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22 février 2014 - Conseil de sécurité - Résolution sur l’accès humanitaire en Syrie - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Madame la Présidente,

Ce Conseil vient d’adopter, à l’unanimité, une résolution sur l’accès humanitaire en Syrie. Face à la tragédie qui se poursuit depuis près de trois ans maintenant, l’inverse aurait été incompréhensible. Comment ce Conseil aurait-il pu être silencieux face aux 140 000 personnes qui ont perdu la vie ; aux 3 millions de Syriens en détresse humanitaire et la fuite désespérée de près de la moitié de la population désormais réfugiée ou déplacée.

Madame la Présidente,

Cette résolution était urgente et indispensable. C’est pourquoi la France a soutenu dès l’origine ce projet initié par l’Australie, la Jordanie et le Luxembourg auxquels nous manifestons notre reconnaissance.

Urgente, cette résolution exige du gouvernement syrien, ivre de sa propre violence, qu’il respecte le droit international humanitaire, qu’il cesse de bombarder les civils, d’affamer son peuple et de torturer les prisonniers. Elle demande la levée immédiate des sièges. Elle exige du gouvernement qu’il autorise les organisations humanitaires à aider toutes les populations dans le besoin à travers les lignes de front et les frontières. Elle demande l’arrêt des attaques contre le personnel des Nations unies, les acteurs humanitaires et les journalistes.

Indispensable, cette résolution doit mettre fin à la surdité du gouvernement syrien à l’appel des acteurs humanitaires et de ce Conseil qui, le 2 octobre dernier, formulait des demandes précises pour ouvrir l’accès humanitaire.

Nous devons tous l’admettre, et c’est la raison de cette résolution, notre déclaration présidentielle n’a pas eu de résultat tangible. Loin d’atteindre toutes les populations dans le besoin, sur l’ensemble du territoire syrien, l’aide humanitaire reste inaccessible dans les zones assiégées et sporadique dans les zones difficiles d’accès.

Le régime syrien tente de nous faire croire qu’il est un partenaire fiable et responsable dans le domaine humanitaire. Les exemples des évacuations de Moadamiyeh et de Homs, il y a quelques semaines, nous prouvent le contraire. Loin de constituer un modèle, elles ont été tardives dans leur mise en œuvre, limitées dans leurs effets et tragiques dans leur suivi. De nombreuses personnes évacuées ont été arrêtées, et restent disparues.

Depuis quelques jours, le gouvernement multiplie les actions de communication sur des trêves localisées. Ne soyons pas dupes. Ces trêves sont imposées aux populations effrayées, épuisées et affamées dans le cadre de la politique délibérée suivie par le gouvernement de « mourir de faim ou se rendre ».

Parallèlement, le gouvernement syrien utilise des bombes, de plus en plus sauvages et meurtrières, aux dépens des populations civiles. Après les bombes à sous-munition, après les missiles balistiques, après les armes chimiques, les autorités lancent sur les civils des barils d’explosifs, armes de terreur par excellence. Non, l’emploi de ces armes n’est pas un détail, comme l’ont exprimé certains. Non, elles n’ont aucune justification militaire. Oui, elles ne visent qu’à tuer, de manière indiscriminée, civils et combattants. Pour les milliers de civils qui meurent sous ces bombes, pour les centaines de milliers de civils qui fuient terrorisés, ce n’est pas un détail.

La France loue le courage et la détermination du peuple syrien. Nous ne pouvions l’abandonner dans les mains de ses tortionnaires.

Madame la Présidente,

Avec l’adoption de cette résolution, le Conseil évite le déshonneur du silence. Il nous appartient collectivement, maintenant, de veiller à ce que les parties au conflit, et en particulier le régime, entendent le message de fermeté et d’urgence qui leur était adressé et traduisent en action concrète les demandes de ce Conseil.

Je soulignerai l’intention exprimée par ce Conseil d’adopter des mesures additionnelles en cas de non mise en œuvre de la résolution. Nous reviendrons donc dans trente jours dans cette enceinte pour entendre le rapport du Secrétaire général. Dans le cas où le gouvernement syrien resterait sourd à nos demandes, nous devrons prendre les mesures qui s’imposent. La France n’oubliera pas ce rendez-vous.

La détresse humanitaire ne saurait trouver de solution que dans la transition politique. Nous ne pouvons accepter à cet égard un arrêt sans suite des discussions à Genève où, là encore, c’est le régime syrien qui porte la responsabilité de l’échec en refusant l’ordre du jour des négociations proposées par M. Brahimi et accepté par l’opposition. Il nous appartient de manifester collectivement la même urgence et la même fermeté. La France continuera de se placer aux côtés du peuple syrien. Les criminels devront payer pour leurs crimes.

Je vous remercie.

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