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25 juillet 2012 - Conseil de sécurité - Situation au Proche-Orient - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Je remercie M. Robert Serry, Coordinateur spécial pour le Proche-Orient, pour sa présentation de la situation au Moyen-Orient, ainsi que le Représentant permanent d’Israël et l’Observateur permanent de Palestine, pour leurs interventions.

Je réitère d’abord les sincères condoléances de la France aux victimes de l’attentat terroriste survenu en Bulgarie et je redis toute la solidarité de mon pays à l’Etat et au peuple israélien dans sa lutte contre la haine et le terrorisme.

Monsieur le Président,

Le régime syrien a systématiquement violé les résolutions 2042 et 2043 adoptées par ce Conseil, en intensifiant l’usage des armes lourdes contre sa population, et en bombardant les centres urbains - aujourd’hui à partir d’avions pour la première fois. 19 000 Syriens seraient tombés sous les coups du régime selon les ONG, trois millions seraient précarisés par les déplacements internes, un million ferait face à un risque alimentaire selon les Nations unies. Cette escalade de la violence a précipité des dizaines de milliers de réfugiés vers les pays voisins, dont nous saluons l’assistance portée aux populations fuyant la Syrie.

Les répercussions sur la stabilité régionale sont de plus en plus préoccupantes : sur le plateau du Golan, les autorités syriennes ont commis la plus grave violation de l’accord de désengagement depuis 1974 en pénétrant dans la zone de séparation. Nous ne tolérerons pas que la Syrie tente de dissimuler ses exactions en suscitant des troubles régionaux. Les menaces d’usage des armes chimiques et biologiques, les violations de la souveraineté libanaise et des résolutions 1559, 1680 et 1701 sont tout aussi inacceptables. C’est le message qu’a adressé le Conseil de sécurité en réitérant la semaine dernière son attachement à la stabilité, la souveraineté et à l’intégrité du Liban, menacées par la multiplication d’incursions et de bombardements syriens du côté libanais de la frontière. Nous nous félicitons de l’attitude responsable des autorités libanaises et de l’ensemble de la classe politique et du peuple libanais, qui ont démontré leur volonté de ne pas se laisser entrainer dans un conflit qui n’est pas le leur. Nous les encourageons à continuer à s’investir dans le dialogue national qui a été relancé par le Président Sleimane.

Monsieur le Président,

L’impuissance où les vétos russes et chinois confinent le Conseil ne laisse pas la communauté internationale sans ressource. Nous poursuivons notre soutien au peuple syrien et à l’avènement d’une transition démocratique. Nous avons adopté un nouveau train de sanctions contre la Syrie dans le cadre de l’Union européenne. Nous poursuivrons nos travaux pour appuyer l’opposition, y compris sur le terrain, et l’aider à se rassembler autour d’un projet politique, autour d’un gouvernement transitoire pour la Syrie. Nous continuons également à constituer le dossier à charge du régime syrien qui permettra d’asseoir sa responsabilité pénale pour les crimes contre l’humanité dont il s’est rendu coupable. Nous continuerons à répondre à l’appel des populations en danger et poursuivrons notre action résolue, y compris au sein de l’Union européenne, en faveur d’une aide humanitaire accrue aux populations syriennes.

Monsieur le Président,

Ces menaces qui pèsent sur la stabilité régionale ne sont pas sans conséquences sur le processus de paix au Proche-Orient.

Notre responsabilité est aujourd’hui dans ce contexte difficile de veiller à préserver la viabilité et la crédibilité politique de la solution à deux Etats. Or la poursuite de la politique israélienne de colonisation mine la possibilité de la paix, en violation du droit international et des résolutions du Conseil de sécurité. Les expulsions en zone C se poursuivent. Les violences exercées par certains colons restent trop souvent impunies. Le rapport récent de la commission Lévy vient ajouter l’insulte à l’injure en établissant la légitimité et la légalité du fait accompli. Nous appelons Israël à ne pas l’approuver et à mettre un terme immédiat à ces violations grossières du droit international. Pour notre part, nous continuerons à affirmer que la colonisation sous toutes ces formes est contraire au droit international et constitue un obstacle à la paix. Nous déplorons que ce Conseil et le Quartet ne puissent s’exprimer sur la question. Nous étudions aujourd’hui, avec nos partenaires européens, les moyens concrets de réagir à cette politique qui constitue la principale menace pesant aujourd’hui sur la solution des deux Etats.

La viabilité de la solution des deux Etats passe également par la viabilité des partenaires qui la portent : nous devons réaffirmer notre soutien à une Autorité palestinienne fragilisée. La crise financière qui la frappe est sans précédent. Nous appelons à nouveau les donateurs à se remobiliser en soutien au processus de construction de l’Etat palestinien mis en œuvre avec courage et succès par le Premier ministre Salam Fayyad sous l’autorité du Président Abbas. Parallèlement, il faut avancer sur les mesures de confiance qui permettront une relance du dialogue. Nous sommes encouragés par la poursuite des contacts entre les deux parties mais ces discussions doivent aboutir à des gestes significatifs sur les questions des prisonniers pré-Oslo, comme des armes destinées à la police palestinienne. Enfin, nous apportons notre soutien au Président Abbas pour la poursuite d’un processus de réconciliation palestinienne conforme aux principes du processus de paix, qui ont été endossés par l’OLP. Il n’y aura pas de paix possible sans unité palestinienne et nous déplorons à cet égard que le Hamas ait interrompu les travaux de la commission électorale à Gaza. Pour permettre l’émergence d’un nouvel horizon socio-économique et politique à Gaza, Israël doit changer de politique et œuvrer à la levée du blocus en application de la résolution 1860 de ce Conseil. Par ailleurs, nous ne saurions transiger sur la sécurité d’Israël et nous condamnons fermement les tirs de roquettes qui ont pris pour cible le sud d’Israël depuis la bande de Gaza comme depuis le Sinaï.

Monsieur le Président,

Ces mesures de confiance ne peuvent se substituer à la relance d’un processus de négociation crédible. La France a réitéré à maintes reprises, dans cette enceinte comme dans celle de l’Assemblée générale des Nations unies, la nécessité de définir le cadre de ces négociations. Au-delà du leadership qu’elle requiert, une relance crédible des négociations ne pourra se faire sans que des paramètres clairs, un calendrier réaliste, et des garanties en cas de non-respect des décisions de la communauté internationale, ne soient définis. Nous souhaitons que l’ensemble des acteurs intéressés, y compris au sein de ce Conseil, puisse contribuer à l’élaboration de ce cadre. Si cette réflexion n’est pas lancée dès que possible, il est à craindre que la solution à deux Etats ne soit plus qu’un vœu pieux et donc que la paix soit désormais hors de portée.

Je vous remercie.



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