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20 novembre 2013 - Conseil de sécurité - Afrique centrale / LRA - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Je remercie M. Abou Moussa de sa présentation. Je remercie également le Secrétaire général pour son rapport.

Monsieur le Président,

Certes, les défis restent nombreux en Afrique centrale et ils ont été cités par M. Abou Moussa, notamment les actes de piraterie dans le Golfe de Guinée qui ne cessent d’augmenter, mais également la situation en République démocratique du Congo qui reste fragile malgré la victoire remportée sur le M23. Je centrerai mon intervention sur deux sujets. Tout d’abord, la RCA, et le second, comme mes collègues, la LRA.

En ce qui concerne la RCA, j’aimerais que mon intervention soit écoutée à la fois comme une alerte et un appel. Une alerte, étant donné la gravité exceptionnelle de la situation humanitaire en RCA. Je crois qu’aujourd’hui nul ne peut sous-estimer les risques que comporte la situation humanitaire en RCA. Risques qui pourraient nous conduire à des massacres, à des violences de masse si la communauté internationale n’intervient pas. Je ne peux que conseiller aux participants à cette réunion de rencontrer soit les agences et entités humanitaires de notre organisation, soit les organisations non gouvernementales qui sont courageusement actives en RCA. Si vous le faisiez, vous entendriez tous des rapports épouvantables sur la situation de la population. Une population qui est terrorisée, une population qui est menacée par des groupes de bandits, disons-le, et en même temps une population qui est menacée de s’enfoncer dans une violence de nature interconfessionnelle. Les Chrétiens ont peur des Musulmans, les Musulmans ont peur des Chrétiens. Les uns et les autres créent des milices qui évidemment se livrent à des violences aveugles dont les premières victimes sont les civils, les femmes et les enfants. Pour éviter le pire, et pour éviter un pire qui a déjà eu lieu, hélas, il y a vingt ans au centre de ce continent, nous devons agir et nous devons réagir très rapidement.

Je l’ai dit, une situation humanitaire extrêmement dangereuse, l’ensemble de la population centrafricaine, dont la moitié est composée d’enfants, est touchée. Plus d’un million de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire, 400 000 ont été déplacées. Les exactions, les violences, les assassinats sont quasiment quotidiens dans un pays où il n’y a absolument plus d’Etat. Il n’y a plus d’autorité de l’Etat, il n’y a plus que des milices qui se font une loi pour elles-mêmes. Nous devons donc réagir et ma déclaration est aussi un appel à la communauté internationale. Je sais bien que la RCA est un pays en grande partie ignoré, un pays auquel nous ne pensons pas souvent, qui n’est pas souvent à la première page des journaux. Néanmoins, aujourd’hui la RCA est le lieu d’une tragédie, et d’une tragédie d’une extrême gravité.

Ce n’est pas seulement une tragédie d’un point de vue moral, ce qui serait déjà suffisant pour nous mobiliser, c’est aussi une tragédie qui peut avoir des conséquences sur l’équilibre de l’ensemble de la région. Nous voyons déjà des incidents qui ont été observés à la frontière entre la République centrafricaine et le Cameroun. Le risque est donc que la RCA se transforme en un Etat failli au centre de l’Afrique, c’est-à-dire un foyer d’instabilité pour l’ensemble des Etats de la région.

Les Etats de la région ont réagi et nous devons naturellement saluer les efforts mis en place par la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale et par l’Union africaine. Ces Etats ont décidé de déployer une force africaine, la MISCA, en RCA. Ils méritent donc naturellement le soutien des Nations unies et le soutien bilatéral naturellement de tous les Etats concernés. A l’initiative de la France ce Conseil aura l’occasion d’examiner dans les détails les moyens qui pourraient être mis en œuvre pour soutenir cette force et pour essayer de trouver une solution durable à la crise en RCA.

Et tous ces défis, politiques, sécuritaires, humanitaires, demandent une coordination de l’ensemble des acteurs. De ce point de vue là, très naturellement, le Bureau des Nations unies pour l’Afrique centrale doit jouer un rôle avec les organisations régionales et sous-régionales.

Après avoir traité de la RCA, après avoir essayé de convaincre les auditeurs et mes collègues de la gravité de la situation, je me tournerai naturellement vers l’autre sujet, le sujet central des interventions de mes collègues, c’est-à-dire l’Armée de résistance du Seigneur , la LRA, et de ce point de vue là je ne peux que répéter ce qui a été dit avant moi, c’est-à-dire me réjouir des progrès qui ont été récemment accomplis dans la lutte contre ce mouvement armé dont nous connaissons la violence, la cruauté dirais-je, exceptionnelle et donc nous encourageons les Etats concernés et les partenaires à poursuivre dans ce sens pour mettre un terme à cette menace.

Les actions coercitives de lutte contre la LRA de l’Union africaine sont une réalité. Nous l’avons dit, la « Force opérationnelle régionale de lutte contre la LRA de l’UA » a fait la preuve de son efficacité et évidemment nous devons à la fois saluer l’engagement de l’Ouganda et des pays de la région qui y contribuent et nous devons maintenant veiller à ce que la LRA ne bénéficie pas du vide sécuritaire en République centrafricaine pour prospérer. C’est un autre problème qui est lié à la situation en RCA : la partie orientale de ce pays risque d’offrir un abri, un sanctuaire aux terroristes de la LRA.

Dans le même temps, nous ne devons pas oublier la nécessité de justice, et nous devrons traduire en justice les principaux dirigeants de l’Armée de Résistance du Seigneur, dont notamment Joseph Kony, et nous encourageons les Etats concernés à renforcer leur coopération et leur collaboration avec la Cour pénale internationale à cet égard.

Les mesures de protection des civils doivent naturellement être renforcées, ce qui passe par un partage d’informations et de renseignement entre les opérations et les bureaux des Nations unies dans la région, mais aussi entre l’ONU et la « Force opérationnelle régionale de l’UA ». L’accès et l’assistance humanitaires aux zones touchées par la LRA, souvent par définition très isolées et difficilement accessibles, doivent être également facilités dans la mesure du possible.

La France soutient l’ensemble de ces efforts au travers de sa contribution à la Facilité africaine de paix de l’Union européenne. En ce qui concerne la RCA, vous savez que la France est présente à Bangui et renforcera sa présence pour apporter un soutien efficace à la force africaine. Elle soutient par ailleurs à titre bilatéral les Etats affectés par la LRA.

Monsieur le Président,

Les Etats affectés par la LRA ont un rôle de premier plan à jouer avec l’UA pour lutter contre cette organisation. Tenons-nous à leurs côtés.

Je vous remercie.

En savoir plus sur la République centrafricaine.



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