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19 décembre 2011 - Conseil de sécurité - Situation en Afghanistan
Intervention de Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Je remercie le Secrétaire général pour son rapport et salue la présence parmi nous de M. Ludin, vice-ministre afghan des Affaires étrangères.

Je voudrais également me féliciter de la nomination par le Secrétaire Général de M. Jan Kubis comme son Représentant Spécial pour l’Afghanistan. Nous lui souhaitons une prise de fonction rapide à la tête de la MANUA. Il peut compter sur le soutien de la France. Je veux naturellement remercier M. Staffan de Mistura pour son action et lui redire notre estime et toute notre amitié.

Je m’associe à la déclaration que fera le représentant de l’Union européenne et je limiterai mon intervention à trois points : la dégradation de l’environnement régional, nos objectifs communs et le rôle de l’ONU pour atteindre nos objectifs.

La dégradation de l’environnement régional : il est paradoxal de constater que le climat régional s’est détérioré de façon préoccupante alors que des progrès ont été réalisés en Afghanistan. Que ce soit la réunion du JCMB après un an d’interruption, la tenue d’une Jirga de Paix, organisée dans le calme, la reprise des travaux du parlement après plusieurs mois d’impasse, la poursuite de la transition, avec le choix de plusieurs municipalités et districts qui ont été retenus pour faire partie de la deuxième tranche de ce processus, et enfin autre progrès la recapitalisation de la Kabul Bank, qui a permis au Fond Monétaire International de reprendre son programme pays. Cela étant c’est un fait, le climat régional s’est détérioré.

Dès 2008, la France avait défendu le renforcement de la coopération régionale en organisant la conférence de La Celle-Saint-Cloud. L’Afghanistan doit redevenir le centre d’échanges économiques fructueux qu’il a été dans le passé. Les Etats d’Asie centrale l’ont compris, ainsi que les Etats qui se sont réunis en septembre à New York pour concrétiser la vision d’une nouvelle route de la soie. La région a également besoin d’un système régional de sécurité collective pour lutter contre le fléau du terrorisme et instaurer des mesures de confiance concrètes entre l’Afghanistan et ses voisins.

Lors de la conférence d’Istanbul sur la sécurité et la coopération régionale, l’Afghanistan et les États voisins ont annoncé leur volonté de travailler à des mesures de confiance pour assurer la paix et la sécurité de l’Afghanistan et de la région. Des engagements concrets et contraignants doivent être pris par les pays de la région, en vue de la réunion qui est prévue à Kaboul en juin 2012.

Deuxièmement, nos objectifs : l’objectif de la communauté internationale et de l’Afghanistan restera la stabilisation durable de ce pays et la maîtrise par les Afghans de leur destin national.

La Transition est déjà une réalité pour la moitié de la population du pays. La présence étrangère en Afghanistan va évoluer pour accompagner la montée en puissance des forces de sécurité afghanes. La France de son coté réduira et redéploiera son contingent, en concertation avec nos Alliés et les autorités afghanes. Un traité de coopération entre la France et l’Afghanistan en cours de finalisation encadrera la montée en puissance de la composante civile de notre action.

A Bonn le 5 décembre, nous avons pris des engagements mutuels pour la décennie de la Transformation de 2015 à 2024 qui prendra le relais du processus de Transition et qui restera fidèle aux engagements pris à Kaboul en 2010. Je voudrais féliciter l’Allemagne et l’Afghanistan pour la réussite de ce rendez-vous important. J’appuie la déclaration que fera, à cet égard, tout à l’heure le président de notre Conseil.

Nous restons déterminés à empêcher que l’Afghanistan redevienne un sanctuaire du terrorisme international. La présence, réelle mais résiduelle, d’éléments liés à Al-Qaïda en Afghanistan et dans les zones tribales pakistanaises rappelle que le danger, s’il n’a plus rien à voir avec celui d’il y a dix ans, existe encore. Les auteurs des attentats perpétrés, notamment ceux du jour de l’Ashura ainsi que les assassins du Pr. Rabbani, doivent être poursuivis et condamnés.

Une place existe pour ceux qui souhaitent déposer les armes et rejoindre le cadre constitutionnel afghan. Pour permettre une paix durable et équitable, la réconciliation inter-afghane doit être inclusive, faire une place équitable aux différentes composantes de la société afghane et respecter les droits de l’Homme.

Troisième point : le rôle des Nations unies. Nous sommes convaincus que les Nations Unies en général et la MANUA en particulier ont un rôle majeur à jouer en Afghanistan dans les années à venir. Le succès de la transformation dépend largement de la réussite de la MANUA. Nous attendons donc avec intérêt les résultats de la revue en cours.

Les Nations unies doivent continuer à appuyer la gouvernance démocratique, notamment en ce qui concerne le soutien au processus électoral, le renforcement de l’Etat de droit et le respect des droits de l’Homme. Elles doivent également appuyer le processus de paix dans ses dimensions nationale et régionale et coordonner le travail des Nations unies et l’aide de la communauté internationale. La lutte contre le trafic de drogue doit rester au cœur du travail des organisations spécialisées, notamment de l’ONUDC, avec l’appui politique de la MANUA.

Nous ne pouvons pas tout attendre des Nations unies après 2014. Mais étant donné les défis qui attendent l’Afghanistan, il est capital que nous réaffirmions notre soutien à une Mission forte afin de pérenniser la transformation vers un Afghanistan en paix, stable, prospère et intégré dans sa région.

Je vous remercie.



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