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20 juillet 2011 - Conseil de sécurité - Maintien de la paix et de la sécurité internationale : l’impact du changement climatique - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

La France souscrit à l’intervention qui sera prononcée au nom de l’Union européenne.

Alors que le dernier débat de notre Conseil sur le changement climatique date de 2007, la science progresse, les faits sont confirmés, les risques sont mieux analysés, comme l’a prouvé la déclaration de M. Steiner. Je rends donc hommage à la présidence allemande du Conseil de sécurité d’avoir pris l’initiative d’un débat sur l’impact du changement climatique sur la paix et la sécurité internationales.

La menace climatique nous concerne tous.

C’est en particulier une menace pour nos partenaires des petits Etats insulaires du Pacifique, dont sont en péril l’existence même, la survie de leurs territoires, leur culture et leur identité. Le Président de la République de Nauru, M. Marcus Stephen, dont je salue la présence au Conseil aujourd’hui, saura mieux que moi nous parler des défis immenses qui affectent les îles de sa région. Je regrette d’autant plus que nous ne puissions pas répondre à son appel.

C’est aussi une menace supplémentaire sur la productivité agricole. Mon pays a fait de la sécurité alimentaire une priorité de sa présidence du G20. Comment en effet maintenir la paix et la sécurité internationales si une pénurie alimentaire chronique s’installe ?

C’est encore une menace qui pèse sur les ressources en eau dans les régions où elles sont déjà rares et suscitent des tensions. Comment en assurer une gestion concertée si elles se raréfient ?

C’est enfin une menace pour la viabilité des régions côtières qui abritent plus du tiers de la population mondiale.

Les faits sont là : le changement climatique a un potentiel déstabilisateur immense et peut démultiplier les menaces à la paix et à la sécurité dans les régions et les Etats les plus fragiles.

La communauté internationale se mobilise pour faire face aux multiples défis du changement climatique. Il est encore temps d’en éviter les pires effets mais il faut agir vite. Il n’y a qu’une voie : la coopération internationale. Nous devons aborder une nouvelle étape dans la construction d’une réponse multilatérale ambitieuse lors de la conférence de Durban. Il faut donner un contenu opérationnel aux accords négociés à Cancún. Il faut aussi préserver le protocole de Kyoto et aller vers un instrument juridique plus large.

Nous devons aussi travailler à répondre aux menaces sectorielles et favoriser les partenariats. C’est l’objectif du Forum mondial de l’eau qui se tiendra à Marseille en mars 2012. L’accès à l’énergie propre pour tous est une autre priorité car le développement est aussi une réponse au changement climatique et peut contribuer à prévenir et réduire les conflits. C’est dans cet esprit que la France et le Kenya ont lancé ensemble l’initiative Paris-Nairobi en avril dernier.

Nous devons enfin revigorer le partenariat mondial pour le développement durable et adopter à Rio en juin 2012 une feuille de route ambitieuse pour une transition mondiale vers l’économie verte, appuyée sur des institutions solides, financièrement fortes et efficaces.

La communauté internationale a constaté la diversité des risques liés au changement climatique et se mobilise dans de multiples enceintes. Dans ce contexte, les implications du changement climatique sur le maintien de la paix et de la sécurité internationales doivent être prises en compte. Conformément à son mandat, le Conseil de sécurité doit donc prendre ses responsabilités.

Le Conseil de sécurité n’empiète pas sur les compétences des autres organes des Nations unies et ne veut pas se substituer à d’autres forums, en particulier la Convention Climat. Le Conseil de sécurité fait simplement aujourd’hui face à de nouvelles catégories de menaces qui sont à la fois complexes, diffuses et multiformes. C’est dans cet esprit qu’il en explore aujourd’hui les implications et s’efforce de les appréhender. Au mois de février dernier, sous présidence brésilienne, le Conseil a ainsi tenu un débat utile sur la paix, la sécurité et le développement. C’est dans le même esprit que le Conseil évoque aujourd’hui le changement climatique dans le strict respect de son mandat et de la Charte, en particulier dans le domaine de la prévention des conflits.

Ma délégation regrette donc que le Conseil aujourd’hui ne réagisse pas de la même manière qu’il l’a fait pour le débat sur la sécurité et le développement et qu’en dépit des efforts de la présidence, le Conseil ne soit pas aujourd’hui en mesure de se prononcer collectivement sur les implications du changement climatique sur le maintien de la paix et de la sécurité internationales. Opposer des considérations bureaucratiques aux appels angoissés de nos partenaires menacés par le changement climatique n’est pas à la hauteur de l’enjeu. Ce n’est pas digne.

Toutefois, la réalité des faits s’imposera à nous. Le besoin demeurera que le Conseil de sécurité s’attache à analyser les risques et à mieux connaître les vecteurs de conflit sur lesquels le changement climatique aura les effets les plus immédiats. Le Conseil devra aussi prendre en compte l’impact de ses propres décisions. Il doit par exemple dès aujourd’hui prendre des mesures pour que les opérations de maintien de la paix réduisent leurs émissions et leur empreinte sur l’environnement. Je me réjouis à ce sujet que le Secrétariat ait déjà pris des mesures en ce sens.

Le débat d’aujourd’hui n’est qu’une première étape. Il doit être pour nous tous aux Nations unies un appel à l’action. La menace climatique nous oblige à nous mobiliser, à court terme d’abord pour assurer le succès de la conférence de Durban et ensuite de Rio, à moyen terme pour prévenir les conflits qui peuvent en résulter et, à long terme, pour sauvegarder la planète. Ma délégation est convaincue que le Conseil de sécurité devra y revenir et saura à l’avenir s’exprimer d’une seule voix. Ce n’est pas l’expression d’une ambition démesurée, ce n’est que la prise en compte des tristes réalités qui nous attendent.

Je vous remercie.



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