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22 décembre 2010 - Conseil de sécurité - Afghanistan - Intervention de M. Martin Briens, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies

Je remercie M. de Mistura pour l’exposé qu’il vient de faire sur la situation en Afghanistan, et je m’associe à la déclaration que fera un peu plus tard le représentant de l’Union européenne.

Je voudrais aussi me joindre à tous ceux qui dans leur intervention ont rendu hommage à l’Ambassadeur Richard Holbrooke et à son action en faveur de la paix et de la sécurité en Afghanistan.

Madame la Présidente,

Les élections législatives du 18 septembre ont été loin d’être parfaites. Elles ont néanmoins permis au peuple afghan de s’exprimer et à leurs institutions de démontrer qu’elles étaient capables de préparer, mener et assurer par elles-mêmes le suivi de ces élections qui, rappelons le, se sont tenues dans des conditions très difficiles. Les résultats proclamés le 24 novembre et 1er décembre par les instances électorales indépendantes doivent être respectés et le nouveau parlement convoqué le plus rapidement possible. Je rejoins le Secrétaire général lorsqu’il met en garde contre une remise en question de l’ensemble du processus électoral sous couvert d’enquêtes judiciaires.

Je tiens à renouveler le soutien de mon pays aux instances électorales indépendantes, dont la place doit être au centre du nouveau chantier qui nous attend tous, celui de la réforme du cadre électoral afghan, réforme nécessaire et trop longtemps reportée, ainsi que le souligne la résolution 1917 du Conseil de sécurité.

En allant voter pour élire leurs représentants, les Afghans, toutes ethnies, religions et convictions politiques confondues, ont exprimé le souhait que leur avenir collectif se décide par le débat au sein d’institutions et non par les armes. C’est un message puissant adressé en faveur d’une réconciliation inter-afghane. Il n’y aura pas de victoire militaire sans solution politique, comme n’y aura pas de réintégration réussie sans réconciliation véritable. Nous continuons d’appuyer les efforts du Président Karzaï en ce sens et nous saluons la création du Haut Conseil pour la Paix. Les déclarations hostiles de certains dirigeants Taliban ne doivent en aucun cas faire dévier de cet objectif de paix les Afghans de bonne volonté.

Ce processus doit naturellement être conduit par les Afghans eux-mêmes, mais nous devons continuer à souligner qu’il doit respecter les conditions clairement rappelées lors de la conférence de Kaboul : la renonciation à la violence, l’absence de liens avec le terrorisme international, le respect de la Constitution, la protection des droits de l’Homme et des droits des femmes. Nous faisons confiance au Représentant Spécial pour relayer ce message, et saluons son engagement accru dans ce processus. Le régime de sanctions créé par la résolution 1267 pourra le moment venu être un levier utile, combinant incitation et pression vis-à-vis des opposants armés qui souhaitent rejoindre le jeu démocratique. Enfin, la sortie de crise et la stabilité de l’Afghanistan dépendront enfin d’un renforcement du dialogue régional, que les Nations unies sont le plus à même de soutenir.

Madame la Présidente,

Depuis notre dernière réunion en septembre, l’effort conjoint de la FIAS et des forces de sécurité afghanes nous a permis de reprendre l’initiative vis-à-vis des Taliban et de consolider la présence de l’Etat afghan dans certaines zones du pays. Peu à peu, l’armée et la police afghanes montent en puissance. Nos efforts tant militaires que de formation commencent donc à porter leurs fruits, y compris dans le district de Surobi et la province de Kapisa où sont engagées les forces françaises. C’est une nouvelle encourageante pour l’avenir de l’Afghanistan.

Notre effort s’inscrit désormais dans une stratégie de transfert de l’ensemble des responsabilités en matière de sécurité aux Afghans d’ici 2014. C’est un des principaux résultats du Sommet de l’OTAN qui s’est tenu à Lisbonne les 19 et 20 novembre, en présence du Secrétaire Général et du Président Karzaï. Ce processus de transition va dans le sens que nous prônons depuis le Sommet de Bucarest en 2008, celui de l’afghanisation. Il doit être mené sur la base de critères sécuritaires et de gouvernance, afin que le transfert soit durable et irréversible, et tenir compte des conditions sur le terrain. Ce processus va redéfinir graduellement les contours de notre engagement civil et militaire en Afghanistan et il est important que la MANUA s’y prépare.

Malgré ces développements encourageants, nous ne sous-estimons pas la difficulté des défis qui nous attendent. La situation sécuritaire reste préoccupante. Il est inquiétant à cet égard de constater que les civils payent un tribut de plus en plus lourd. Le rapport du Secrétaire général nous confirme malheureusement que la baisse du nombre de victimes liées aux opérations menées par les forces pro-gouvernementales, acquise au prix d’efforts et d’une prise de risque accrue par nos propres soldats, est surcompensée par l’augmentation des victimes causées par les Taliban, dont les attaques visent de façon indiscriminée civils et militaires.

Madame la Présidente,

Je voudrais pour finir réaffirmer ma gratitude envers les agents de la MANUA et le plein soutien de la France à l’action du Représentant Spécial. Le personnel des Nations unies accomplit un travail remarquable, dans des conditions difficiles comme l’a rappelé l’attaque menée à Hérat le 23 octobre.

Il est essentiel que, dans la période qui s’ouvre devant nous, les Nations unies restent activement engagées en Afghanistan, avec des moyens financiers et un mandat qui soient adaptés aux défis auxquels elle devra faire face.

Je vous remercie.



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