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19 juillet 2012 - Conseil de sécurité - Syrie - Explication de vote de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies


Monsieur le Président,

J’avais espéré ne pas avoir à énumérer cette litanie funèbre.

Le 4 octobre 2011, la répression en Syrie faisait déjà 3000 morts. La Russie et la Chine opposaient leur premier véto à l’action du Conseil.

Le 4 février 2012, 6000 Syriens étaient tombés sous les coups du régime. La Russie et la Chine opposaient leur deuxième véto à l’action du Conseil.

Aujourd’hui, 19 juillet, ce sont 17 000 morts, - hommes, femmes, enfants -, que nous pleurons avec le peuple syrien aujourd’hui, et la Russie et la Chine viennent d’opposer un troisième véto à l’action du Conseil.

Monsieur le Président,

Nous avons tout fait, depuis le double véto de février, pour qu’enfin émerge au sein de la communauté internationale une approche concertée susceptible de répondre aux aspirations légitimes du peuple syrien à la démocratie, à l’Etat de droit, et au respect de ses droits fondamentaux.

Nous avons tenté de réconcilier la communauté internationale autour de la mission de l’Envoyé spécial conjoint, M. Kofi Annan. Sur la base de ses propositions, les résolutions 2042 et 2043 ont été adoptées. Une mission d’observateurs a été déployée sur le terrain. Un plan de transition a été agréé à Genève le 30 juin, plan où reconnaissions, avec la Russie et la Chine, le droit du peuple syrien à disposer d’un avenir démocratique, avec à sa tête des dirigeants crédibles et légitimes qu’il aurait lui-même choisis.

Il est désormais clair que la Russie ne vise qu’à laisser plus de temps au régime syrien pour écraser l’opposition.

Depuis 17 mois et 17 000 morts, la Russie et la Chine prônent pressions douces et contacts diplomatiques, renvoient aux parties la seule responsabilité du processus à mettre en œuvre. Les contacts avec le Président Assad sont systématiquement jugés encourageants. La seule urgence reconnue est celle d’attendre, et l’on est semble-t-il toujours trop brutal avec les dictateurs sanguinaires.

Mais regardons les faits : les dispositions adoptées par ce Conseil ont été systématiquement violées par le régime syrien, qui n’a pas même commencé de mettre en œuvre le premier de ses engagements.

Depuis le 21 mars, le Conseil réclame que les autorités syriennes cessent l’usage des armes lourdes et retirent leurs troupes des villes. Et depuis lors, les populations civiles ont été écrasées sous les obus de l’artillerie lourde, sous les attaques des hélicoptères de combat. Le Secrétaire général n’a pu que constater, dans son rapport du 6 juin, l’intensification de ces assauts contre les populations civiles. Et entre deux bombardement, le régime envoie ses sinistres milices, égorger, enlever, violer, fomenter la peur communautaire parmi les civils.

En réaction, le Secrétaire général des Nations Unies et l’Envoyé spécial conjoint ont appelé le Conseil de sécurité à faire appliquer ses décisions. Ce message a été repris par le Secrétaire général de la Ligue arabe ici même il y a un mois, et par les 107 Etats qui se sont réunis à Paris dans le cadre du groupe des amis de la Syrie le 6 juillet.

Ce message simple vient de se heurter aux refus de la Chine et de la Russie.

Notre projet de texte établissait une menace de sanctions. Il laissait dix jours au régime syrien pour enfin respecter ses engagements. Dix jours, c’est long quand une seule décision suffit à faire cesser l’usage des armes lourdes dans les quartiers civils ; c’est trop long quand chaque jour cent nouvelles victimes y laissent la vie. Il revenait ensuite au Conseil de constater la mise en œuvre ou non de ses décisions. Il revenait ensuite au Conseil de choisir les sanctions qu’il jugeait nécessaire d’appliquer. Le Conseil restait donc maître des étapes suivantes.

Monsieur le Président,

On dira que ce véto est le résultat d’un désaccord sur les moyens de parvenir à un objectif commun ; c’est faux.

La Russie et la Chine opposent aujourd’hui un véto à l’ensemble du corpus que nous avons laborieusement constitué ces derniers mois pour définir une sortie de crise pacifique. On ne peut se contenter d’appeler sans fin à la transition politique ; encore faut-il créer une dynamique de transition qui soit crédible. Refuser à M. Kofi Annan les outils de pression qu’il demande pour la mise en œuvre de la feuille de route que nous lui avons confiée à New York comme à Genève, c’est mettre en péril sa mission-même. Qu’on ne se trompe pas sur les responsabilités.

Ce troisième véto sur la Syrie signifie que pour la Russie et la Chine, il n’y aura pas de conséquences au non-respect par le régime syrien de ses obligations. Que les crimes resteront impunis. Que leurs auteurs pourront continuer de vaquer à leurs desseins nauséabonds. Que les aspirations légitimes des peuples peuvent être méprisées. Que les victimes sont quantité négligeable.

L’histoire leur donnera tord ; l’histoire les jugera. Elle commence déjà à le faire à ce moment-même à Damas.

Monsieur le Président,

Nous sommes allés au véto en conscience et en pleine connaissance de cause. Nous ne pouvions nous rendre complices d’une stratégie qui mêle comédie de l’action diplomatique et paralysie de fait. Cela aurait été faire peu de cas de notre responsabilité de membre permanent de ce Conseil, peu de cas de la crédibilité de cette enceinte qui ne peut servir à couvrir l’impunité, peu de cas du peuple syrien.

Je me tourne maintenant vers ces femmes et ces hommes qui, en Syrie, continuent de porter, malgré les souffrances, leur idéal de liberté. La France leur rend hommage. Comme le 4 février dernier, je le redis : non, cette fois encore, le double véto ne nous arrêtera pas. Nous continuerons d’accompagner l’opposition syrienne sur la voie de la transition démocratique. Dans toutes les enceintes, la France est résolue à travailler sans relâche avec ceux qui partagent ses valeurs – et la réunion de Paris a montré qu’ils étaient nombreux - pour que les violences commises par le régime contre le peuple prennent fin, pour que ses aspirations légitimes du peuple syrien trouvent une traduction juste et rapide, et pour que les responsables des crimes, et leurs complices, soient traduits en justice.

Ce double véto laisse le Conseil de sécurité désarmé face à la violence du régime d’Assad, mais la France ne laissera pas le peuple syrien seul face aux crimes dont il est la victime.

Je vous remercie.

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