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24 janvier 2012 - Conseil de sécurité
Situation au Moyen-Orient - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations Unies

Monsieur le Président,

Je voudrais tout d’abord remercier M. Fernandez-Taranco, pour sa présentation de la situation au Moyen-Orient ; présentation qui confirme nos inquiétudes que ce soit les perspectives limitées de la reprise du processus de paix ou la poursuite de la répression en Syrie et les menaces croissantes qui en résultent pour la stabilité de la région.

Nous saluons les efforts diplomatiques conduits sous les auspices du roi de Jordanie. Mais nos attentes sont limitées. L’absence d’une méthode renouvelée pour ramener les parties à la table des négociations constitue un écueil majeur. Nous plaidons depuis un an pour que des paramètres, endossés par la communauté internationale, encadrent cette reprise des négociations en rendant aux parties une confiance sérieusement entamée. Ni le Quartet ni ce Conseil ne sont parvenus à remplir cet objectif. Ces échecs ont prouvé que la volonté des parties ne suffit pas.

La conviction de la France est que seul un mécanisme de suivi, élargi à tous les acteurs qui peuvent contribuer à un règlement définitif, y compris les Nations Unies et ce Conseil, permettra de créer la dynamique nécessaire à la résolution de questions qui touchent aux fondements identitaires des deux nations israélienne et palestinienne. Faire ce constat, ce n’est pas dégager les parties de leur responsabilité ; c’est lancer un appel à tous les acteurs impliqués pour qu’émergent, en cette année lourde de contraintes intérieures, les conditions qui permettraient une relance crédible du processus de paix.

La volonté des parties ne suffit pas, mais elle est indispensable. Or nous sommes frappés par les développements dangereux qui ont marqué la situation sur le terrain en 2011 et notamment l’accélération de la colonisation israélienne, sans précédent depuis 10 ans. Le 20 décembre dernier, les quatre membres européens de ce Conseil marquaient leur profonde inquiétude face à ce qui s’apparente à une politique systématique, planifiée, délibérée de constructions illégales, en contradiction avec l’objectif de la solution des deux Etats, en violation du droit international et des résolutions de ce Conseil. En Cisjordanie comme à Jérusalem-Est, les autorités israéliennes doivent mettre un terme immédiat à cette politique qui menace la viabilité territoriale et économique du futur Etat palestinien. Qu’il s’agisse de la tentation d’isoler Jérusalem-Est du reste de la Cisjordanie ou des déplacements forcés de la population palestinienne en zone C, les modifications des réalités démographiques en violation de la Convention de Genève doivent être condamnés par la communauté internationale. Nous déplorons que ce Conseil ne soit pas en mesure de dire le droit, de rappeler les principes qui fondent la solution de deux Etats, quand ceux-ci se trouvent menacés.

A Gaza, un changement radical de politique s’impose également. Mme Amos l’a indiqué à ce Conseil : en 2011 le blocus, loin d’être levé comme le réclame la résolution 1860, s’est accentué du fait de la fermeture du point de passage de Karni. La dépendance de l’économie de Gaza à l’aide internationale s’en trouve renforcée, de même que la mainmise du Hamas sur le destin de la population de Gaza. Il n’est pas question de transiger sur la sécurité d’Israël, qui est toujours la cible de tirs de roquettes que nous condamnons. Mais des mesures doivent être prises rapidement pour alléger le poids du blocus sur la population qui est prise en otage. Car la viabilité du processus politique repose aussi sur notre soutien aux partenaires de la paix, en préservant leur légitimité face aux espoirs exprimés par leur population. La France s’est engagée à soutenir l’Autorité palestinienne et le président Mahmmoud Abbas, notamment dans le cadre de la conférence de Paris, qui a contribué aux efforts de construction des institutions palestiniennes. Mais l’assistance financière comme les réformes mises en œuvre par le Premier ministre Fayyad, se heurtent à l’absence de perspectives politiques Alors que Mahmoud Abbas relance les efforts de réconciliation palestinienne, c’est ce soutien qui doit lui être apporté pour qu’y prévalent les principes de négociation et de résolution pacifique du conflit entérinés par l’OLP.

Monsieur le Président,

Laissez-moi me tourner vers un autre sujet d’inquiétude, un sujet d’indignation, qu’est la situation en Syrie. La répression menée par les dirigeants syriens contre leur peuple, les violations massives et systématiques des droits de l’Homme visant à étouffer les aspirations légitimes du peuple syrien, se poursuivent dans l’impunité et l’opacité la plus totale. Plus de 5 500 Syriens ont perdu la vie depuis mars dernier dans ce qui s’apparente désormais à des crimes contre l’humanité. Le régime syrien entraîne tout droit sa population dans le chaos, et la région entière s’en trouve menacée : flots de réfugiés dans les pays avoisinants ; mises en cause répétées et de plus en plus graves de la souveraineté libanaise en violation flagrante des résolutions adoptées par ce Conseil ; craintes grandissantes quant à l’avenir des minorités et des fragiles équilibres confessionnels ; violations avérés de l’embargo sur les armes imposées à l’Iran et transitant vers la Syrie. Il est inacceptable que certains pays, y compris au sein de ce Conseil, continuent à fournir les moyens mêmes des violences commises aux dépens de la population syrienne.

Face au silence de ce Conseil, la Ligue arabe s’est saisie du dossier. Elle a proposé au régime syrien un plan d’action en novembre dernier et envoyé sur le terrain une mission d’observation pour s’assurer de sa mise en œuvre. Ce weekend, un mois après son déploiement, la Ligue arabe n’a pu que constater le manquement de Damas à ses obligations. Des quatre demandes de la Ligue : cessation des violences, retrait des forces armées des villes, libérations des prisonniers politiques, et plein accès aux médias internationaux, aucune n’a été satisfaite. La Ligue en a tiré les conséquences qui s’imposaient et appelé à une transition politique pacifique, qui verrait le Président Bachar remettre ses pouvoirs.

Nous apportons notre plein soutien au Plan de sortie de crise présentée par la Ligue arabe. Il constitue la seule voie susceptible de ramener la stabilité en Syrie et de préserver celle de la région. Nous accueillons très favorablement la demande formulée par la Ligue arabe d’une présentation de la situation au Conseil de sécurité par le Secrétaire général de cette organisation et le président du comité ministériel sur la Syrie. Il est en effet crucial que les Nations Unies puissent apporter toute l’assistance nécessaire à l’organisation régionale concernée. Il est encore plus essentiel que le Conseil de sécurité dépasse ses blocages pour consacrer la légitimité de cette initiative en lui apportant le soutien unanime des Nations Unies.

Monsieur le Président,

La capacité du Conseil à contribuer à la résolution de ces crises est aussi la condition de la crédibilité de son action au plan régional.

Au Liban d’abord , où le Secrétaire général vient de se rendre, se trouve en premier lieu menacé par le spectre de la guerre civile qui s’est levé sur Syrie. Dans ce contexte, nous appelons les autorités libanaises à continuer de travailler avec toutes les composantes de la société libanaise et nous saluons leurs engagements à respecter l’ensemble de leurs obligations internationales, y compris en ce qui concerne le Tribunal spécial pour le Liban.

En Égypte, où le peuple s’est exprimé par un scrutin qui a rempli les critères de la libre expression démocratique. Ces élections constituent une étape importante dans la transition démocratique qui doit se poursuivre : le pouvoir doit être transmis à des autorités civiles élues ; les droits des femmes et des minorités, les règles de la libre expression démocratique et le principe fondamental du refus de toute violence doivent être respectés.

En conclusion, M. le Président, c’est un appel à la cohérence de l’action de ce Conseil que je lance  : le Printemps arabe constitue un bouleversement sans précédent du Moyen-Orient et le Conseil ne peut manquer d’adapter son action à cette nouvelle réalité. Elle nous impose une obligation morale de répondre aux aspirations légitimes du peuple palestinien. Elle souligne le caractère impérieux d’une réaction unanime du Conseil à la crise en Syrie qui menace l’ensemble de la région. Alors que la Ligue arabe et le Conseil de coopération des Etats du Golfe contribuent activement à la résolution des crises régionales, il en va de la légitimité de l’action du Conseil de sécurité dans la région que d’exercer pleinement ses responsabilités au regard du maintien de la paix et de la sécurité.

Je vous remercie./.



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