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16 avril 2014 - Conseil de sécurité - Ukraine - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Madame la Présidente,

Le rapport que nous avons devant nous est accablant, pour deux raisons.

Premier point, il décrit dans les termes les plus sévères le triste bilan d’années de prévarication et d’abus de l’ex-président Ianoukovitch, et de son équipe, prédatrice et criminelle. Comment s’étonner que la population ukrainienne, ulcérée d’être soumise à l’incompétence et la corruption, ait manifesté ? Il n’y a là aucune main de l’étranger.

Le rapport décrit aussi comment le régime a répondu à des manifestations légitimes et pacifiques par la force.

Madame la Présidente,

C’est à la nouvelle administration ukrainienne que revient la tâche, gigantesque, de reconstruire la confiance des Ukrainiens, de tous les Ukrainiens, dans leurs institutions.

Le rapport souligne que, dès les premières mesures de la nouvelle administration, le calme est revenu à Kiev.

Sur la question des langues ou du statut des régions, nous encourageons les autorités de Kiev à poursuivre leurs efforts pour ramener les esprits à la raison, à entamer un dialogue constructif et inclusif, et à rassurer les populations sur leur place au sein de l’Ukraine.

Le président par intérim a refusé l’abrogation de la loi sur les langues officielle ; c’est une décision symbolique qui montre la volonté des autorités ukrainiennes d’œuvrer pour la réconciliation du pays. L’Ukraine peut conserver sa diversité, qui fait sa richesse et son unicité.

Madame la Présidente,

Pour cela, l’Ukraine a besoin de notre soutien.

La première étape est primordiale, c’est la tenue de l’élection présidentielle du 25 mai. Nous devons soutenir les autorités ukrainiennes pour organiser dans les meilleures conditions le scrutin qui assurera la représentation de tous. Il faut aller vers des élections libres et transparentes, garanties par la présence d’observateurs internationaux.

Il serait inacceptable que les manœuvres de groupes violents menacent la tenue de cette échéance démocratique, essentielle pour l’avenir du pays. Nous n’accepterons pas plus que le résultat de ce scrutin, tellement porteur d’espoir pour l’ensemble du pays, soit contesté à cause d’évènements fabriqués de l’extérieur de toute pièce.

Madame la Présidente,

J’en arrive à mon deuxième point.

Le rapport dresse un bilan accablant de l’action de la Russie sur la situation intérieure de l’Ukraine.

Le rapport décrit quel a été l’enchainement des évènements qui ont conduit à l’annexion de la Crimée. Une fois de plus, le rapport souligne qu’aucune menace ne pesait sur les populations russophones de Crimée, argument pourtant brandi par la Russie pour justifier son intervention.

Bien au contraire, le rapport souligne que le risque d’atteinte aux droits de l’Homme pèse désormais sur les populations ukrainiennes et tatares. Il est essentiel que les Nations unies continuent de rendre compte de la situation des droits de l’Homme en Crimée, partie intégrante du territoire ukrainien, comme l’a rappelé l’Assemblée générale des Nations unies à une écrasante majorité.

Le rapport souligne aussi combien les conditions dégradées et les violations des droits de l’Homme, qui ont précédé la tenue du référendum du 16 avril en Crimée ont été le fruit d’une action délibérée. Présence de militaires sans insignes, prises de contrôle de bâtiments publics, intimidations des populations civiles, des journalistes et des activistes des droits de l’Homme, présence de votants étrangers, violente propagande contre Kiev diffusée sur les chaînes de télévision russes. Tous ces actes ont été coordonnés et orchestrés. Ils ont été le prélude à une annexion, fait sans précédent au 21ème siècle.

Nous sommes en train d’assister aujourd’hui à un scenario comparable dans l’est de l’Ukraine.

Je pense que tous les membres du Conseil de sécurité et tous mes collègues qui sont dans cette salle ont lu l’excellent article du New York Times de ce matin qui décrivait la manière dont la Russie a créé sa propre réalité virtuelle qui n’a aucun rapport avec le monde réel. Le discours de mon collègue russe aujourd’hui reflète à quel point cet article était précis et correspondait à la réalité.

Rappelons-nous du passé : on nous a parlé de 600 000 réfugiés fuyant la terreur ukrainienne....réfugiés qui ont disparu du jour au lendemain. On nous disait qu’il n’y avait pas de soldats russes en Crimée, alors que sur "Youtube" nous pouvions voir les camions avec les plaques d’immatriculation de l’armée russe.

Aujourd’hui, la même désinformation se poursuit. On nous annonce des manifestants pacifiques, alors que de nouveau, sur internet, vous pouvez voir que ce sont des miliciens lourdement armés. On nous dit qu’il n’y a pas d’intervention russe, alors que de nouveau, sur internet, vous voyez des soldats sans insigne qui exhibent des armes qui ne sont en dotation que dans l’armée russe. On nous annonce que la terreur fasciste règne à Kiev, alors que vous savez très bien, si vous allez à Kiev, que le calme règne. On nous annonce que les juifs sont menacés en Ukraine, alors que les organisations juives ukrainiennes disent elles-mêmes qu’elles ne se sentent pas menacées.

Je pourrais multiplier les exemples, mais jamais un discours n’a été aussi évidemment éloigné de la réalité, que nous pouvons, que vous pouvez tous, grâce à internet, constater sur les ordinateurs.

Madame la Présidente,

L’Ukraine est acculée, l’Ukraine est agressée. Elle a été mise en demeure dimanche, ici-même, de ne pas réagir. On ne peut concevoir qu’elle subisse sans réaction l’agression dont elle est victime, une première fois il y a un mois – celle-ci a été condamnée par l’Assemblée générale dans sa résolution 68/262 – et de nouveau dans l’est du pays. Nous saluons la retenue des forces de sécurité ukrainiennes qui cherchent à répondre de manière proportionnée aux actions de déstabilisation sans précédent auxquelles elles font face et qui sont organisés de l’étranger.

Madame la Présidente,

Nous appelons la Russie à s’engager dans la désescalade et à condamner, avec l’ensemble de ce Conseil, les tentatives de déstabilisation dans l’est de l’Ukraine. Plus encore, nous appelons la Russie à cesser de s’enferrer dans une montée aux extrêmes qui ne conduirait qu’à un drame. Elle doit retirer ses troupes de la frontière. Elle doit cesser ses actions de déstabilisation. Elle doit cesser de crier à l’imminence de la guerre civile. Nul n’est dupe devant ce scenario du pompier pyromane mis en scène sans subtilité et sans même un souci réel de crédibilité.

La situation est désormais extrêmement grave. Une réunion se tiendra demain à Genève, qui réunira la Russie, les Etats-Unis, l’Union européenne et l’Ukraine.

Cette échéance est cruciale et nous appelons toutes les parties au calme, à la retenue et au compromis. En cas d’échec, ou si la Russie cherchait à se soustraire à ce rendez-vous, de nouvelles sanctions seraient inévitables, même si ce n’est pas la voie que nous préférons.

Nous serons fermes. Il faut qu’un pouvoir pleinement légitime soit installé à Kiev. Les élections doivent se tenir le 25 mai et nous ne laisserons pas la Russie soit en empêcher la tenue soit les disqualifier.

Je vous remercie


En savoir plus sur l’Ukraine.



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