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14 avril 2012 - Conseil de sécurité - Syrie/ Adoption de la résolution 2042 - Explication de vote de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations Unies

Madame la Présidente,

La France se félicite de l’adoption de la résolution 2042 à l’unanimité. Nous espérons qu’elle marquera un tournant vers une sortie de crise en Syrie.

L’objectif est de parvenir rapidement au déploiement d’une mission solide et fiable des Nations Unies chargée de vérifier la mise en œuvre du plan Annan. Avec cette résolution, le Conseil de sécurité fait sien cet objectif.

Nous espérons dans l’immédiat que cette résolution ouvre la voie à une cessation brutale des violences. Nous espérons pouvoir dire au peuple syrien que le temps de la violence indiscriminée est enfin derrière lui.

Depuis jeudi matin 6h, les violences ont décrues mais, à cet égard, les attaques subies par la population civile aujourd’hui à Homs confirment les doutes que l’on peut avoir sur la réalité de l’engagement du régime syrien. Nous saurons très rapidement si la Syrie met en œuvre ses engagements. Si ce n’est pas le cas, il sera de la responsabilité de tous les membres du Conseil de sécurité de réfléchir aux mesures qu’il conviendra de prendre. Nous jugerons le régime syrien à ses actes et rien d’autre.

Soyons clairs. Cette décrue partielle dans la répression vient tard, alors que plus de dix mille Syriens sont tombés sous la violence brutale du régime de Damas. Les responsables de cette répression barbare contre une population civile et pacifique ne resteront pas impunis, et je suis heureux qu’aujourd’hui – enfin – ce Conseil reconnaisse d’une seule voix leur responsabilité pénale.

Surtout, nous ne saurions considérer cette décrue dans la répression comme suffisante. Il reste au gouvernement syrien à mettre en œuvre pleinement et immédiatement les engagements contractés envers l’Envoyé spécial conjoint des Nations Unies et de la Ligue arabe. Le message que nous envoyons aujourd’hui collectivement, c’est un appel à une cessation de la violence sous toutes ses formes. Pas seulement les tirs à l’arme lourde, mais la torture, les arrestations arbitraires, les disparitions forcées, les violences sexuelles, toutes ces violations des droits de l’Homme commises massivement et systématiquement par les forces de sécurité du régime syrien depuis treize mois.

La résolution adoptée aujourd’hui permet de déployer une mission avancée d’observation pour évaluer cette cessation de la violence, tester le sérieux des engagements syriens, avant de d’autoriser une mission d’ampleur suffisant à couvrir le territoire. Cette mission ne peut agir sans que les autorités syriennes ne retirent leurs troupes et leur armement lourd des villes, comme l’a demandé M. Annan au Conseil de sécurité, et comme le rappelle aujourd’hui cette résolution. Elle ne pourra non plus agir si le régime syrien ne respecte pas les garanties que le Conseil requiert de sa part. Il revient à tous les membres de ce Conseil d’asséner ce message aux autorités syriennes.

En envoyant une première mission, et, nous l’espérons, une seconde très prochainement, il ne s’agit pas de geler la situation sur le terrain. Ce Conseil a endossé le plan d’action défini par M. Annan, qui vise à faciliter la transition politique de la Syrie vers la démocratie, afin de répondre aux aspirations exprimées avec courage par le peuple syrien. Ce sont les conditions du lancement de ce processus politique que nous cherchons aujourd’hui à créer sur le terrain, en faisant cesser la violence et en rendant au peuple syrien l’espoir qu’une solution politique et pacifique est possible.

Madame la Présidente,

Cette résolution marque un autre tournant, celui de la capacité retrouvée de la communauté internationale à parler d’une seule voix pour répondre à la crise en Syrie et contribuer à une transition pacifique vers la démocratie. Ce retour de tous à l’action responsable est une autre raison de se réjouir. C’est certainement une vraie raison d’espérer pour le peuple syrien.

Je voudrais marquer également toute l’appréciation de la France pour les efforts des Nations Unies, de son Secrétaire général, et de l’Envoyé spécial conjoint, M. Kofi Annan, dont la tâche est aussi difficile qu’essentielle. C’est autour de ces efforts que nous sommes parvenus à retrouver une unité d’action.

Mais ce consensus est fragile et la voie qui nous sépare du gouffre d’une guerre civile aux ramifications régionales est étroite. Que l’on ne se voile pas la face : il n’y aura pas d’autre processus si celui-ci trouve sa fin dans l’action irresponsable de certains acteurs, dans le soutien buté à un régime qui a prouvé son indignité à diriger la Syrie.

En ce jour où l’espoir se lève enfin d’une solution pacifique à la crise en Syrie, la France en appelle donc solennellement tous les membres de ce Conseil pour soutenir sans réserve les efforts visant à répondre aux aspirations du peuple syrien.

Je vous remercie.



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