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16 juillet 2010 - Conseil de sécurité - Prévention des conflits en Afrique - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Je vous remercie d’avoir organisé ce débat thématique sur la Prévention des conflits en Afrique. L’Afrique accueille aujourd’hui la moitié des opérations de maintien de la paix des Nations unies pour près de 75% des effectifs de casques bleus déployés (73 645 sur 100 645 au 30 juin 2010).

Dans ce contexte, la prévention des conflits constitue évidemment un enjeu majeur. Elle présente un avantages déterminant sur la gestion traditionnelle d’un conflit puisqu’elle permet d’éviter les pertes humaines, qu’il s’agisse de belligérants ou de civils ainsi que l’enchainement de déplacement de population, des destructions économiques qui accompagnent toujours les conflits.

Par ailleurs, dans le contexte de rigueur budgétaire que nous connaissons tous, le coût de déploiement d’opérations de maintien et de consolidation de la paix est de plus en plus difficile à prendre en charge.

La prévention des conflits commence par l’information. Pour l’obtenir, il est important que le Conseil de sécurité puisse bénéficier de briefing réguliers, et dès qu’il l’estime nécessaire, de la part du Secrétariat sur les zones de fragilités afin d’être en mesure de déployer au plus tôt et de façon concertée l’ensemble des outils à sa disposition pour prévenir l’aggravation d’une situation de tension tels que la médiation, les bons offices, la condamnation, voire les sanctions.

Ces outils ont prouvé leur efficacité pour éviter le déclenchement des conflits. Ainsi, la médiation sur le différend frontalier entre le Nigeria et le Cameroun autour de la presqu’île de Bakassi, après l’arbitrage de la Cour internationale de Justice et les accords de Greentree, se fait pour leur mise en œuvre sous l’égide du RSSGNU pour l’Afrique de l’ouest, M. Saïd Djinnit.

Le rôle de coordination de terrain des bureaux régionaux des Nations unies qui pourront être sollicités par le Conseil de sécurité pour des points de situation doit à cet égard être renforcé.

Par ailleurs, l’appropriation africaine de la prévention des conflits et des enjeux de paix et de sécurité en Afrique fait son chemin. On peut par exemple relever l’engagement de la CEDEAO en Côte d’Ivoire en 2003 avant la mise en place de l’ONUCI, le succès de cette organisation au Togo en 2005, les nombreuses médiations de l’Union Africaine, notamment pour Madagascar et le Soudan, les prises de position fermes de son Conseil de Paix et de Sécurité face aux coups d’Etat ou récemment en Guinée après les massacres du 28 septembre, l’action des forces africaines de Paix qu’il s’agisse de l’AMIS au Soudan, avant sa prolongation par la MINUAD, et de l’AMISOM en Somalie.

Monsieur le Président, diverses initiatives ciblées de la communauté internationale contribuent également à la prévention des conflits en Afrique.

La France est particulièrement active aujourd’hui sur le dossier de la lutte contre les transferts illicites d’armes légères et de petit calibre (ALPC) qui nourrissent l’explosion des crises africaines et leur dangerosité. Les régimes de sanctions des Nations unies, qui peuvent notamment contenir des embargos sur les armes peuvent également conduire à la réduction du niveau des armements. Les programmes de Démobilisation, Désarmement, Réintégration (D.D.R.) permettent également de réduire le nombre de combattants et d’armes et sont un outil essentiel dans la lutte contre les trafics, ferments de conflits, à commencer par les trafics d’armes.

Les projets de réforme des secteurs de sécurité visent quant à eux à établir un système de sécurité efficace et légitime aux yeux de la population sous le contrôle du pouvoir civil. Au titre de la Politique extérieure et de sécurité, l’Union européenne a mené ou soutenu au moins trois opérations civiles consacrées à la Réforme des Systèmes de Sécurité en Afrique ces dernières années, que ce soit en RDC, en Guinée Bissao et en RCA. Par ailleurs, l’Union européenne, à l’initiative de la France, apporte un soutien actif au renforcement des capacités africaines de paix et de sécurité.

Pour lutter contre le pillage des ressources naturelles à des fins de conflit, la France a également appuyé, y compris au sein de l’AGNU et du Conseil de sécurité, la mise en place du processus de Kimberley, qui établit un mécanisme de certification de l’origine des diamants et de l’E.I.T.I. (Initiative pour la Transparence des Industries Extractives) pour faire en sorte que l’exploitation de ces richesses contribue au développement des pays concernés et ne serve pas à alimenter les guerres en cours, avec leur " privatisation " au profit des groupes armés, comme nous le voyons aujourd’hui, notamment dans l’est de la RDC.

De façon complémentaire, les actions d’aide au développement contribuent également à la stabilité des Etats.

Enfin le fait que la majorité des Etats aient adhéré au statut de Rome exerce également un effet préventif en envoyant le signal que les crimes ne resteront pas impunis. La cour pénale internationale est un élément essentiel de prévention des conflits,

Monsieur le Président,

Le Livre blanc sur la politique étrangère et européenne de la France pour 2008-2020 met au rang de ses priorités la " prévention des crises et des conflits ". Le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale expose, de son côté, que "l’Afrique viendra au premier rang de notre stratégie de prévention des conflits pour les quinze années à venir ", compte tenu tant des répercussions directes ou indirectes que peuvent avoir les conflits africains sur la France et l’Europe ainsi que de l’augmentation des trafics vers notre continent.

Comme on le voit, la prévention des conflits en Afrique est au cœur de l’action internationale. Parallèlement, un système africain de sécurité collective est en train de s’établir. Le soutien aux initiatives africaines demeure indispensable car le continent n’a pas encore les moyens matériels de faire face seul aux exigences du maintien de la paix. Ce soutien doit faire une place essentielle à la coordination et à la constance des actions./.



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