans les régions de l’est de l’Ukraine avec des propositions précises en réponse aux questions réelles d’une population assommée de propagande, déboussolée et instrumentalisée par les discours les plus radicaux.

La France a toujours été claire sur ce sujet, sur la question des langues ou du statut des régions. Nous encourageons les autorités de Kiev à poursuivre leurs efforts pour ramener les esprits à la raison, à entamer un dialogue constructif et rassurer les populations sur leur place au sein de l’Ukraine.

Madame la Présidente,

L’avenir de l’Ukraine ne doit et ne peut dépendre que des Ukrainiens.

Nous devons soutenir les autorités ukrainiennes à organiser dans les meilleures conditions un scrutin qui assure la représentation de tous. Notre message a toujours été clair. Il faut aller vers des élections présidentielles libres et transparentes le 25 mai prochain, garanties par la présence d’observateurs internationaux.

Madame la Présidente,

Nous rappelons notre attachement à l’intégrité territoriale de l’Ukraine.

Nous appelons la Russie à s’engager résolument dans la désescalade et à condamner, avec l’ensemble de ce Conseil, les tentatives de déstabilisation conduites pas des groupes armés dans l’est de l’Ukraine.

Nous appelons la Russie à assumer ainsi son rôle de membre permanent du Conseil de sécurité. La Russie est garante de la paix et de la sécurité dans le monde, au plus lointain comme dans son « étranger proche ». Il ne peut y avoir « deux poids, deux mesures ». La Russie doit peser aujourd’hui de tout son poids pour aider l’Ukraine à retrouver la stabilité. Elle doit se montrer à la hauteur du rôle de pilier de la stabilité euro-asiatique qu’elle entend incarner.

Nous souhaitons que la réunion envisagée le 17 avril entre la Russie, l’Ukraine, les Etats-Unis et l’Union européenne se tienne, et formulons l’espoir qu’elle permette de faire émerger des solutions. Cette échéance est cruciale et nous appelons toutes les parties au calme et à la retenue.

Madame la Présidente,

Pour conclure, je voudrais jeter un dernier cri d’alarme. Ce que nous risquons en ce moment est la faillite de tous les efforts que nous avons consentis ensemble pour construire un ordre international qui ne repose pas sur la force. Car aujourd’hui, c’est la force, et elle seule, qui essaie d’imposer sa loi.

Je vous remercie.


En savoir plus sur l’Ukraine.



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