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16 septembre 2010 - Conseil de sécurité - Somalie - Intervention de M. Martin Briens, représentant permanent ajoint de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Je voudrais en premier lieu remercier le Représentant spécial du Secrétaire général, M. Mahiga, pour la présentation qu’il vient d’effectuer et saluer son courage alors qu’il a été confronté le 9 septembre dernier à un attentat contre l’aéroport de Mogadiscio où il se trouvait pour rencontrer le président Sharif en compagnie du représentant spécial du président de la Commission de l’Union africaine et de l’envoyé spécial de l’IGAD.

Je remercie également le ministre des affaires étrangères du Kenya ainsi que le représentant permanent de Somalie pour la franchise et la clarté de leurs propos. Je retiens leur engagement à vouloir œuvrer à la stabilité de la Somalie.

Monsieur le Président,

1/ Comme le souligne le rapport du Secrétaire général, la situation sécuritaire se dégrade de façon préoccupante en Somalie. L’offensive lancée ces dernières semaines par les extrémistes a conduit à des affrontements violents à Mogadiscio. Les milices contrôlent aujourd’hui une partie importante de la capitale, menacent le siège des institutions de transition et sont capables de s’infiltrer dans les quartiers contrôlés par le gouvernement fédéral de transition. Les attaques contre les parlementaires le 24 août et contre les représentants de la communauté internationale et le président somalien à l’aéroport il y a une semaine en témoignent.

En Somalie, les premières victimes quotidiennes des terroristes sont les civils. Ces 4 derniers mois, 1600 civils ont été accueillis dans les hôpitaux de Mogadiscio à la suite des combats, dont 400 enfants de moins de 5 ans. L’insécurité entrave par ailleurs les efforts de reconstruction du GFT et nuit au développement économique du pays.

La capacité de nuisance du Shebab s’étend par ailleurs désormais au-delà des frontières somaliennes et concerne toute la région comme l’ont montré les attentats sanglants de Kampala du 11 juillet dernier. Enfin, l’instabilité en Somalie constitue toujours un terreau fertile pour les activités de piraterie qui menacent les voies maritimes au large des côtes.

2/ Dans ce contexte, nous saluons l’engagement des troupes de l’AMISOM, ougandaises et burundaises, qui permettent la sécurisation des infrastructures clé de la capitale ainsi que celle des institutions de transition. L’ensemble de la communauté internationale doit continuer à les soutenir. Alors que l’IGAD et l’Union africaine ont annoncé en juillet porter à 8000 le nombre de soldats de l’AMISOM, l’aide qui pourrait être apportée par de nouveaux contributeurs serait sans doute déterminante.

La France contribue pour sa part activement aux efforts de la communauté internationale en Somalie. Je voudrais rappeler qu’en 2009 elle a formé 500 soldats du GFT. Elle est aujourd’hui engagée avec l’Union européenne dans la formation de 2000 soldats somaliens. Enfin, la France a formé ces trois dernières années 5600 des soldats de l’AMISOM. Elle assure aujourd’hui avec ses partenaires européens le financement des soldats de la Force. Elle contribue en outre au paquet des Nations unies pour le soutien logistique à l’AMISOM. Elle est enfin engagée dans l’opération Atalante pour lutter contre la piraterie au large des côtes somaliennes.

Monsieur le Président,

3/ L’appui aux forces gouvernementales et à l’AMISOM ne peut se faire sans une véritable stratégie coordonnée avec l’action politique menée par le GFT. Les Nations unies y ont un rôle à jouer et l’association des pays de la région est une condition de succès sur le plan politique comme sur le terrain.

Dans l’esprit des accords de Djibouti, le GFT a poursuivi ces derniers mois les efforts d’élargissement de sa base politique. Le rapprochement avec Ahlu Sunna Wal Jamaa a constitué un pas important qui doit encore être consolidé. Les travaux d’élaboration de la constitution avancent également. Nous attendons toutefois plus du GFT. Les différends entre les représentants des institutions de transition ont miné leur action et sont inacceptables. Des gestes doivent être faits en direction de tous ceux qui acceptent de renoncer à la violence. De même, un dialogue régulier doit être mené par le GFT avec les régions du Puntland et du Somaliland. Enfin, à moins d’un an de la période transitoire, il est temps pour le GFT de convaincre qu’il est en mesure d’offrir des services de base à la population : les soins, l’enseignement, la justice et la sécurité, alors que dans l’ensemble de ces domaines, les besoins restent considérables.

Les Nations unies accompagnent actuellement les efforts du GFT. Elles peuvent toutefois s’adapter pour rendre leur action plus efficace. L’ONU conduit actuellement en Somalie des actions diverses et complémentaires, qu’elles soient politiques, logistiques, humanitaires et de développement, au travers de 25 organes différents. Comme le propose le Secrétaire général, nous soutenons une intégration accrue de ces différentes actions sous l’autorité directe du Représentant spécial afin qu’elles puissent être plus cohérentes. Nous examinerons avec attention les propositions concrètes du Secrétaire général sur cette question. Les premières mesures de coordination, notamment la mise en place du groupe de haut niveau qui réunit le Représentant spécial, le coordinateur humanitaire et le Directeur de l’UNSOA, sont un premier pas, mais il faut aller plus loin car il en va de notre crédibilité.

Nous encourageons également, dès que cela sera possible et notamment dès que la situation sécuritaire le permettra, l’implantation d’un bureau des Nations unies à Mogadiscio afin de marquer la continuité et l’implication de l’action de l’ONU en Somalie. A cet égard, nous encourageons vivement le Représentant spécial du Secrétaire général à poursuivre ses efforts pour assurer cette présence des Nations unies en Somalie, comme le Secrétaire général le lui a demandé.

4/ S’agissant enfin de la piraterie, il nous faut chercher, comme nous en convenons tous, à trouver des solutions à terre. Il nous faut aussi poursuivre nos actions en mer. Le débat qui s’est tenu le 25 août dernier a permis d’examiner les options proposées par le Secrétaire général pour le traitement judiciaire et pénitentiaire des pirates arrêtés. Les recommandations du Conseiller spécial du Secrétaire général en charge de ces questions, M. Jack Lang, devront à cet égard permettre de trouver une solution à la fois efficace et équitable, pour les Etats de la région comme pour les Etats engagés en mer.

Monsieur le Président,

Les mois à venir seront déterminants pour la Somalie alors que la période transitoire touche à sa fin. Je voudrais dans ce contexte assurer M. Mahiga du soutien et de la confiance de la France pour la mission complexe qu’il entreprend.

Je vous remercie./.



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