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17 mars 2014 - Afghanistan - Intervention de M. Philippe Bertoux, conseiller politique de la Représentation permanente de la France auprès des Nations unies

Madame la Présidente,

Je salue parmi nous la présence de M. Jan Kubiš que je remercie de sa présentation et de son action à la tête de la MANUA. A travers vous, M. le représentant spécial, je veux saluer l’action du personnel international et local de la mission qui travaille dans des conditions difficiles et ce, hélas, parfois au sacrifice de leur vie. Je salue également l’ambassadeur d’Afghanistan, M. Tanin, et je le remercie de son intervention. Je m’associe par avance au discours qui sera fait par le représentant de l’Union européenne.

Madame la Présidente,

L’Afghanistan est entré dans une période marquée par des changements profonds : deux transitions, l’une sécuritaire et l’autre politique, sont en cours.

L’année 2014 verra la fin de la présence militaire de la coalition internationale dans la forme que nous connaissions jusqu’alors. Une nouvelle mission de conseil, de formation et d’assistance prendra le relai de la FIAS, conformément aux engagements pris lors du sommet de l’OTAN à Chicago en 2012 pour soutenir les forces de sécurité afghanes dans la durée.

De même, l’Afghanistan s’est engagé depuis plusieurs mois déjà dans la préparation de l’élection présidentielle dont le premier tour est prévu le 5 avril. Cette élection démontrera une fois de plus l’enracinement de la démocratie dans le pays. La perspective d’un transfert pacifique et légal de l’autorité présidentielle est une chose suffisamment rare pour s’en réjouir. Un nouveau président, le deuxième depuis la chute des Talibans, prendra en main les destinées du pays. Nous nous tiendrons à ses côtés pour le soutenir dans l’accomplissement de sa mission.

Madame la Présidente,

Nous venons d’adopter la résolution 2145. Le mandat de la MANUA a été reconduit pour un an, sans changement majeur en raison d’une part, du renouvellement du gouvernement afghan cette année et d’autre part, des incertitudes qui pèsent encore sur les contours du futur dispositif sécuritaire. Dans ce contexte, nous estimons crucial que la MANUA, qui demeure le pivot de l’action de la communauté internationale en Afghanistan, puisse agir dans l’année qui vient selon un mandat solide, qui a fait ses preuves depuis dix ans.

L’action de la communauté internationale en Afghanistan devra s’adapter à l’évolution de la situation sur le terrain. En particulier, le modèle de développement, marqué par la stratégie de contre-insurrection, devra nécessairement être revu. Pour autant, nous ne renoncerons pas aux valeurs pour lesquels nous nous sommes battus, aux côtés des Afghans, depuis dix ans. Je pense en particulier à la place et aux droits des femmes dans la société afghane.

Nous avons désormais moins de douze mois devant nous pour évaluer et déterminer comment la communauté internationale pourra soutenir l’Afghanistan dans le long terme. Le mandat de la MANUA que nous adopterons dans un an devra être différent, recentré sur les priorités de la communauté internationale.

Placée dans une situation plus visible, plus centrale, mais aussi plus complexe, la MANUA devra impérativement voir son rôle politique renforcé.

La mission, et notamment le représentant spécial, devra apporter ses bons offices pour faciliter la mise en œuvre des processus politiques afghans, en particulier dans les domaines de la réconciliation et du renforcement de l’Etat de droit, et appuyer les efforts visant à renforcer la coopération régionale. La MANUA devra aussi disposer de compétences accrues en matière de défense et de promotion des droits de l’Homme, domaine dans lequel elle apporte une réelle expertise et une réelle plus-value. Elle devra enfin assumer un rôle de coordinateur des Fonds, Programmes et Agences spécialisées des Nations Unies, pour promouvoir un modèle de développement répondant aux défis d’une économie fragilisée par la diminution de l’aide internationale et l’émergence d’une économie illicite qui alimente l’instabilité.

A cette fin, il nous semble important d’en simplifier le mandat. Nous restons cependant attachés, dans toute la mesure du possible, au maintien de sa présence sur l’entière étendue du territoire afghan, indispensable à une vision claire et globale de la situation.

Madame la présidente,

Comme d’autres l’ont dit précédemment, nous sommes également préoccupés par la recrudescence du trafic de drogues. L’année 2013 a vu, hélas, un nouveau record de production d’opium. Par ailleurs, l’Afghanistan est devenu le premier producteur mondial de résine de cannabis. On y trouve même désormais des centres de production d’amphétamines.

Nous connaissons les efforts des Afghans sur ce front. Nous savons que le défi à relever suppose l’engagement de tous, en particulier des partenaires régionaux de l’Afghanistan. Nous resterons présents aux côtés des Afghans dans cette tâche.

Mais aujourd’hui, nous nous adressons à l’ensemble de la communauté internationale.

Comme le Secrétaire général le relève dans son rapport, le risque d’une émergence d’un narco-état existe et il est sérieux. Nous devons envisager aujourd’hui les actions qui permettront demain de faire rempart aux effets des narcotrafics que sont la corruption ou les violences.

Nous le savons, l’expérience l’a montré, le trafic de drogues se conjugue très souvent avec une insurrection et la contestation du pouvoir central. Nous devons tout faire pour éviter le pire : laisser l’Afghanistan à lui-même, avec une insurrection certes affaiblie mais pas totalement réduite ; avec des forces de sécurité afghanes qui ont prouvé leur robustesse et leur efficacité, mais que le retrait de la communauté internationale inquiète ; avec un tissu socio-économique et institutionnel reconstruit mais encore très fragile.

A ce titre, la place qu’occupe ce sujet dans le mandat de la MANUA devra être renforcée. Nous ne voulons pas faire de la MANUA une agence de lutte contre les narcotiques, bien évidemment. Mais toutes les synergies possibles entre l’action de la MANUA et le bureau de l’ONUDC en Afghanistan devront être soutenues. La MANUA devra également appuyer la coopération régionale dans ce domaine, en soutenant le développement des capacités (policières, judiciaires et sanitaires) de l’Etat afghan.

L’Afghanistan post-11 septembre 2001 est maintenant un chapitre des livres d’histoire. Mais si nous voulons aider les afghans à écrire un chapitre réellement différent à l’avenir, il nous faut agir dès maintenant.

Je vous remercie.

Pour en savoir plus sur l’Afghanistan.



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