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17 juillet 2013 - Conseil de sécurité - Protection des journalistes dans les conflits armés - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Madame la Présidente,

Je vous remercie pour l’organisation de ce débat, le premier sur ce thème depuis l’adoption de la résolution 1738. Je remercie le Vice-Secrétaire général pour son intervention ainsi que les journalistes pour leurs témoignages, qui nous permettent de mieux comprendre les défis qu’ils rencontrent sur le terrain.

Vous connaissez l’attachement de la France à la question de la protection des journalistes. Face à la recrudescence des attaques contre les professionnels de l’information, notamment en zones de conflits, nous avions proposé avec nos partenaires grecs, il y a maintenant plus de six ans, un projet de résolution au Conseil de sécurité. A travers la résolution 1738, la communauté internationale s’était engagée à accorder une attention accrue à la question de la protection des journalistes dans les conflits armés, et le Conseil de sécurité avait alors parlé d’une seule voix en ce sens. Il s’agissait d’un pas décisif.

Aujourd’hui, nous constatons hélas que ce pas était insuffisant.

Bien au contraire, l’année 2012 a été la plus meurtrière. Plus de 120 journalistes ont été tués dans l’exercice de leur métier, soit deux fois plus qu’en 2011. Des centaines d’autres ont été emprisonnés, parfois torturés. Beaucoup ont fait l’objet d’intimidations, d’enlèvements, de disparitions forcées, de détentions arbitraires. Les femmes journalistes sont parfois délibérément visées, victimes de harcèlements et de violences sexuelles. Les blogueurs, qu’ils soient journalistes professionnels ou simples « net-citoyens », sont également ciblés de manière de plus en plus systématique.

Hier en Libye, aujourd’hui en Syrie, les journalistes subissent les persécutions des régimes qui cherchent à les museler. C’est ainsi qu’une centaine de journalistes ont été tués en Syrie depuis le début du conflit, dont quatre Français. Ils ont payé de leur vie leur détermination à montrer au monde la réalité de la répression aveugle qui frappe le peuple syrien. J’ai aujourd’hui une pensée particulière pour Didier François et Edouard Elias, journalistes français enlevés dans en Syrie il y a un mois et toujours détenus.

Mais sur tous les terrains de conflits, ce sont les journalistes locaux qui paient le plus lourd tribut pour exercer leur métier. C’est le cas en Somalie où les journalistes sont pris régulièrement pour cible par les groupes armés. Cinq d’entre eux ont ainsi été tués depuis le début de l’année.

Ces chiffres le montrent : le défi de la protection des journalistes reste à relever.

Face à cette situation préoccupante,il est de la responsabilité première des gouvernements de protéger les journalistes, et de leur permettre d’accomplir leur travail sans entrave et de façon indépendante. Cela passe notamment par la lutte contre l’impunité pour les auteurs de violences. Les Etats doivent systématiquement enquêter, appréhender et juger les responsables. Actuellement, 90 % des meurtres de journalistes restent impunis.

Il revient également à la communauté internationale, et notamment au Conseil de sécurité, de réfléchir et d’agir pour protéger les journalistes. Certaines pistes ont été indiquées. Nous devons reconnaitre la vulnérabilité des journalistes en situation de conflits et faire en sorte, de manière plus systématique, que les opérations de maintien de la paix assurent la protection des journalistes, en tant que civils menacés.

Les violences contre les journalistes ne se limitent cependant pas aux situations de conflits armés. La majorité des persécutions se produisent dans des pays en paix, bien souvent lorsque les journalistes enquêtent sur des cas de corruption ou de crime organisé. Le Conseil des droits de l’Homme, dans une résolution adoptée en septembre dernier, a dénoncé cette réalité et proposé des pistes d’action. Le travail accompli par l’UNESCO doit également être salué. Le Plan d’action sur la sécurité des journalistes, que l’UNESCO a élaboré l’an dernier, est une excellente initiative pour lutter contre l’impunité des auteurs de violences contre les journalistes. Nous appelons maintenant à sa pleine et immédiate mise en œuvre.

La liberté d’informer est au cœur de toute démocratie.

Qu’ils soient journalistes, blogueurs, reporters de guerre ou personnels associés, ce sont eux qui chaque jour nous aident à mieux comprendre le monde et ses évolutions. Chacun voit que le premier réflexe des ennemis de la liberté, c’est de bâillonner la presse, que les premiers alliés de la démocratie, ce sont des medias indépendants. La liberté d’expression, doit être respectée partout. Il est de notre responsabilité à tous d’œuvrer pour assurer le plein exercice de cette liberté, et tout spécialement au Conseil de sécurité.

Je vous remercie.


En savoir plus sur la protection des journalistes dans les conflits armés.



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