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24 février 2010 - Conseil de sécurité - Menaces transversales à la paix et la sécurité internationales - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Secrétaire général, Monsieur le Directeur exécutif de l’ONUDC, Mesdames et Messieurs,

Je tiens tout d’abord à remercier le Directeur exécutif de l’ONUDC pour son intervention.

Il est bien clair que les sujets de la drogue, de la criminalité ou de la corruption ne sont pas au cœur du mandat du Conseil de sécurité. Ces sujets sont traités de manière globale par l’Assemblée générale et le Conseil économique et social, et nous saluons à cet égard l’initiative de l’Assemblée générale d’organiser au prochain trimestre, dans le cadre du dixième anniversaire de la Convention de Palerme, une réunion spéciale de haut niveau consacrée à la criminalité transnationale organisée.

Néanmoins, le développement à grande échelle de ces menaces transversales, et en premier lieu du trafic de drogue et de la criminalité transnationale organisée, pèse de façon croissante sur la sécurité des Etats et, au-delà, sur la stabilité et la sécurité régionales et internationales. Le Conseil a pu le constater sous plusieurs points à son ordre du jour, qu’il s’agisse de l’Afrique de l’Ouest, de Haïti ou de l’Afghanistan.

Lorsque les conséquences de l’activité de ces réseaux criminels menacent la paix et la sécurité internationales, il est de la responsabilité du Conseil de se pencher sur ces questions.

Ces menaces contribuent en effet à fragiliser, voire à déstabiliser, les Etats, en portant atteinte à leur bonne gouvernance et en freinant leur développement économique. Elles concurrencent les systèmes économiques légaux et favorisent le développement de la corruption.

Ces menaces entravent, en sens inverse, les efforts de reconstruction des institutions publiques et de développement menés par les autorités nationales et la communauté internationale dans les périodes de sortie de crises.

Les réseaux criminels non seulement bénéficient de l’existence d’Etats faibles ou faillis, mais leurs activités contribuent également à exacerber les tensions politiques, notamment par le financement de groupes armés non gouvernementaux ou de mouvements insurrectionnels. En outre, les liens entre les différents réseaux de trafiquants et le terrorisme international semblent s’intensifier.

Par leur caractère transnational, ces menaces peuvent contribuer à la déstabilisation de régions entières, nécessitant pour y faire face une étroite coopération internationale et régionale, notamment en vue de renforcer par l’assistance technique les capacités des Etats les plus vulnérables.

La communauté internationale a pris conscience de l’importance prise par la criminalité organisée en adoptant en 2000 la Convention des Nations Unies contre la Criminalité transnationale organisée. On ne peut cependant que constater que les réseaux criminels ont su depuis cette date s’adapter et profiter des changements effectués dans nos sociétés, qu’il s’agisse des progrès des technologies d’information et de communication ou de l’ouverture des marchés financiers. Nous appelons en conséquence plus que jamais à l’universalisation de la Convention de Palerme et de ses protocoles additionnels, et souhaitons que la prochaine Conférence des Etats parties permette d’aller dans le sens d’une mise en œuvre plus efficace de ces textes.

Nous saluons le rôle important de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, et la qualité de l’assistance qu’il apporte aux Etats et des projets qu’il mène dans le monde. Nous encourageons par ailleurs le Secrétariat des Nations Unies, dans ses différentes composantes, à renforcer son action sur le thème des menaces transversales, notamment par un travail en réseau du Département des affaires politiques, du Département des opérations de maintien de la paix et du Programme des Nations Unies pour le développement, en étroite coopération avec l’ONUDC.

Au Conseil de sécurité, nous sommes favorables à ce que la question des menaces transversales soit davantage prise en compte dans l’analyse des conflits, les stratégies de prévention, les missions intégrées et les opérations de maintien de la paix. A cet égard, nous accorderons la plus grande importance à tous les éléments que pourra transmettre le Secrétariat dans ses différents rapports au Conseil.

Enfin, nous nous félicitons des initiatives régionales concernant le trafic de drogues, notamment le plan d’action régional adopté en octobre 2008 à Praïa par les Etats d’Afrique de l’Ouest et celui adopté à Saint Domingue en mars 2009 pour la région des Caraïbes. Le Pacte de Paris, renouvelé à Moscou, a également permis depuis 2003, à l’initiative de la France puis de la Russie, de mettre en œuvre des coopérations opérationnelles dans le cadre de la lutte contre le trafic d’héroïne en provenance d’Afghanistan et d’assurer une réelle prise de conscience du problème posé par le détournement de précurseurs chimiques. Je me joins aux propositions formulées par le représentant de la Fédération de Russie à cet égard.

Mesdames et Messieurs,

L’exposé du Directeur exécutif de l’ONUDC a donné la juste mesure de l’ampleur des défis auquel nous faisons face. Les réseaux de trafic de drogue et de criminalité organisée ont acquis une dimension mondiale et mettent en péril, par leurs activités, la paix et la sécurité internationales. Nous souhaitons que le Conseil reste investi de cette question, qui a des conséquences directes sur nos travaux, et que des exposés réguliers puissent nous être faits par le Directeur exécutif de l’ONUDC afin de tenir le Conseil étroitement informé de l’évolution de ces menaces transversales.

Je vous remercie./.



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