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19 octobre 2011 - Conseil de sécurité
La piraterie dans le Golfe de Guinée - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Madame la Présidente,

Je vous félicite d’avoir pris l’initiative de ce débat sur un sujet qui a pris une ampleur inquiétante dans le Golfe de Guinée et le long de la côte ouest-africaine.

Je remercie les intervenants précédents de leur présentation et salue la présence parmi nous des représentants de la CEDEAO et de la Commission du Golf de Guinée.

Madame la Présidente,


Nous partageons le constat d’une montée de l’insécurité maritime dans les eaux du Golfe de Guinée.


Le phénomène dont nous parlons est la conjonction de plusieurs facteurs. L’insécurité du delta du Niger, en particulier les attaques contre les installations pétrolières, s’est étendue aux eaux territoriales voisines. A cette menace transnationale s’est ajouté le développement de trafics le long de la côte ouest-africaine, comme la drogue, les migrations clandestines ou les pêches illégales. Enfin, la multiplication des prises d’otage et le renchérissement des coûts pour le commerce maritime et les activités extractrices font peser une menace sur la croissance, le développement et donc la stabilité des Etats riverains du Golfe de Guinée.


Mais les attaques dans le Golfe de Guinée ont leurs spécificités et ne peuvent être comparées à la piraterie qui sévit au large des côtes somaliennes. En effet, cette insécurité affecte des Etats dont la souveraineté n’est pas en cause, dont la souveraineté doit être respectée et doit être la base de notre action. Il en résulte que le principe de notre politique doit être la responsabilité première des Etats du Golfe de Guinée pour assurer la sécurité dans les espaces maritimes qui sont sous leur juridiction.


Nous devons nous inscrire dans une logique de coopération entre les Etats et les organisations de la région et un renforcement des capacités des acteurs de la région.


Pour cette raison, nous soutenons pleinement la proposition du Président Boni Yayi du Bénin d’organiser une réunion régionale sur ce sujet. Elle favoriserait le dialogue entre les Etats concernés et contribuerait à une meilleure division du travail entre les bailleurs de fonds et d’aides. Nous saluons également les premières coopérations opérationnelles entre le Bénin, le Nigeria et le Cameroun, en particulier la conduite de patrouilles maritimes conjointes. Enfin, nous saluons les premiers efforts entrepris par les organisations régionales, notamment la CEEAC et son Centre de coordination régionale pour la sécurité maritime.


Pour les Etats du Golfe de Guinée, l’enjeu est aussi une meilleure coordination interministérielle et une adaptation des législations et des institutions chargées de la fonction de garde-côtes. C’est l’esprit de l’initiative West African Coast Initiative lancée en 2009 par les Nations unies pour renforcer les structures locales contre les trafics sur la côte ouest-africaine, en associant les différents pôles d’expertise, policière, douanière et judiciaire. A ce propos, nous pourrions réfléchir aussi à une extension de ce modèle depuis l’arc Atlantique vers l’Est du Golfe de Guinée.


Dans ce contexte, nous accueillons favorablement l’intention du Secrétariat d’envoyer dans le Golfe de Guinée une mission d’évaluation sur la piraterie. Nous souhaitons également que les deux bureaux des Nations unies à Dakar et à Libreville se coordonnent pour rendre compte régulièrement au Conseil de l’évolution du phénomène de piraterie et des efforts qui auront été entrepris.


Madame la Présidente,


La communauté internationale peut encore améliorer son soutien aux initiatives régionales. La France et l’Union européenne n’ont pas ménagé leurs efforts pour aider les Etats concernés à renforcer leurs capacités et leur coopération maritime.


Les bâtiments de la Marine nationale française mettent à profit leurs escales dans la région pour conduire des activités de formation et d’entraînement. Le 11 octobre dernier, les autorités de Guinée équatoriale ont inauguré à Bata la nouvelle Ecole navale nationale à vocation régionale soutenue par la coopération française. Enfin, depuis le mois de septembre, nous avons mis en place un projet de fonds de solidarité prioritaire pour la réforme des secteurs de sécurité dans le domaine maritime au profit d’Etats du Golfe de Guinée.


L’Union européenne est également active puisqu’elle finance un projet visant à mettre en place des structures régionales de formation et de partage d’information et à renforcer la fonction garde-côtes dans les Etats du Golfe de Guinée. Le projet SEACOP vise à renforcer la lutte contre les trafics maritimes et la sécurisation des activités portuaires et des marchandises.


Pour conclure, nous pensons que ces actions internationales en appui aux capacités locales et à la coordination régionale sont une approche cohérente pour lutter de manière efficace et préventive contre les actes de piraterie dans le Golfe de Guinée. Ces actions doivent être fondées sur la souveraineté des Etats de la région, une appropriation nationale des réponses et, enfin, un respect du droit de la mer et de la liberté de circulation maritime. Nous sommes naturellement prêts à considérer avec attention et de manière favorable un projet de résolution qui s’inscrirait dans cette logique.


Je vous remercie.



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