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13 octobre 2010 - Conseil de sécurité - Consolidation de la paix post-conflit - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Je tiens à vous remercier d’avoir organisé le débat qui nous réunit ce jour sur ce sujet à la fois essentiel et complexe de la consolidation de la paix post-conflit. La France s’associe à la déclaration que fera l’Union européenne. Monsieur le Président, je pense que nous avons un diagnostic très largement commun autour de cette table sur la nécessité d’améliorer l’efficacité des moyens d’actions de la communauté internationale pour éviter qu’un pays fraichement sorti d’un conflit ne rechute dans la crise.

Je crois qu’il y a aussi un accord, un consensus sur le fait que c’est une entreprise de longue haleine, une entreprise difficile.
- Une entreprise difficile parce qu’il s’agit de faire travailler ensemble des institutions qui ont des pratiques, des traditions très différentes, et des institutions évidemment attachées à leur autonomie.
- Difficile également parce que nous devons mener de front et simultanément un ensemble de tâches bien distinctes, depuis le désarmement de groupes armés jusqu’au renforcement des institutions de l’Etat.
- Difficile encore parce qu’il ne peut pas y avoir d’approche séquentielle, nous l’avons déjà dit dans cette enceinte. Nous devons à la fois mener des opérations de maintien de la paix et également commencer en même temps à préparer la consolidation de la paix.
- Difficulté enfin parce que nous devons mieux évaluer les risques associés à de nouvelles menaces telles que le trafic de drogue et d’êtres humains, le crime organisé et même la corruption, qui ont un fort potentiel de déstabilisation dans les pays fragiles.

A cet égard, je crois qu’il n’y a pas d’exemple plus éclairant de notre débat que la situation en République démocratique du Congo. Je ne suis pas le premier à citer cet exemple. Nous savons que nous ne resterons pas indéfiniment en RDC mais que nous ne pourrons retirer la force des Nations unies que si derrière nous laissons des institutions étatiques suffisamment solides pour assurer le développement, la stabilité de la RDC. Cela nous le ferons évidemment avec les autorités congolaises. Ces tâches de reconstruction sont immenses. Il est même d’ailleurs légitime à l’heure actuelle de se demander si la zone est réellement passée dans l’après-conflit. Il est donc essentiel qu’une relation responsable s’instaure entre les autorités de la RDC et l’ensemble des acteurs de la communauté internationale. Les Nations Unies ont mis en place un plan de reconstruction de l’Etat dans le Kivu, le plan STAREC. Nous devons nous assurer que toutes les organisations internationales, en particulier l’Union européenne, qui est le premier donateur, le premier bailleur des pays sortant de crise, puissent travailler dans la même direction. C’est une exigence de synergie. Et du fait de la gravité de la crise d’où sort à peine la RDC c’est sans doute le défi majeur pour notre organisation.

Nous avons des exemples de réussite, de réussite relative. Le Sierra Leone a été cité par mon collègue britannique. Nous avons également l’expérience des bureaux intégrés, en République centrafricaine, au Burundi, qui est positive. Ce sont des expériences que nous devons suivre dans la mesure où elles garantissent à la fois un dialogue politique avec les autorités du pays hôte et une coordination étroite des actions de reconstruction menées par les différentes agences des Nations Unies. La stratégie de retrait de ces bureaux doit être soigneusement préparée, puisque cette question se pose, et elle se pose déjà, elle se posera, afin d’éviter de nouvelles césures ou la résurgence de tensions, faute de moyens ou d’attention de la communauté internationale.

Il n’y a pas de solution qui s’applique à tous les cas. Chaque problème mérite un examen spécifique de la part de la communauté internationale.

Nous suivons également avec attention le travail du groupe consultatif de haut niveau présidé par M. Jean-Marie Guéhenno sur le renforcement des capacités civiles internationales. Cette question a été évoquée par Peter [Witig, ambassadeur d’Allemagne et président de la Commission de la consolidation de la paix], elle a également été évoquée par l’Ambassadeur d’Autriche. Nous en espérons des recommandations audacieuses pour mieux faire coïncider les besoins réels des pays sortant de conflit et les compétences disponibles, au plan national, au sein des autres Etats membres ainsi que dans l’ensemble du système des Nations unies.

Œuvrer à consolider la paix dès les premiers instants de la fin d’un conflit armé, c’est aussi valoriser la contribution des femmes comme dimension essentielle de la consolidation de la paix. Comment pourrait-on imaginer de laisser de côté la moitié d’une société en train de se reconstruire ? Y renoncer, ce serait poser à coup sûr les fondements de catastrophes futures. C’est pourquoi nous sommes convaincus que les femmes doivent avoir accès de manière plus systématique, et sur un pied d’égalité avec les hommes, aux sphères décisionnelles, dans les domaines politiques, économiques, sociaux et culturels. A cet égard, nous soutenons pleinement le plan d’action du Secrétaire Général et nous invitons le système des Nations unies, au premier rang duquel ONU Femmes et sa directrice exécutive, Mme Bachelet, à le mettre en œuvre.

Monsieur le Président, mes chers collègues, nous le savons, la tâche est difficile mais nous avons des exemples malheureux, au Timor, à Haiti, qui prouvent que sans cette étape de consolidation de la paix, sans l’intégration de cette étape dans la conception même et la conduite des opérations de maintien de la paix nous échouerons. Nous devons continuer à améliorer les moyens dont nous disposons et c’est la raison pour laquelle je vous renouvelle, Monsieur le Président, nos remerciements pour l’organisation de ce débat.



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