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22 septembre 2011 - Conseil de sécurité
Diplomatie préventive - Intervention de M. Alain Juppé, ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères et européennes

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M. Alain Juppé au Conseil de sécurité - New York - 22 septembre 2011 - UN Photo/Susan Markisz


Monsieur le Vice Secrétaire général,

Monsieur le Président,

Mesdames, Messieurs les chefs d’Etat,

Mesdames, Messieurs les Ministres,

Mesdames, Messieurs les ambassadeurs,


Simple concept il y a encore un demi-siècle, formalisé par l’ancien Secrétaire général Boutros-Ghali dans son " agenda pour la paix " en 1992, la diplomatie préventive est devenue un mode essentiel d’action des Nations unies. L’enjeu est clairement identifié au cœur même de notre Charte : prévenir l’apparition ou l’aggravation des conflits. La méthode est aussi bien identifiée : alerte et action rapide, exigence de dialogue, de médiation et de partenariats, et vision de long terme, puisque la diplomatie préventive vise aussi à stabiliser les rapports sociaux pour que la paix soit consolidée. Il s’agit ainsi, comme le rappelle la résolution du 17 juin 1992, d’" apaiser les tensions avant qu’elles ne provoquent un conflit, ou, si un conflit a déjà éclaté, d’agir rapidement afin de le circonscrire et d’en éliminer les causes sous-jacentes ".

Alors que notre Conseil est confronté à des crises de plus en plus complexes, je crois utile de nous interroger sur ce que la diplomatie préventive peut aujourd’hui apporter à notre action - et je remercie la présidence libanaise de nous fournir avec cette réunion l’occasion de partager nos réflexions ainsi que le secrétaire général pour son excellent rapport.

Notre Conseil, dont la responsabilité première est d’assurer le maintien de la paix et de la sécurité internationales, doit être le premier acteur de la diplomatie préventive.

Ce rôle se traduit d’abord par le déploiement d’opérations de maintien de la paix, qui contribuent à prévenir l’aggravation des conflits.

Il doit se traduire aussi par des prises de position aussi précoces que possible pour essayer d’enrayer les crises qui se développent et, de ce point de vue je m’associe à M. Hague, à savoir que notre Conseil puisse adopter le plus rapidement possible une résolution condamnant la répression en Syrie, répression qui prend des aspects de plus en plus intolérables puisque le régime s’attaque même maintenant aux enfants dans les écoles, à en croire les rapports tout à fait fiables que nous font sont nos ambassadeurs.

Mais le concept, les modes d’action et les attentes à l’égard de la diplomatie préventive se sont élargis. Notre Conseil utilise désormais de nouveaux outils. Il ne s’agit plus simplement de maintenir la paix dans des zones de conflit. Il s’agit d’intervenir avant même le déclenchement d’une crise. C’est tout le sens des procédures informelles de suivi des zones à haut risque – nos dialogues dits " interactifs informels " - qui visent à anticiper et surtout à essayer d’agir aussi rapidement que possible. Par ailleurs, les évaluations du Département des affaires politiques du Secrétariat ainsi que les informations fournies par les médiateurs et les représentants spéciaux du Secrétaire général sont précieux, car ils nous éclairent sur les situations locales, toujours complexes.

Notre Conseil n’est heureusement pas le seul à s’impliquer.

Au sein même des Nations unies, plusieurs institutions développent activement des outils de diplomatie préventive. Je citerai deux exemples :

— L’organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) qui, avec son programme " Education pour le développement durable ", met l’éducation au service de la lutte contre l’insécurité et de la prévention des conflits.

— Le programme des Nations unies pour le développement (PNUD), qui s’investit également dans ce domaine, par exemple grâce aux programmes Désarmement, Démobilisation et Réintégration (DDR) mis en œuvre dans plusieurs pays africains, qui visent à la réinsertion des anciens combattants dans l’économie locale et apportent un soutien concret dans la reconstruction des pays après les conflits.

Au-delà des Nations unies, les principales organisations régionales ont recours à cet instrument, qu’il s’agisse de l’Union européenne, de l’Association des nations de l’Asie du sud-est, ou encore de l’Union africaine. Je pense à l’action de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest en Afrique de l’Ouest et de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) à Madagascar. Il faut également relever le rôle joué par les Organisations non gouvernementales. Les exemples sont trop nombreux pour être cités ici, mais chacune d’entre elle, en travaillant à créer des sociétés plus harmonieuses et pacifiées, contribue à la prévention des conflits.

La diplomatie préventive doit se préparer aux défis de demain.

Nous devons en effet nous attaquer aux racines profondes des crises. Il ne s’agit plus d’éviter le conflit, mais de maintenir ou parfois de recréer les conditions de la paix. C’est la stratégie de prévention que le Secrétaire général des Nations unies qualifie de structurelle, et qui consiste à prendre un ensemble de mesures, non seulement politiques, mais aussi sociales, culturelles, économiques voire environnementales, qui réduisent les facteurs de conflit.

C’est ainsi qu’en Guinée et au Niger, des processus électoraux post-transition qui étaient susceptibles de se transformer en affrontements ont été menés à terme grâce à l’implication conjointe des différents représentants spéciaux des Nations unies, de l’Union africaine et de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest. Dans la crise malgache, la France soutient les efforts du médiateur de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC).

Je voudrais insister tout particulièrement sur la dimension environnementale des crises. Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), 40% des conflits des soixante dernières années trouvent leur origine dans des questions de ressources naturelles (bois, pétrole, terres fertiles, eau). Qu’en sera-t-il demain, quand notre planète comptera 10 milliards d’individus ? Disons le clairement, les Nations unies ne disposent pas encore des outils susceptibles de prévenir les catastrophes qui s’annoncent. En l’absence d’une instance multilatérale forte, les futures tensions sur les ressources ou les matières premières risquent de se résoudre bilatéralement, au détriment des plus faibles, selon une logique de rapports de forces. Nous devons y remédier en réformant la gouvernance internationale de l’environnement. La prochaine conférence de " Rio+20 " est une occasion unique pour avancer, et notamment pour jeter les bases d’une Organisation mondiale de l’environnement. Nous devons saisir cette occasion.

Mesdames, Messieurs,

Résoudre les crises est le devoir de notre Conseil. Prévenir les crises l’est tout autant. La diplomatie préventive, dans tous ses aspects, est pour la France un élément majeur de la gouvernance juste et efficace que notre pays appelle de ses vœux.

Je vous remercie./.



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