Twitter Facebook Flickr Youtube RSS Share

20 juin 2012 - Conseil de sécurité - OMP - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies


Monsieur le Président,

Je vous remercie de l’initiative que vous avez prise d’organiser ce débat important sur l’un des piliers de l’action des Nations unies : le maintien de la paix. Je tiens aussi à remercier le Secrétaire général adjoint pour les opérations de maintien de la paix ainsi que les commandants des opérations de nous donner ainsi une vision directe de leur action sur le terrain.

Monsieur le Président,

Ces dernières années, les opérations de maintien de la paix ont évolué : leur niveau de déploiement est sans précédent, et les mandats sont très larges : 16 opérations sont actuellement en cours, dont certaines sont multidimensionnelles, à l’image de la force au Soudan du Sud, ou à l’image de la MINUSTAH.

Monsieur le Président,

Je voudrais d’abord rappeler l’engagement profond et ancien de la France au service du renforcement des capacités de maintien de la paix des Nations unies. La France participe à 9 des 16 opérations de maintien de la paix. Elle contribue également à des opérations de maintien de la paix sous mandat de l’ONU dans le cadre de l’UE, de l’OTAN ou à titre national. La France est présente sur de nombreux théâtres extérieurs, en Somalie, au Kosovo ou encore en Afghanistan et en Côte d’Ivoire. Elle est un soutien actif de la participation des Etats d’Afrique aux opérations de maintien de la paix : au travers du programme de renforcement des capacités africaines de maintien de la paix, elle a notamment créé des écoles nationales à vocation régionale afin de dispenser des savoir-faire techniques et opérationnels adaptés aux besoins des cadres des armées africaines.

Monsieur le Président,

Depuis l’initiative franco-britannique de 2009 sur le suivi des opérations, nous continuons de plaider pour le renforcement de l’expertise militaire, l’amélioration de la coopération du Conseil avec les pays contributeurs de troupes et de police ainsi que pour une meilleure maîtrise du coût des OMP. Alors que de nombreuses recommandations du rapport Brahimi, publié il y a plus de dix ans, restent valables, j’aimerais revenir sur trois éléments qui nous en semblent primordiaux. Il s’agit de la coopération entre les missions, de la protection des civils et de la mise en place de stratégies de transition entre le maintien et la consolidation de la paix.

Tout d’abord, la coopération entre les missions permet l’optimisation de l’emploi des moyens consacrés aux opérations de maintien de la paix, en facilitant le partage de moyens, équipements ou unités appartenant à des missions voisines. Lorsque des événements imprévus risquent de déstabiliser un pays, la coopération entre les missions est une réponse adaptée et performante afin de renforcer ponctuellement, en hommes et en matériels, les missions qui en ont besoin. Cette coopération a montré son utilité en Afrique de l’Ouest, où entre l’ONUCI et la MINUL elle s’est révélée précieuse pour la mutualisation de l’emploi d’hélicoptères dans le contexte de la crise en Côte d’Ivoire. Elle a également été utile en Afrique de l’Est, où des hélicoptères de la MONUSCO ont pu être temporairement déployés au Soudan du Sud. La coopération entre missions permet en outre de réaliser des économies d’échelles afin de répondre aux exigences de bonne gestion et aux contraintes budgétaires qui sont plus présentes que jamais. Elle doit être encouragée, voire rendue systématique, à la fois pour mutualiser des capacités, notamment des capacités aériennes rares comme des hélicoptères, des structures d’appui logistique, ce qui permet une rationalisation substantielle de l’appui aux missions, et enfin pour mutualiser l’analyse de la situation, notamment lorsque des missions se trouvent de part et d’autre d’une frontière. Dans ces trois domaines, de nombreux progrès peuvent encore être réalisés. La coopération doit être facilitée, tout en respectant les mandats assignés par le Conseil à chaque mission, et tout en veillant à assurer une bonne coordination avec les Etats contributeurs de troupes. Deuxièmement, la protection des civils doit rester l’un des objectifs principaux du mandat des OMP. Les soldats de la paix doivent être formés en conséquence et se montrer irréprochables sur le terrain. Il est par ailleurs essentiel que la chaîne de commandement des opérations soit respectée.

Les soldats de la paix doivent mettre en place un environnement sécurisé qui favorise la reprise des processus politiques. Cela nécessite la mise en œuvre de programmes de démobilisation, désarmement et réintégration y compris en faveur des enfants affectés par le conflit, de programmes de réforme des secteurs de la sécurité et de consolidation de l’Etat de droit. Les femmes sont l’un des principaux leviers de transformation d’une société. Il est primordial de renforcer leur participation aux prises de décisions. L’intégration de femmes dans la police et dans l’armée permet d’améliorer la lutte contre les violences sexuelles et sexistes et de promouvoir les droits de l’Homme au sein de ces institutions. Les Conseillers pour la protection de l’enfance et les Conseillers pour la protection des femmes doivent jouer un rôle de plus en plus grand dans les missions.

Troisièmement, il faut aussi élaborer des stratégies de sortie de crise qui garantissent un retour durable à la paix. Il faut tirer les conclusions opérationnelles de l’absence de cloisonnement entre maintien et consolidation de la paix, pour que chaque étape d’une mission des Nations unies prépare mieux l’étape suivante, pour mieux anticiper et prévoir des stratégies de sortie. Il est à cet égard indispensable que les opérations de maintien de la paix coopèrent étroitement avec les agences des équipes-pays des Nations unies, afin que les fonctions de maintien de la paix et de consolidation de la paix soient partagées et que les redondances soient évitées.

Nous comptons sur la Commission de Consolidation de la Paix pour apporter une meilleure cohérence de l’action de la communauté internationale dans les phases de sortie de conflit. Il convient également de prendre en compte, le plus tôt possible, les menaces transversales telles que les trafics de drogue et d’êtres humains, le crime organisé et la corruption, qui ont un fort potentiel de déstabilisation dans les pays fragiles.

Avant de conclure, Monsieur le Président, je souhaiterais faire une incidente sur la question du multilinguisme, soulevée par mon collègue marocain. Lorsque je me réfère au multilinguisme, je ne me réfère pas au statut des langues au sein des Nations unies mais à la simple nécessité que les missions des Nations unies aient les moyens de communiquer avec les populations des pays où ils sont situés. A cet égard, je considère que le travail du Secrétariat est très insuffisant. Dans beaucoup de missions qui se trouvent dans des pays francophones, la capacité francophone de ces missions est largement insuffisante. Cela est du en particulier aux modalités de recrutement. Depuis trois ans que je suis dans cette Organisation, j’essaie de rappeler qu’il est plus important pour un agent de parler français dans un pays francophone que d’être capable de rédiger un rapport en anglais pour l’envoyer à New York et trop souvent on recrute en réalité des agents sur leur capacité à rédiger un rapport pour envoyer à New York, tout en se désintéressant tout à fait du fait qu’il parle français ou pas dans des pays francophones. Je peux donner de multiples exemples à cet égard, y compris pour des agents qui sont d’un niveau relativement moyen. Je considère que c’est un facteur d’inefficacité. De nouveau, je ne parle pas ici du statut du français au sein de l’Organisation, je parle ici de l’efficacité de nos moyens. Chaque fois que je me suis rendu dans les missions dans des pays francophones, j’ai constaté à quel point les missions, les cadres des missions notamment, ne parlaient pas français. Je trouve que cela est tout à fait regrettable. Je voudrais insister de nouveau auprès du Secrétariat pour mettre un terme à cette pratique que les commissions du recrutement sur le terrain en réalité privilégient le français sur l’anglais même dans des zones francophones.

Je sais que ce que je viens de dire est totalement inutile et que le Secrétariat n’en fera rien mais de temps en temps cela fait du bien de dire ce que l’on pense.

Pour conclure, nous voudrions rappeler que le succès d’une mission de maintien de la paix est le résultat d’efforts partagés par les pays membres du Conseil, les pays contributeurs financiers, les pays contributeurs de troupes et de police et le Secrétariat des Nations unies. Mais ces efforts ne seront rien sans un engagement solide du pays hôte. Je voudrais insister sur la nécessité de cette coopération avec le pays hôte, coopération dans les deux sens, nous devons coopérer avec le pays hôte mais celui-ci doit aussi répondre à nos appels et fournir sa propre vision du problème.

Je terminerai en rendant un hommage fervent à l’engagement des casques bleus de toutes les nationalités qui payent parfois de leur vie, et nous avons rappelé récemment la mort de sept casques bleus du Niger, au service de la paix.

Je vous remercie.



Bookmark and Share
Bookmark and Share
Rss
Organisation des Nations Unies Présidence de la République France Diplomatie La France à l'Office des Nations Unies à Genève Union Européenne Première réunion de l'ONU