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23 septembre 2010 - Conseil de sécurité - Maintien de la paix et de la sécurité internationales - Intervention de M. Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères et européennes

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les chefs d’Etat et de gouvernement,

Mesdames et Messieurs les ministres,

Chers amis,

Monsieur le Président, je vous remercie de l’initiative que vous avez prise d’organiser cette réunion pour réfléchir ensemble à la manière dont nous accomplissons la mission la plus essentielle des Nations unies, celle de maintenir la paix et la sécurité internationales.

Il nous faut être lucide. Les opérations de maintien de la paix sont souvent critiquées, voire même rejetées par les pays hôtes (nous en avons des exemples récents…) : elles ont parfois du mal à remplir leur mandat, elles coûtent cher, elles ne sont pas toujours aussi réactives qu’elles le devraient et l’impunité avec laquelle ont perpétrées, encore récemment, des viols de masse dans les Kivu où, pourtant, se trouve être déployée une opération des Nations unies disposant de moyens importants - nous ont tous révoltés au plus haut point…. Tout cela est vrai. Mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt : que ferions-nous sans les opérations de maintien, de la paix ?

Aucune autre organisation internationale n’a de fait la légitimité, la capacité, mais aussi la volonté de faire ce que font au quotidien les Nations unies à travers le monde. A l’évidence, même si nous sommes tous bien sûr partisans de la prévention, en dépit des imperfections du système, nous n’avons encore rien trouvé de mieux pour accompagner et renforcer un processus de paix naissant, et donc fragile ; pour aider les Etats qui en ont besoin à recouvrer leurs capacités et à administrer leur territoire, et éviter ainsi le retour à la guerre ; pour assurer un regard vigilant de la communauté internationale et permettre aux plus vulnérables qu’ils ne soient pas seuls devant leurs bourreaux ; en un mot, pour impliquer l’ensemble de la communauté internationale dans le règlement des crises sur lesquelles nous ne voulons pas fermer les yeux.

Cette mission est extrêmement ambitieuse, elle est périlleuse, certains diront même qu’elle est utopique. Mais si les Nations unies ne relèvent pas ce défi, personne ne peut le faire à leur place. Et il est donc indispensable que notre Conseil, qui a la responsabilité première du maintien de la paix et de la sécurité internationales, apprenne de ses succès comme de ses échecs, adapte ses décisions en conséquence.

Monsieur le Président,

Vous avez, à juste titre, souhaité que cette réunion embrasse l’ensemble des aspects relatifs au maintien de la paix, qu’il s’agisse de la prévention des conflits ou du maintien et de la consolidation de la paix lorsqu’ils sont achevés. De fait, c’est de plus en plus souvent à tout cela qu’il faut réfléchir en même temps.

Au cœur de ce processus, il y a le maintien de la paix lui-même. Nous y sommes évidemment attachés car c’est, bien sûr, l’une des grandes responsabilités des Nations unies. Parce que des opérations de maintien de la paix dépendent la vie de millions de femmes, d’hommes et d’enfants. des milliers de soldats français et plus de 150 gendarmes et policiers servent d’ailleurs sous casque bleu et mon pays contribue à hauteur de 585 millions USD au budget des opérations de maintien de la paix.

Nous avons connu des échecs, nous avons connu des succès. Nous avons atteint les limites de ce que nous pouvions attendre des missions. Nous avons aussi connu des tragédies : au Rwanda, dans l’ex-Yougoslavie ou en République démocratique du Congo. Il faut nous en souvenir. Nous en avons tiré des leçons. Nous nous efforçons maintenant de veiller à ce que les opérations de maintien de la paix soient articulées autour de mandats précis, clairs et hiérarchisés, définis dans la durée, lorsque c’est possible et qu’elles puissent s’appuyer sur des ressources financières, humaines et techniques adaptées et suffisantes. Nous avons aussi fait évoluer l’action des Nations unies pour assurer une meilleure protection des populations vulnérables et obtenir des résultats qui s’inscrivent dans la durée. Est-ce que nous avons réussi ? Pas tout le temps.

Aujourd’hui, le succès des Nations unies doit être d’abord jugé à l’aune de la protection des civils. Il en va de notre crédibilité. La MONUSCO et la MINUAD illustrent les défis auxquels nous devons faire face. En République démocratique du Congo, la protection des civils reste la priorité du mandat des Casques bleus. Mais la situation n’est pas maitrisée, surtout à l’Est, comme l’illustre la répétition d’horribles violences à l’égard des civils, notamment et surtout les femmes - je l’évoquais il y a un instant. La formation de la police et de l’armée doit conduire au redéploiement des forces de l’ordre dans les zones libérées, sans vide sécuritaire, et à la restauration durable de l’autorité de l’Etat congolais, y compris dans le domaine judiciaire, sur l’ensemble du territoire. Au Darfour, les attaques contre les civils qui ne sont pas le fruit du hasard, ont été organisées et ont été qualifiées de crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale. Dans le climat d’impunité qui règne dans cette région martyre, la MINUAD est en butte à des attaques répétées qui l’empêche de protéger les civils de façon satisfaisante, même dans les camps. Le Conseil de sécurité devra se pencher sur les moyens de répondre à cette situation.

Au-delà de la nécessité première de protéger les civils, il y a aussi celle d’élaborer des stratégies de sorties de crise qui garantissent un retour durable à la paix, s’agissant en particulier du relèvement économique, social et politique de sociétés souvent déstructurées par les conflits. Pour accompagner ces évolutions, nous avons pris des mesures afin de renforcer l’efficacité du Conseil de sécurité. Le changement est là, il faut nous en féliciter et saluer l’engagement du Secrétariat qui a su s’adapter au nouveau mode de fonctionnement et aux nouvelles relations que le Conseil a voulu établir entre tous les acteurs.

Toutefois, il reste beaucoup à faire. Nous devons poursuivre notre travail pour assurer un renforcement de la chaîne de commandement des opérations qui a commencé, pour améliorer la coopération avec les contributeurs de troupes et aussi pour assurer un suivi politique, militaire et financier plus rigoureux des opérations de maintien de la paix. Nous devons renforcer notre travail sur les ressources et sur l’exécution des budgets, en nous assurant que le Conseil dispose, lorsqu’il prend ses décisions, d’une bonne compréhension de leur impact opérationnel et financier et de leur avenir ; nous devons aussi passer régulièrement en revue la stratégie, l’équilibre, la composition et le volume des opérations.

Monsieur le Président,

Les opérations de maintien de la paix sont l’expression de l’engagement de la communauté internationale. Je salue tout ceux qui sont responsables, impliqués et parfois victimes. Ces opérations doivent créer les paix durables, facile à dire, mais n’ont pas vocation à durer éternellement. Il faut ensuite consolider ces acquis, et s’assurer de la mise sur pied d’une véritable stratégie de transition.

C’est pourquoi il est d’une importance primordial que nous apprenions à mieux gérer les phases de transition et de retrait des missions de maintien de la paix. Sur ce plan aussi, un effort considérable a été réalisé au cours des dernières années et des succès ont été obtenus, marqués par le transfert progressif des responsabilités aux autorités nationales et le retrait ordonné de plusieurs opérations de maintien de la paix : au Burundi, en Sierra Leone ou au Cambodge. On oublie les succès au nom des critiques légitimes.

Nous avons besoin de progresser encore. Nous comptons sur la Commission de Consolidation de la Paix pour apporter une réponse à la nécessité d’assurer une meilleure cohérence de l’action de la communauté internationale dans les phases de sortie de conflit. On pense qu’une fois l’opération étant finit, les problèmes sont terminés. Ils commencent. L’enjeu de la consolidation de la paix doit être pris en compte dès les premières étapes de la gestion d’une crise, pour anticiper sur les conditions et les mécanismes de sortie de crise. Cela nous oblige aujourd’hui à évaluer les risques associés à de nouvelles menaces de trafic de drogue, d’êtres humains, de crime organisé et même la corruption, qui ont un fort potentiel de déstabilisation dans les pays fragiles.

Enfin, il faut bien le dire, l’effort que la communauté internationale consent en ordonnant une opération de maintien de la paix appelle un engagement sûr du pays hôte. Le contrat politique passé ne doit être dénoué que lorsque la paix est durablement rétablie. Il n’est en tout cas pas acceptable qu’un gouvernement puisse signifier son congé à une mission des Nations unies ou décider de son retrait sans concertation, et surtout sans donner d’assurance crédible qu’il est bien en mesure de prendre le relais. Je sais que ce n’est pas facile et que nous sommes face à des situations semblables.

Monsieur le Président,

Le débat que vous avez pris l’initiative d’organiser et qui est conclu par une déclarationr remarquable nous permet de dire à nouveau notre engagement en faveur du maintien de la paix et notre volonté d’en améliorer encore l’efficacité. Soyez assuré que la France ne ménagera pas ses efforts pour progresser dans la mise en œuvre de notre feuille de route commune.

Je vous remercie./.



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