Twitter Facebook Flickr Youtube RSS Share

15 octobre 2012 - Conseil de sécurité - Situation au Proche-Orient - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies


Monsieur le Président,

Je remercie M. Jeffrey Feltman, Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, pour sa présentation de la situation au Moyen-Orient, ainsi que le Représentant permanent d’Israël et l’Observateur permanent de Palestine, pour leurs interventions.

J’aborderai la situation en Syrie et ses conséquences graves sur la paix et la sécurité internationales, ainsi que l’urgence à relancer le Processus de paix.

D’abord, la Syrie

Il y a trois mois dans cette même chambre, je dénonçais 19 000 victimes de la crise en Syrie. Aujourd’hui le bilan humain, tragique, dépasse 32 000 morts. La Syrie s’enfonce dans une guerre civile qu’une politique de violations systématiques des droits de l’Homme, de bafouement de ses obligations humanitaires par le régime syrien, aggrave chaque jour.

La semaine dernière, le régime syrien a de nouveau repoussé la demande du Secrétaire général et du Représentant spécial conjoint de procéder à un cessez-le-feu unilatéral. Au contraire, l’usage des armes lourdes par le régime n’a fait que croître depuis juillet, avec le recours désormais systématique à l’aviation, et une intensification des bombardements indiscriminés contre les populations civiles, à Alep, à Homs et dans les faubourgs de Damas. La France le répète : les responsables des crimes les plus graves, et notamment des crimes contre l’Humanité, devront répondre de leurs actes devant la Cour pénale internationale.

La sécurité et la stabilité de la région sont mises en cause par la crise syrienne. Ce Conseil a rappelé le 5 octobre dernier le régime syrien à l’obligation qui lui incombe de respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale des Etats voisins. Nous condamnons sans réserve les tirs des forces armées syriennes contre le territoire turc, de même que les incursions et les bombardements en territoire libanais. Le Conseil a exigé du régime syrien que ces violations du droit international cessent immédiatement. De même, sur le Golan, les violations de la zone de limitation doivent cesser. Dans ce contexte, nous saluons la retenue des pays voisins de la Syrie, comme leur générosité à accueillir leurs frères syriens. La France exprime sa solidarité envers son allié turc. Elle se félicite également de l’attitude responsable des autorités et des forces armées libanaises, comme de l’ensemble de la classe politique, qui ont démontré leur volonté de préserver la stabilité du Liban. Nous ne tolérerons pas une reprise des assassinats politiques qui viendrait mettre en cause cette stabilité. Nous encourageons tous les acteurs politiques libanais à continuer de s’investir dans le processus de dialogue national relancé par le Président Sleimane.

Pour la Syrie comme pour la région, l’urgence va donc à une transition politique qui réponde aux aspirations du peuple syrien, et notamment à sa demande d’être gouverné par un dirigeant qui n’ait pas le sang de son peuple sur les mains. La France soutient les efforts de M. Brahimi en vue de cette transition et appelle les autres membres du Conseil de sécurité à offrir au Représentant spécial conjoint les instruments nécessaires pour réussir face à l’intransigeance de Damas.

La France œuvre à nourrir ce processus  : nous appuyons les efforts de l’opposition pour s’unir et se préparer à la transition. Au niveau local, le soutien que nous apportons aux conseils révolutionnaires civils, notamment dans les zones libérées, permet à ceux-ci de rétablir les fondements d’une gouvernance locale civile et de répondre aux besoins quotidiens des populations. Au niveau national, le Président de la République française s’est engagé devant l’Assemblée générale à reconnaître un gouvernement provisoire représentatif de la nouvelle Syrie dès qu’il sera formé. Il a rappelé que ce processus nécessiterait que des garanties soient accordées aux différentes communautés en Syrie, et leur sécurité assurée.

L’urgence va aussi à une réponse humanitaire internationale à la hauteur des souffrances du peuple syrien, à la hauteur de la générosité des pays voisins de la Syrie. Les donateurs doivent se mobiliser pour couvrir les appels de fonds onusiens alors même que l’hiver menace les civils les plus vulnérables. Un plein accès à tous les acteurs humanitaires doit être accordé par les autorités syriennes. Il est particulièrement intolérable que les infrastructures et personnels médicaux soient pris pour cible et que les blessés se voient dénier l’accès au soin parce qu’ils viennent des zones de combat.

Monsieur le Président, j’en viens maintenant au Processus de paix.

La situation dramatique en Syrie ne peut nous faire oublier l’impasse actuelle du processus de paix. Un an après que le Quartet a rappelé les fondements d’un processus qui devait aboutir, avant la fin 2012, à un accord final et à la création d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël, nous en sommes plus loin que jamais :

A deux mois de l’échéance fixée, c’est la solution des deux Etats elle-même qui se trouve menacée. La poursuite de la politique de colonisation par Israël, en violation du droit international, fragilise chaque jour davantage la viabilité physique d’un futur Etat palestinien contigu. Elle menace aussi sa viabilité politique, chaque nouvelle colonie rendant plus difficile l’instauration d’un climat de confiance nécessaire pour rétablir le dialogue. Enfin, elle menace sa viabilité économique, car les contraintes structurelles qui pèsent sur le développement économique palestinien, notamment en zone C, sont la conséquence de la politique de colonisation.

Dans ce contexte, l’Autorité palestinienne se trouve menacée, financièrement et politiquement. Les réformes qui ont préparé avec succès les institutions palestiniennes à assumer un fonctionnement étatique risquent d’être remises en cause par une crise financière sans précédent. Seule l’Europe a jusqu’ici maintenu son soutien financier à l’Autorité palestinienne. La France vient ainsi de lui verser 10M€ d’aide budgétaire supplémentaire. Mais nous ne pouvons assurer seuls les responsabilités de la communauté internationale. Enfin, si les facilitations accordées récemment par Israël, notamment sur la collecte des revenus des taxes, sont bienvenues, elles ne répondent pas aux besoins structurels de l’Autorité palestinienne.

Or fragiliser le camp de la paix, ce que nous faisons aujourd’hui, c’est laisser le champ ouvert aux avocats de la violence. Nous condamnons sans réserve les tirs indiscriminés de roquettes depuis Gaza contre Israël mais nous condamnons également les violences commises par les colons contre les populations palestiniennes et les lieux de culte, en nombre croissant.

Alors qu’il a fallu tant de temps pour que l’ensemble des acteurs reconnaisse la solution de deux Etats, la communauté internationale ne peut pas assister indifférente à sa fragilisation continue sur le terrain.

Il nous faut réagir. Comment ? La solution est connue mais elle doit à être mise en œuvre :

Nous devons tout d’abord, définir, sur la base des résolutions des Nations unies et des négociations précédentes, un cadre de paramètres sur lequel fonder une négociation crédible entre les parties. L’Europe a déjà apporté sa contribution à ce travail.

Sur cette base, amener les parties aux compromis nécessaires, avec l’accompagnement international requis.

Réagir quand ? Sans plus attendre. La situation décrite plus haut ne le permet pas. Elle réclame également qu’un calendrier clair accompagne ces paramètres.

Réagir par quel biais ? Le Quartet a échoué. Nous devons reconsidérer la contribution du Conseil de sécurité qui reste l’enceinte naturelle pour rassembler les efforts de la communauté internationale que l’ampleur de la tâche requiert.

En conclusion, Monsieur le Président, je voudrais reprendre les mots du Président Abbas devant l’Assemblée générale : « c’est peut-être notre dernière chance », a-t-il lancé. Oui, c’est peut-être notre dernière chance de mettre en œuvre la solution des deux Etats. C’est peut-être aussi notre dernière chance de détourner la trajectoire sanglante sur laquelle le régime syrien entraîne son peuple et la région. Dans les deux cas, il serait irresponsable de ne pas la saisir et ce Conseil doit y contribuer.

Je vous remercie.


En savoir plus sur Israël/Palestine et sur la Syrie



Bookmark and Share
Bookmark and Share
Rss
Organisation des Nations Unies Présidence de la République France Diplomatie La France à l'Office des Nations Unies à Genève Union Européenne Première réunion de l'ONU