Twitter Facebook Flickr Youtube RSS Share

16 février 2011 - Conseil de sécurité - MINUK/Kosovo - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Madame la Présidente,

Je remercie pour leur présence et pour leurs interventions, M. Vuk Jeremic, Ministre des Affaires étrangères de la République de Serbie, et Mme Vlora Citaku, Ministre des Affaires étrangères en exercice de la République du Kosovo. Je salue également M. Lamberto Zannier, Représentant spécial du Secrétaire général, et l’action qu’il mène au Kosovo, avec l’ensemble des membres de sa mission.

Madame la Présidente,

Le Kosovo célèbrera demain le troisième anniversaire de son indépendance. Quelle évaluation pouvons-nous faire du développement de ce jeune Etat ? Tout d’abord, chacun doit convenir que la crainte d’un chaos, agitée par certains au moment de la déclaration d’indépendance, était infondée. Le cadre institutionnel que le Kosovo s’est donné est respecté par ses autorités et soutenu par sa population. Des élections législatives ont eu lieu en décembre, elles se sont bien déroulées dans l’ensemble, mieux que dans bien des pays plus anciens que le Kosovo. Comme l’a relevé le Secrétaire général dans son rapport, la participation des Serbes du Kosovo à ce scrutin a été la plus élevée depuis 2001. Le Conseil de sécurité a tout lieu de s’en féliciter : quelles que soient nos positions sur la question du statut, ce taux élevé de participation est la preuve d’une plus grande maturité de la population, et de sa volonté de partager un avenir commun.

75 Etats ont reconnu aujourd’hui le Kosovo. Chaque reconnaissance apporte plus de stabilité au Kosovo et à l’ensemble de la région. Mais les reconnaissances ne sont pas suffisantes. Le Kosovo doit en effet progresser encore dans bien des domaines. L’Etat de droit doit être renforcé ; ce qui passe par un renforcement des institutions, la lutte contre la corruption et la criminalité organisée. Les institutions judiciaires doivent être consolidées.

Madame la Présidente,

Le Secrétaire général estime dans son rapport que la situation sécuritaire est " relativement calme mais potentiellement volatile ". Si la fréquence des incidents est heureusement moindre qu’il y a quelques années, ces derniers sont encore trop nombreux. Il est intolérable que des véhicules occupés par des Serbes soient la cible de jets de pierre, même si ces attaques sont essentiellement symboliques. De même les agissements d’extrémistes serbes dans le Nord du Kosovo sont tout aussi inacceptables. Les intimidations et les pressions de ces extrémistes sur les Serbes du Nord du Kosovo pour les empêcher de vivre en bonne intelligence avec toutes les communautés, ne doivent pas être tolérées. L’expérience des Serbes vivant au sud de l’Ibar, notamment dans les nouvelles municipalités créées dans le cadre du plan Ahtisaari, montre que la vie en commun est possible.

Madame la présidente,

Un processus de dialogue doit s’instaurer bientôt entre les deux pays voisins. L’Union européenne est prête à faciliter ce dialogue, que nous souhaitons voir débuter dès que le gouvernement kosovar aura été formé. Pour que ce dialogue, qui portera sur des sujets techniques d’intérêt commun, puisse porter ses fruits et apporter un intérêt concret aux populations, il doit pouvoir se dérouler sans interférences d’un pays sur le territoire de l’autre.

Tous les Etats issus de l’ancienne Yougoslavie se sont vus reconnaître une égale perspective européenne. Chacun progresse à son rythme dans ce processus de rapprochement européen. L’un de ces Etats a déjà rejoint l’Union européenne. Les horreurs des années de guerre sont pourtant toujours présentes pour les populations concernées. Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie a accompli un travail exemplaire et a rendu la justice. Deux personnes inculpées doivent être encore arrêtées au plus vite et répondre de leurs actes.

Un rapport troublant adopté par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a récemment contenu des allégations formulées au conditionnel sur un trafic d’organes qui aurait eu lieu au Kosovo et en Albanie à la fin de la guerre. Une enquête avait déjà été menée il y a plusieurs années sur la base des mêmes rumeurs et ne les avait pas confirmées. Nous souhaitons que toute la lumière soit définitivement faite, et que les preuves, si elles existent, et qui jusqu’ici n’ont jamais été présentées, soient fournies à la mission européenne EULEX, qui dispose du mandat et des capacités pour mener à bien les investigations nécessaires.

Madame la Présidente,

Un nouveau gouvernement va se mettre en place au Kosovo. Il ne devra pas ménager ses efforts pour continuer de faire progresser le jeune Etat. De nombreux chantiers devront être menés de front : Etat de droit, bonne gouvernance, lutte contre la corruption, dialogue intercommunautaire, reconstruction économique, dialogue avec la Serbie, renforcement de ses relations internationales.

La France, quant à elle, continuera de suivre de près la situation au Kosovo, et l’aidera à se rapprocher des normes européennes, comme elle le fait aussi aujourd’hui avec la Serbie.

Je vous remercie./.



Bookmark and Share
Bookmark and Share
Rss
Organisation des Nations Unies Présidence de la République France Diplomatie La France à l'Office des Nations Unies à Genève Union Européenne Première réunion de l'ONU