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23 avril 2012 - Conseil de sécurité - Moyen-Orient
Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations Unies

Madame la Présidente,

Je remercie M. Lynn Pascoe pour sa présentation de la situation au Moyen-Orient, le Représentant permanent de l’Etat d’Israël et l’Observateur permanent de Palestine pour leurs interventions. La France s’associe à l’intervention que prononcera le chef de la délégation de l’Union européenne.

S’agissant du processus de paix, le constat est amer : l’impasse dans laquelle se trouve le processus s’accompagne chaque jour de la mise en danger de la solution à deux États, pourtant endossée par la communauté internationale du fait de l’accélération de la colonisation israélienne qui menace la viabilité d’un État palestinien. Moralement et politiquement inacceptable, fondée sur la spoliation et la violence, la colonisation est une violation grossière du droit international. Dans ce contexte, nous avons condamné les provocations que constituent la publication par les autorités israéliennes de nouveaux appels d’offres pour la construction de plus de 1 100 logements. Par ailleurs, les colons auteurs de violences inacceptables contre les populations palestiniennes doivent être comptables de leurs actes devant la justice, ce qu’ils ne sont que trop rarement. Il est donc déplorable que ce Conseil ne soit pas en mesure de condamner ces agissements, de dire simplement le droit et de rappeler les principes qui fondent la solution de deux Etats, quand celle-ci se trouve menacée, ce qui est le cas aujourd’hui comme s’en inquiète un nombre croissant de Palestiniens et d’Israéliens.

Ne rien faire, c’est également prendre le risque d’une explosion de violence, dans un contexte régional qui attise encore les tensions. Israël, ces trois derniers mois, a été la cible d’un grand nombre de tirs de roquettes. Nous les condamnons sans réserve. A Gaza un changement politique radical de la part d’Israël s’impose pour lever le blocus, en conformité avec la résolution 1860 et sans transiger sur les intérêts sécuritaires d’Israël, et mettre ainsi un terme à la mainmise du Hamas sur le destin de la population de Gaza.

La France considère certes que la rencontre d’une délégation palestinienne avec le Premier ministre israélien est un pas dans la bonne direction. Nous espérons que cet échange permettra une reprise du dialogue entre Israéliens et Palestiniens. L’objectif reste la relance de négociations effectives, fondées sur des paramètres clairs et équilibrés.

Nous ne pouvons pour autant faire l’économie d’une réflexion en profondeur sur la méthode d’accompagnement international du processus de paix qui n’est pas satisfaisant aujourd’hui. Seul un mécanisme de suivi élargi à tous les acteurs impliqués, et notamment régionaux, assis sur des paramètres agréés et un calendrier réaliste, et devant lequel les parties seraient comptables de leurs actes, permettra aux parties de reprendre le chemin de négociations crédibles. Faire ce constat, ce n’est pas dégager les parties de leur responsabilité ; c’est tirer les leçons de leur incapacité à s’engager d’elles-mêmes sur la voie de compromis douloureux et qui seront douloureux pour les deux parties ; c’est promouvoir la seule voie réaliste vers une solution en voie de disparaître.

Des mesures de confiance substantielles doivent être présentées afin de contribuer à recréer la confiance nécessaire entre les parties. Les acteurs indispensables à la paix que constituent l’Autorité palestinienne, et son président, Mahmoud Abbas, doivent être soutenus.

La dernière réunion du Comité de liaison ad hoc a confirmé que les Palestiniens sont prêts à établir leur Etat et à le gérer de manière crédible, mais a souligné également la situation financière insoutenable de l’Autorité palestinienne, qui pourrait être en situation de ne plus pouvoir payer les salaires de ses fonctionnaires si les donateurs ne se remobilisent pas. Israël doit en outre appliquer l’accord technique de l’été 2011 afin d’améliorer la collecte des droits et taxes perçus pour le compte de l’Autorité palestinienne et qui constitue la meilleure façon d’augmenter les recettes palestiniennes. Israël doit lever les contraintes imposées au développement économique palestinien, notamment en zone C et à Gaza, qui contribuent à maintenir l’économie palestinienne en situation de dépendance.

Soutenir le Président Abbas dans son entreprise de réconciliation palestinienne est également crucial car il ne peut y avoir de solution durable tant que les Territoires palestiniens demeurent divisés. Nous sommes prêts à travailler avec tout gouvernement palestinien qui s’engagerait en faveur de la non-violence et d’une solution à deux Etats et qui accepterait les accords et obligations passés de l’OLP, y compris le droit d’Israël à exister.

Madame la Présidente, permettez moi maintenant d’aborder la situation en Syrie.

La situation sur le terrain continue de susciter la plus vive inquiétude. Comme le précise la lettre du Secrétaire général remise au Conseil jeudi dernier, Damas a une fois de plus failli au respect de ses engagements. Les régions de Homs et Idlib encore sous le feu de bombardements et d’assauts depuis la semaine dernière, continuent à payer un lourd tribut de la poursuite de la répression. Les autorités syriennes n’ont pas mis en œuvre les mesures d’application immédiate auxquelles elles s’étaient engagées auprès de l’Envoyé spécial conjoint : l’armée syrienne n’a effectué que des retraits en trompe-l’œil, les tirs à l’arme lourde et les bombardements se poursuivent.

En adoptant les résolutions 2042 et 2043, ce Conseil a exigé de Damas l’application immédiate et vérifiable de ces mesures de cessation de la violence. Damas ne peut défier plus longtemps une décision de la communauté internationale.

Ce Conseil a pris ses responsabilités en accédant à la demande du Secrétaire général de déployer une mission d’observation de 300 hommes pour surveiller la cessation de la violence sous toutes ses formes et par toutes les parties et la pleine mise en œuvre des six points du plan de l’Envoyé Spécial Conjoint. Ce déploiement n’est pas sans risque. Aucune entrave à leur action des observateurs, aucune menace à leur sécurité, ne sera tolérée par le Conseil qui devra examiner le cas échéant des mesures coercitives si elles s’imposent.

Madame la Présidente,

La capacité du Conseil à contribuer à la résolution des crises est aussi la condition de la crédibilité de son action en faveur du maintien de la stabilité au plan régional. Ce Conseil ne saurait donc accepter les violations de la souveraineté des pays voisins de la Syrie, qu’il s’agisse de la Turquie comme du Liban. La France marque son appréciation pour l’accueil fourni par ces Etats aux citoyens syriens cherchant refuge loin de la violence, dans le respect du droit international applicable aux réfugiés et personnes déplacées.

Dans ce contexte régional fragile, nous saluons l’engagement des autorités libanaises à travailler avec toutes les composantes de la société à la préservation de la stabilité du Liban. Nous saluons leurs engagements à respecter l’ensemble de leurs obligations internationales, y compris en ce qui concerne le Tribunal spécial pour le Liban.

Madame la Présidente,

Ce Conseil devra se tenir prêt à réagir fermement si les exigences posées par les résolutions 2042 et 2043 ne sont pas satisfaites par les autorités de Damas.

Mais l’urgence d’agir en Syrie ne doit pas pour autant faire oublier par la communauté internationale la nécessité de préserver la solution des deux Etats, Israël et Palestine, vivant dans la paix côte à côte. Le Proche-Orient ne trouvera de stabilité de long terme que si la communauté internationale parvient à répondre aux aspirations légitimes qui s’expriment en Palestine, en faveur d’un Etat, et en Israël, pour sa sécurité. Il en va de la crédibilité de ce Conseil de contribuer à l’émergence d’un cadre crédible de négociations en ce sens.

Je vous remercie.



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