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18 octobre 2010 - Conseil de sécurité - Débat ouvert sur la situation au Proche Orient : Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Je remercie le Sous-Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, M. Oscar Fernandez-Taranco, pour son exposé. Je remercie également le Représentant permanent d’Israël et l’Observateur permanent de Palestine pour leurs interventions. La France s’associe à l’intervention que prononcera le chef de la délégation de l’Union européenne.

Je voudrais évoquer quatre points :

1. Premier point : Il ne faut pas laisser se refermer l’opportunité ouverte le 2 septembre à Washington par la reprise des négociations directes en vue de la création d’un Etat palestinien viable et contigu vivant en paix aux côtés d’Israël dans des frontières sûres et reconnues. Reprendre ces négociations constituait une décision courageuse de la part des dirigeants palestinien et israélien, soutenus en cela par les efforts des Etats-Unis et du Quartet, sous le parrainage de l’Egypte et de la Jordanie. Le statu quo n’offre pour seule perspective qu’un surcroît d’instabilité et de violence au Proche Orient.

Les négociations directes buttent aujourd’hui sur la question de la colonisation. Nous n’avons eu de cesse de le répéter, la colonisation est illégale et un obstacle à la paix, elle compromet chaque jour un peu plus la solution des deux Etats que nous appelons de nos vœux. Elle va en ce sens à l’encontre de la sécurité d’Israël. La colonisation doit cesser, y compris à Jérusalem Est. A ce dernier égard, la colonisation conduite dans les quartiers palestiniens avec le soutien des autorités israéliennes justifie les préoccupations de ce Conseil. Non seulement elle est illégale mais cette entreprise ajoute des dangers spécifiques d’incidents violents dans la ville sainte avec tous les risques politiques que nous pouvons deviner. C’est pourquoi la France, l’Union européenne, le Quartet, les Etats-Unis, la communauté internationale dans son ensemble, continuent de plaider pour la prolongation du moratoire.

Il faut cependant dépasser ce blocage et ne pas perdre de vue l’objectif premier d’une discussion substantielle sur l’ensemble des questions du statut final. Nous nous réjouissons que le comité de suivi de l’initiative arabe de paix ait laissé la porte ouverte à la poursuite du processus, mais il y a urgence à avancer.

La communauté internationale doit s’engager à accompagner les négociations. La France salue les efforts américains qui ont permis de relancer ce processus ainsi que l’engagement personnel du Président Obama et de la secrétaire d’Etat (Mme Hillary Clinton). Mais pour s’attaquer à la tache de la paix, si souvent recommencée dans la région, et pour l’atteindre enfin, un accompagnement élargi de ce processus est indispensable, parce qu’il assiérait la confiance si nécessaire entre les parties, parce qu’il permettrait de mieux partager les risques politiques que requiert le choix de la paix.

Le Président Sarkozy a rappelé, en recevant le Président Abbas, que la France était prête à se mobiliser en ce sens, avec le Quartet, dont le rôle est essentiel, et l’Union européenne qui, de par ses liens et son implication dans la région, doit également être associée. Les Etats de la région ont un rôle décisif à jouer, en marquant leur disponibilité à traduire, le moment venu, l’Initiative arabe de paix dans des actes à l’égard d’Israël. Dans cette perspective, nous travaillons à créer les conditions d’une reprise des pourparlers syro-israéliens, en étroite concertation avec les Etats-Unis et la Turquie.

2. Deuxième point : des évolutions sur le terrain sont indispensables afin de créer des conditions favorables au succès des négociations :

Les populations palestiniennes et israéliennes doivent pouvoir percevoir que les améliorations sur le terrain accompagnent le processus de négociation, notamment en matière de liberté de mouvement et d’accès, et de sécurité.

- Toute provocation doit être évitée. Nous déplorons la décision du gouvernement israélien de lancer des appels d’offres pour la construction de 238 logements à Jérusalem-Est. Il ne pourra y avoir de paix excluant Jérusalem, qui a vocation, comme l’a dit le président de la République dans son discours à la Knesset le 23 juin 2008, à devenir la capitale de deux Etats.

- Parallèlement, l’Autorité palestinienne doit poursuivre ses efforts pour renforcer le secteur de la sécurité et mettre en place un Etat de droit. La poursuite de la lutte contre le terrorisme doit rester une priorité.

- S’agissant de Gaza, la France continue d’appeler à l’ouverture immédiate des points de passage pour permettre l’accès de la population civile à l’aide humanitaire et le développement de l’économie. La France a salué l’adoption par Israël de mesures destinées à faciliter l’entrée des biens. La reprise de l’activité économique requiert des mesures supplémentaires, telles que l’augmentation des capacités des points de passage, la reprise des exportations depuis la bande de Gaza et la libéralisation des conditions de circulation des personnes de et vers la bande de Gaza. Au-delà des questions humanitaires et de reconstruction, l’enfermement imposé à la population ne favorise pas une évolution favorable de la situation politique.

Parallèlement à ces efforts, nous continuons à appeler à la libération inconditionnelle et immédiate de Gilad Shalit ainsi qu’à la cessation de toutes les violences, en particulier les tirs de roquettes vers le Sud d’Israël.

3. Troisième point : le soutien de la communauté internationale à l’Autorité palestinienne et au PrésidentAbbas, afin de consolider les institutions du futur Etat palestinien doit se poursuivre. L’enjeu est aussi pour Israël d’accompagner de manière déterminée ce mouvement, notamment en Cisjordanie. Des gestes ont été consentis sur le terrain mais ils demeurent insuffisants, notamment en matière de liberté de mouvement et d’accès. .

Nous réitérons notre plein soutien aux réformes mises en œuvre par le Premier ministre palestinien, Salam Fayyad. Nous partageons l’évaluation de la Banque Mondiale selon laquelle " en maintenant ses performances actuelles, l’Autorité palestinienne est en bonne voie pour établir un Etat dans un futur proche ".

Au-delà des promesses de contribution qui ont été faites et qui doivent être tenues, nous avons marqué notre disponibilité à organiser à Paris, en fonction de la poursuite du processus politique, une seconde conférence des donateurs pour l’Etat palestinien qui permettrait d’apporter le soutien nécessaire au nouveau plan que doit présenter l’AP prochainement.

4. Quatrième point : Nous poursuivons également nos efforts au Liban. Nous appelons toutes les parties à mettre en œuvre la Résolution 1701 et à respecter la ligne bleue dans son intégralité. Nous continuons à accorder notre soutien au Gouvernement d’Union nationale dirigé par Saad Hariri mais nous sommes préoccupés par les tensions actuelles. A cet égard nous regrettons les déclarations du président de la République islamique d’Iran remettant en cause l’existence d’un membre des Nations unies. Nous condamnons également les efforts pour contester le travail du Tribunal Spécial pour le Liban.

Nous souhaitons rappeler que le Tribunal Spécial pour le Liban a été créé par la résolution 1757 du Conseil de sécurité à la demande expresse du Gouvernement libanais. Cette résolution s’impose à tous. La mise en place du TSL a constitué une avancée majeure dans la lutte contre l’impunité. Dans l’intérêt du Liban comme de l’ensemble de la région, le Tribunal doit pouvoir continuer à travailler en toute indépendance comme il le fait actuellement et dans la sérénité. Personne ne peut ni ne doit préjuger de l’issue de ses travaux ou essayer d’exercer une influence sur eux.

Je vous remercie./.



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