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19 janvier 2011 - Conseil de sécurité - Débat ouvert sur la situation au Moyen Orient - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Je remercie le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques de son exposé et l’Observateur permanent de Palestine de son intervention. La France s’associe à l’intervention que prononcera le chef de la délégation de l’Union européenne.

Monsieur le Président,

Le processus de paix au Proche-Orient reste dans l’impasse. Le 21 septembre, le Quartet avait fixé le délai d’une année pour obtenir un accord cadre sur l’ensemble des questions du statut final pour la création d’un Etat palestinien, souverain, indépendant, viable et démocratique, vivant en paix aux côtés d’Israël dans des frontières sûres et reconnues. Nous rappelons l’importance de la mise en œuvre de cet objectif car le temps joue aujourd’hui plus que jamais contre la paix.

Atteindre cet objectif en 2011 implique la reprise rapide des négociations sur le statut final, seule voie pour mettre un terme au conflit. Le délai fixé par le Quartet est ambitieux mais cette urgence est dictée par la situation sur le terrain où la viabilité de la solution des deux Etats apparaît chaque jour plus menacée. Dans l’immédiat, des gestes de nature à recréer les conditions de la confiance nécessaires aux négociations sur le plan politique comme sur le terrain, sont attendus.

Monsieur le Président,

Les paramètres d’une solution négociée sont connus nous n’avons pas à réinventer les fondements d’un processus qui est engagé maintenant depuis 20 ans. L’Union européenne les a d’ailleurs rappelés publiquement récemment. Sur cette base, la France juge nécessaire, à l’instar de ce qu’a indiqué Mme Clinton dans son discours au Forum Saban, d’appeler les parties à donner leurs positions sur les principales questions du statut final. Nous nous félicitons que les Etats-Unis envisagent d’apporter aux parties leurs propositions quand cela se révélera nécessaire mais nous rappelons qu’une association étroite des autres membres du Quartet et de certains pays arabes à ces efforts renforceraient leurs chances d’aboutir. La communauté internationale, y compris au sein de ce Conseil, doit en effet pouvoir apporter à ces efforts son soutien sous toute ses forme et leur conférer la légitimité nécessaire. Nous espérons ainsi que la prochaine réunion du Quartet le 5 février, contribuera à recréer les conditions de confiance nécessaires entre les parties.

La France, et l’Union européenne, ont réitéré leur disponibilité à apporter une contribution substantielle à un accord de paix et aux arrangements qu’ils comporteraient. C’est le message que le Ministre français des affaires étrangères, Mme Michèle Alliot-Marie, en tournée dans la région du 19 au 23 janvier, portera aux parties ainsi qu’à deux grands acteurs régionaux du processus de paix, l’Egypte et la Jordanie. Le soutien des Etats de la région au processus politique, fondé sur l’initiative arabe de paix, reste crucial.

Cet objectif implique de préserver la viabilité de la solution des deux Etats sur le terrain.

Face à l’accélération des constructions sur le terrain, la communauté internationale, et notamment ce Conseil, ne peut pas relâcher son attention sur la question de la colonisation. Comme l’ont rappelé les ministres européens le 13 décembre, la colonisation est illégale et constitue un obstacle à la paix, en minant la confiance entre les parties et la viabilité des perspectives de paix. La France souhaite que les initiatives à ce sujet puissent constituer un élément constructif de l’effort de relance des discussions entre les parties sur l’ensemble des questions du statut final. Il n’y aura pas de solution au conflit sans un arrêt de la colonisation, y compris en ce qui concerne la croissance naturelle des implantations déjà existantes.

Nous demandons tout particulièrement l’arrêt de toutes les mesures qui affectent les équilibres démographiques à Jérusalem dont la vocation est de devenir la capitale de deux Etats. A Jérusalem Est, la colonisation est non seulement illégale mais elle renforce les risques d’incidents violents dans la ville sainte avec les implications politiques que l’on peut craindre. La France est aujourd’hui préoccupée par la situation et condamne l’engagement récent de travaux de démolition de l’hôtel Shepherd, en vue de la construction d’une nouvelle colonie dans le quartier palestinien de Sheikh Jarrah. Nous appelons à éviter toute provocation dans un contexte de tensions croissantes.

Cette situation sur le terrain comme la fragilisation d’un horizon politique risquent de mettre à mal les réalisations du Plan Fayyad qui constitue le principal acquis tangible sur la voie d’un Etat palestinien depuis la Conférence d’Annapolis de 2007. Le soutien apporté par la communauté internationale à l’Autorité palestinienne et au Président Abbas, afin d’affermir les institutions du futur Etat palestinien, ne doit pas faiblir. Pour consolider cet appui international, le Président de la République avait annoncé la disposition de notre pays à organiser une seconde conférence des donateurs au printemps à Paris. Celle-ci doit être liée au processus politique : elle ne peut constituer un substitut économique au processus de paix.

L’enjeu est aussi pour Israël d’accompagner de manière plus déterminée ce mouvement, notamment en Cisjordanie. Des gestes ont été consentis sur le terrain mais ils demeurent insuffisants, notamment en matière de liberté de mouvement et d’accès.

A Gaza, la situation reste préoccupante. Un changement d’approche est nécessaire et possible, sans transiger sur les impératifs sécuritaires d’Israël. Le ministre d’Etat, qui se rend à Gaza, réaffirmera notre disponibilité à y contribuer.

La France s’est félicitée de la récente décision du gouvernement israélien d’autoriser l’exportation de plusieurs catégories de produits depuis ce territoire et de développer les infrastructures des points de passage. Cette annonce va dans le bon sens car elle est de nature à favoriser la croissance de l’économie de Gaza en soutenant le développement de son secteur privé. Nous devons veiller ensemble à sa mise en œuvre rapide et obtenir des mesures complémentaires en faveur d’une levée complète du blocus. A ce titre, la mise en œuvre accélérée des projets de construction des Nations unies et la libéralisation des conditions de circulation de et vers la bande de Gaza sont également attendues. L’UE a proposé son aide concrète en ce sens.

Nous n’oublions pas Gilad Shalit, retenu otage depuis plus de quatre ans dans la Bande de Gaza au mépris des principes du droit international humanitaire et de la plus élémentaire humanité. La France reste mobilisée pour obtenir sa libération inconditionnelle et immédiate. Nous continuons également d’appeler à la cessation de toutes les violences, en particulier les tirs de roquettes vers le Sud d’Israël.

En ce qui concerne le Liban, dans la situation de crise politique que traverse actuellement ce pays, la France soutient les autorités libanaises et demeure attachée au respect des institutions et du cadre défini par les accords de Taëf, au respect des principes démocratiques, de la stabilité, de l’indépendance et de la souveraineté du Liban. Nous encourageons les Libanais et les représentants des institutions libanaises à trouver par le dialogue une solution à la crise actuelle.

Au regard de ces récentes évolutions et après des contacts avec les principaux acteurs libanais et régionaux, le Président de la République française a proposé une concertation internationale pour aider le Liban à surmonter les difficultés auxquelles il est confronté. La France coordonne naturellement ses efforts avec le Secrétaire Général des Nations unies.

En ce qui concerne le Tribunal Spécial pour le Liban, le Procureur a déposé le 17 janvier un acte d’accusation auprès du juge de la mise en état lançant ainsi la phase judiciaire du travail du Tribunal.

La France apporte naturellement son plein soutien à l’action du Tribunal spécial pour le Liban qui a été créé par la résolution 1757 du Conseil de sécurité. Nous appelons toutes les parties, en particulier au Liban et dans la région, à respecter l’indépendance du Tribunal, à refuser toute instrumentalisation politique et s’abstenir de toute entrave à ses travaux.

Dans ce contexte instable, nous appelons enfin toutes les parties à respecter la Résolution 1701 et nous saluons le travail effectué par la FINUL au Sud Liban. La dimension régionale du processus de paix est essentielle et nous travaillons à créer les conditions d’une reprise des pourparlers syro-israéliens, en étroite concertation avec les Etats-Unis et la Turquie

Monsieur le Président,

Le Moyen-Orient est un espace de grande diversité humaine, culturelle et religieuse et la paix et la stabilité de la région ne sauraient se concevoir sans la préservation de la culture de tolérance et de respect qui fonde sa richesse. Les attentats qui ont récemment visé des communautés religieuses, montrent la volonté d’alimenter la haine. Nous devons joindre nos efforts aux pays qui ont été frappés afin de lutter avec eux contre le terrorisme et de faire mentir ceux qui veulent accréditer l’idée d’un conflit de civilisation. Les responsables de ces actes terroristes doivent être poursuivis. Les membres des minorités religieuses doivent pouvoir vivre en sécurité dans leurs pays. La France réaffirme l’importance d’une protection effective des minorités, du respect de leur liberté de religion et de conviction, et de la promotion de la tolérance. Elle encourage et soutient les efforts des gouvernements de la région en ce sens.

Je vous remercie./.



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