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19 mars 2014 - Conseil de sécurité - Ukraine - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Je remercie MM. Simonovic et Eliasson de leurs interventions ainsi que le Représentant permanent de l’Ukraine.

Madame la Présidente,

Samedi dernier, la communauté internationale a envoyé par la voix de ce Conseil un message unanime à la Russie : le référendum dont elle est l’instigatrice en Crimée est illégal et ne peut avoir de conséquence au regard du droit international.

Le veto de la Russie n’y a rien fait, bien au contraire. L’illégalité du détachement de la Crimée, préparée de longue date, n’en a été que plus patente.

Madame la Présidente,

Hier, la Crimée a été annexée par la Russie, quel qu’en soit l’habillage qui ne trompe personne ; annexée avec drapeaux, tambours et trompettes au milieu d’un déferlement de nationalisme agressif dont on ne sait pas jusqu’où il ira une fois qu’on l’a éveillé, dont il n’y a jamais rien de bon à attendre et qu’on utilise pour dissimuler ou justifier les atteintes aux libertés publiques. D’ailleurs, peu d’efforts ont été déployés pour maquiller le coup de force : un referendum organisé dans la précipitation, des soldats russes partout, des questions qui ne laissaient rien au hasard, un contrôle des moyens d’information à la limite de la caricature, des observateurs internationaux recrutés dans les partis d’extrême droite européens – s’il y a des fascistes dans cette histoire, ils ne sont pas où on le répète - et enfin, des chiffres si excessifs qu’ils en perdent toute signification. Comment voulez-vous qu’il y ait eu plus de 86% de votants alors que des communautés, notamment tatares et ukrainiennes, représentant près de 40% de la population avaient appelé au boycott.

Les Nations unies ont été créées pour qu’on n’assiste plus à ce genre de spectacle qui déshonore ceux qui l’organisent et qui salit l’ensemble de la communauté internationale. La règle de droit doit régir les relations entre les Etats. L’acquisition de territoires résultant de l’usage de la force, ou même de la simple menace, ne saurait être reconnue. Ce principe auquel la Russie a souscrit en son temps, c’est notre code, c’est l’ADN de notre organisation.

Comme je le disais samedi, en s’opposant au projet de résolution, c’est à la Charte des Nations unies que la Russie a opposé son véto.

Madame la Présidente,

Nous venons d’entendre de la part de M. Simonovic que rien en Ukraine ne justifiait que l’on parle « d’atteintes graves aux droits de l’Homme », ou « de minorités placées dans une situation critique ». S’il y avait des atteintes graves aux droits de l’Homme, c’était à l’époque de Ianoukovytch.

Au moins sommes-nous rassurés sur la situation dans l’ensemble du pays. Les autorités de Kiev s’appliquent à tendre la main à toutes les composantes de la société ukrainienne. Rien ne saurait justifier plus longtemps que l’on parle d’un gouvernement irresponsable, dont les agissements susciteraient l’inquiétude des populations.

La protection des populations russes ou russophones en Ukraine, argument invoqué par Moscou pour justifier son intervention en Ukraine, ne correspond donc ni à la réalité de la situation, ni à une justification légale pour l’occupation militaire d’une partie du territoire d’un Etat souverain, et encore moins pour tirer prétexte à l’extension de ses propres frontières.

Nous rappelons avec constance que les minorités en Ukraine, tant religieuses que linguistiques, doivent être protégées, ce qui échoit en premier lieu aux autorités du gouvernement de transition. C’est d’ailleurs ce qu’elles font.

La situation à Kiev, à Lvov, à Donetsk ou à Kharkiv n’est pas ce qui doit occuper le Conseil. C’est à Sébastopol et à Simferopol que le droit est bafoué, que des hommes de main terrorisent ceux qui ne veulent pas céder à la force et que des soldats ukrainiens se font tués, simplement parce qu’ils refusent de se rendre.

Madame la Présidente,

Face à une Russie qui n’entend pas l’inquiétude de l’ensemble de la communauté internationale, qui n’a même pas répondu aux propositions de bon sens que nous présentions pour régler pacifiquement la crise, nous sommes contraints de réagir, ne serait-ce que pour lui faire comprendre que jamais nous n’accepterons le fait accompli qu’elle vient d’imposer sur le terrain.

Mais nous devons aussi nous tourner vers l’avenir, avec un double appel à la Russie. L’un pour lui dire de s’arrêter là : les agents provocateurs sont déjà à l’œuvre dans l’Est de l’Ukraine. Qu’ils ne jouent pas le même jeu qu’en Crimée, que la Russie cesse ses manœuvres transparentes. Elle a déjà réussi à s’aliéner durablement l’Ukraine et les pays européens, aller plus loin serait grave. Le deuxième appel porte sur la nécessité pour Moscou d’ouvrir un canal de négociations directes avec Kiev. Que la Russie ne se trompe pas. Nul ne se substituera à l’Ukraine comme elle semble l’espérer. Nul ne décidera de l’avenir de l’Ukraine si ce n’est l’Ukraine elle-même.

Madame la Présidente,

Déjà nous comptons les premiers morts de cette sinistre aventure. Hier, le Premier ministre ukrainien a annoncé que le conflit avec la Russie passait désormais d’une phase politique à une phase militaire.

Nous continuons d’appeler la Russie à la raison. Qu’elle écoute la voix de la communauté internationale. Qu’elle ne l’entraîne pas dans une spirale qui échapperait tôt ou tard à tout contrôle. Qu’elle imite enfin la retenue des Ukrainiens.

Je vous remercie.

En savoir plus sur l’Ukraine.



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