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25 juillet 2013 - Conseil de sécurité - Réunion ministérielle : Grands Lacs et République démocratique du Congo - Intervention de M. Pascal Canfin, ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé du Développement

M. Pascal Canfin, ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé du Développement, s’exprime au Conseil de sécurité lors de la réunion ministérielle consacrée à la situation en RDC et dans la région des Grands Lacs - New York - 25 juillet 2013 - UN Photo/Rick Bajornas


Monsieur le Secrétaire général,
Madame la Présidente,
Monsieur le Secrétaire d’Etat,
Monsieur le Président de la Banque Mondiale, Madame l’Envoyé Spécial,
Mesdames, Messieurs les Ministres,

Je souhaite d’abord remercier chaleureusement le Secrétaire d’Etat, John Kerry, d’avoir pris l’initiative de cette rencontre à haut niveau consacrée à la situation dans les Grands Lacs et, notamment, en République démocratique du Congo.

Cette rencontre arrive au bon moment. Alors que la situation humanitaire reste dramatique, avec plus de 2,6 millions de déplacés en RDC, et 450 000 réfugiés dans les pays voisins, ces dernières semaines ont été marquées par une nouvelle reprise des hostilités, par le M23 et par d’autres groupes armés contre les forces armées congolaises.

Cette reprise des combats est un test pour la communauté internationale. Un test car le M23 et les autres groupes armés cherchent tout simplement à faire dérailler le processus politique en cours, qui vise justement à mettre un terme à cette tragédie qui dure depuis bien trop longtemps. Un test, car certains acteurs pourraient être tentés de renoncer aux engagements qu’ils ont pris.

Notre message est clair : les pays frontaliers à la RDC doivent cesser le soutien aux groupes armés comme ils s’y sont engagés. Le message d’unité et de fermeté qu’envoie aujourd’hui la communauté internationale est salutaire, pour soutenir les efforts des acteurs sincèrement acquis à la cause d’une paix durable dans la région des Grands lacs.

Mesdames, Messieurs,

Nous avons beaucoup progressé ces derniers mois. Nous disposons désormais d’un cadre cohérent, qui nous permet enfin d’espérer mettre un terme à la tragédie que subit la région des Grands Lacs depuis maintenant plus de vingt ans. Ce cadre repose sur deux piliers.

Le premier pilier est l’Accord-cadre signé, le 24 février, par onze pays de la région, à l’initiative du Secrétaire général, dont je salue ici l’action et la détermination. Il revient maintenant aux Etats signataires de cet accord de mettre en œuvre leurs engagements. Nous avons eu, ces dernières semaines, plusieurs signaux encourageants :

• L’adoption, par le gouvernement congolais, d’un Mécanisme national de suivi des engagements. Il constitue une amorce des réformes indispensables de l’armée et de la police congolaises. Il importe, maintenant, que des mesures d’ampleur soient prises rapidement. Il faut également que l’armée congolaise soit exemplaire sur le terrain et que les exactions commises par les soldats congolais, qui ne sont pas excusables, soient effectivement et sévèrement sanctionnées par la justice de ce pays.

• Au niveau régional, une première réunion du Mécanisme régional de suivi des engagements, a rassemblé le 26 mai, en marge du sommet de l’Union africaine, la plupart des chefs d’Etat de la région. Ce mécanisme se doit d’assurer, en premier lieu, que la souveraineté et l’intégrité territoriale de tous les Etats de la région soient préservées, à commencer par celle de la RDC, mais aussi assurer que leur sécurité ne soit pas menacée.

L’action de Mme Mary Robinson, envoyée spéciale du Secrétaire général pour les Grands Lacs, sera déterminante pour la coordination et l’évaluation des efforts nationaux et régionaux dans la mise en œuvre des engagements pris. Soyez assurée, Madame la Présidente, du soutien déterminé de la France à vos côtés.

Le deuxième pilier de ce nouvel environnement est la résolution 2098 du Conseil de sécurité, adoptée à l’unanimité le 28 mars dernier.

• Le cœur du mandat de la MONUSCO reste inchangé : c’est la protection des civils. Mais, pour contribuer à cet objectif, la résolution autorise, de façon inédite, le déploiement d’une brigade d’intervention au sein de la MONUSCO. Cette brigade a pour mandat de neutraliser les groupes armés qui entretiennent la violence et qui menacent les civils. La France souhaite maintenant qu’elle soit opérationnelle au plus vite.

• Autre point essentiel de la résolution 2098 : la question des violences sexuelles. Elles continuent d’être une arme de guerre utilisée à grande échelle et le plus souvent en toute impunité. Nous saluons l’initiative de Mary Robinson d’organiser, avec la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL), une conférence spécifique sur le rôle des femmes dans le processus de mise en œuvre de l’Accord-cadre. Nous savons que dans cette région le corps des femmes est trop souvent le champ de bataille des hommes. Comme le Président Kim, c’est une tâche sur notre conscience.

Mesdames, Messieurs,

Avant de conclure, je souhaiterais évoquer la question du développement.

Comme l’a évoqué l’Envoyée Spéciale, Mme Mary Robinson, il est temps, désormais, d’envisager « les dividendes de la paix » pour l’ensemble de la région des Grands Lacs.

Je veux saluer l’engagement personnel du Président Jim Yong Kim pour la résolution de cette crise, et la récente promesse de financement de la Banque mondiale, qui favorisera l’application des engagements pris par la RDC lors de la signature de l’Accord-cadre. La France et l’Union européenne seront également au rendez-vous du développement dans la région.

La relance de l’économie dans la région, au bénéfice des populations, passera également par un effort de transparence autour de l’exploitation des ressources naturelles. L’opacité dans l’exploitation des ressources minières doit laisser place à la transparence. Comme vous le savez, à l’initiative de la Grande Bretagne, et avec le plein soutien de la France, les pays du G8 ont adopté au début du mois un plan d’action pour la transparence dans le domaine des industries extractives. Par ailleurs, nous entendons soutenir pleinement, politiquement et techniquement, les efforts de la RDC pour mettre en place un mécanisme de certification des minéraux exploités dans cette région. Tous ces dispositifs permettront de lutter contre les mauvaises pratiques, et d’augmenter les bénéfices de l’exploitation des ressources naturelles de la région pour les populations.

Mesdames et messieurs,

Alors que le M23 reconduit des offensives autour de Goma, il importe aujourd’hui de tout mettre en œuvre à la fois pour mettre en échec ceux qui menacent la paix et pour relancer la dynamique politique qui s’est amorcée avec l’Accord-cadre. Pour permettre l’établissement d’une paix durable, il est temps désormais que la coopération entre acteurs de toute la région l’emporte face à la violence et aux pillages. C’est à cette condition, et à cette condition seulement, que l’Accord-cadre pourra ouvrir la voie à une amélioration concrète de la situation sécuritaire et des conditions de vies dans la région des Grands Lacs. Au nom des millions de morts qui ont endeuillée cette région depuis tant d’année, nous avons aujourd’hui collectivement une obligation de réussite.

Je vous remercie.


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