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17 mars 2011 - Conseil de sécurité - Afghanistan - Intervention de M. Martin Briens, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies

Je remercie M. de Mistura et l’Ambassadeur Tanin pour leur présentation, et m’associe à la déclaration que fera le représentant de l’Union européenne.

Monsieur le Président,

Alors que nous nous apprêtons à reconduire le mandat de la Mission d’Assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), le Rapport du Secrétaire général nous rappelle le contexte politique général dans lequel s’inscrit cette décision.

Le gouvernement afghan et les nations engagées à ses côtés ont, avec le " Processus de Kaboul " et la Déclaration sur la Transition adoptée à Lisbonne le 20 novembre dernier, défini la feuille de route d’un retour au plein exercice par les Afghans de leur souveraineté.

Le Président Karzaï devrait annoncer prochainement la liste des premières villes et provinces dont la sécurité sera prise en charge par les Afghans, première étape d’un transfert graduel sur l’ensemble du territoire d’ici fin 2014. La France appuie pleinement le processus de Transition. Nous sommes engagés, avec le gouvernement afghan et nos Alliés, à rendre ce transfert possible dans les zones où notre dispositif civil et militaire est déployé.

Nous voulons qu’il soit durable et irréversible, et qu’il conduise également à une prise en charge par les Afghans de responsabilités en matière de gouvernance et de développement.

Pour cela, nous devons progresser sur trois fronts.

Premièrement, sur le front de la sécurité, nous avons repris l’initiative militaire et permis à l’Etat afghan de reprendre pied dans plusieurs zones. Son armée et sa police montent en puissance. Nos efforts militaires et de formation commencent à porter leurs fruits, mais au prix de combats très durs qui ont entraîné une augmentation du nombre de victimes civiles. Nous savons que les trois quarts d’entre elles sont le fait des insurgés, qui n’hésitent plus à frapper des cibles purement civiles et multiplier les assassinats. Pour autant, nous comprenons l’émotion qu’elles suscitent.

Nous devons faire en sorte que le nombre de civils tués ou blessés par les forces pro-gouvernementales continue de baisser comme il l’a fait ces dernières années.

Dans le domaine politique, maintenant que les élections législatives ont eu lieu et que le nouveau parlement a été convoqué, nous appelons toutes les institutions afghanes à répondre aux véritables attentes des électeurs, dans le respect de leurs compétences mutuelles, du cadre que fixe la constitution et du principe de la séparation des pouvoirs. Nous avons également noté le chemin parcouru sur la voie de la réconciliation inter-afghane. Nous continuons d’appuyer les efforts du Président Karzaï et l’action du Haut Conseil pour la Paix. Les insurgés, quels qu’ils soient, doivent comprendre que, pour réintégrer le jeu politique afghan, ils devront renoncer à leurs liens avec Al Qaïda et refuser que leur pays ne redevienne une plate-forme du terrorisme international.

Sur le front du développement, nous avons des obligations mutuelles. La communauté internationale doit mieux coordonner son aide civile et l’aligner avec les priorités et les mécanismes budgétaires afghans. Le gouvernement doit fournir des assurances que ces fonds seront bien utilisés et iront là où on en a le plus besoin, au niveau local et dans la constructions des infrastructures permettant l’exploitation des ressources afghanes, leur exportation et le désenclavement du pays, auquel la France contribuera dans le cadre de sa présidence du G8 et comme les ministères afghans compétents en ont dressé, avec pertinence, le plan dans les plus récentes conférences internationales. Nous continuerons donc de suivre avec attention les conséquences de l’affaire de la Kabul Bank.

Monsieur le Président,

Ce contexte rend plus nécessaire que jamais la présence et l’action de la MANUA et, plus largement, des Nations unies en Afghanistan. Je voudrais saisir cette occasion pour réaffirmer notre gratitude envers les agents de la MANUA et mon plein soutien à l’action du Représentant spécial, Staffan de Mistura.

Nous considérons que le mandat voté l’année dernière dans la résolution 1917, recentré sur quelques priorités, reste pertinent. La coordination de l’aide à travers la co-présidence du JCMB, la réforme électorale, la réconciliation à travers l’action de soutien du Salam Group, l’évolution le moment venu du régime de sanctions créé par la résolution 1267, la coordination civilo-militaire dans le cadre de la Transition et la coopération régionale doivent continuer de guider l’action du Représentant spécial.

Nous avons pris note de la lettre de M. Rassoul. Nous sommes heureux de constater que la plupart de ses demandes ont été intégrées dans le projet de résolution. Certains points me semblent néanmoins devoir être rappelés :

Premièrement, il nous paraît souhaitable que le Représentant spécial Secrétaire général reste impliqué dans la réforme du cadre électoral afghan, même si celle-ci doit relever avant tout des Afghans eux-mêmes. Les Nations unies ont accompagné les Afghans dans l’organisation des élections de 2009 et 2010, et ont accumulé, à travers leur action sur d’autres théâtres, un savoir-faire dont il serait regrettable de se priver.

Deuxièmement, nous devons également adapter le mandat de la MANUA au nouveau contexte de la Transition, qui va redéfinir graduellement les contours de notre engagement civil et militaire en Afghanistan. Nous aurons plus que jamais besoin d’une présence forte des Nations unies, à Kaboul comme au niveau local. Le rôle de la MANUA doit donc se transformer et être renforcé pour tenir compte de l’évolution des efforts internationaux en faveur de l’Afghanistan - qui se traduit par exemple, pour l’OTAN, par le lancement d’un partenariat de long terme avec l’Afghanistan - : le rôle de chef de file des Nations unies dans ces efforts devra être conforté au cours de la transition.

Enfin, nous devons, comme nous y invitent les Afghans, profiter de ce contexte pour mener une revue générale sur le travail de la MANUA en vue du prochain renouvellement de son mandat en mars 2012. Ce réexamen devra se faire en totale transparence avec les autorités afghanes.

A travers ce renouvellement pour une période de douze mois que nous soutenons, nous pourrons témoigner de notre confiance dans l’action du Représentant spécial et de notre vœu commun de voir un Afghanistan, démocratique, indépendant, stable et prospère, tourner définitivement le dos à la violence et à l’instabilité.

Je vous remercie.



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