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26 août 2011 - Conseil de sécurité - Débat public sur les opérations de maintien de la paix - Intervention de M. Martin Briens, Chargé d’affaires a.i de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

La France condamne l’attentat odieux qui vient de frapper les Nations unies à Abuja. Nous exprimons notre compassion et notre solidarité aux victimes, au gouvernement du Nigéria et à leurs familles et à travers vous monsieur le Secrétaire général à tout le personnel des Nations unies qui prouve chaque jour son dévouement au service de la paix.

Monsieur le Président,

Je vous remercie de l’initiative que vous avez prise d’organiser cette réunion sur l’un des piliers de l’action des Nations unies : le maintien de la paix. La France s’associe par avance à l’intervention que prononcera l’Union européenne. Les opérations de maintien de la paix sont devenues l’une des principales vitrines de l’action des Nations Unies. On a assisté ces dernières années à une augmentation considérable des moyens engagés sur le terrain et des objectifs à atteindre. La complexité et la diversité croissantes des missions nécessitent une meilleure coopération avec les organisations régionales et une synergie renforcée entre les acteurs du maintien de la paix et les acteurs de la consolidation de la paix.

Monsieur le Président,

Je voudrais rappeler l’engagement profond de la France au service du renforcement des capacités de maintien de la paix des Nations-Unies. La France participe à 7 des 16 opérations de maintien de la paix des Nations unies avec plus de 1 500 hommes et femmes. Outre cette contribution directe, la France contribue également à hauteur d’environ 6 600 hommes et femmes dans des opérations de maintien de la paix sous mandat de l’ONU dans le cadre de l’UE, de l’OTAN ou à titre national. La France est ainsi présente au large des côtes de la Somalie, au Kosovo, en Afghanistan ou encore en Côte d’Ivoire. Mais surtout, la France soutient la participation des Etats d’Afrique aux opérations de maintien de la paix au travers du programme de renforcement des capacités africaines de maintien de la paix. Dans cette perspective de formation et de soutien aux contingents africains, la France a également créé des écoles nationales à vocation régionales afin de dispenser des savoir-faire techniques et opérationnels adaptés aux besoins des cadres des armées africaines. Ces écoles fournissent un enseignement de qualité égale à celui dispensé en France, tout en l’adaptant aux réalités et aux moyens locaux. Depuis 1997, plus de 14 000 stagiaires africains et européens ont été formés dans les 16 écoles soutenues par la France.

Monsieur le Président,

Depuis l’initiative franco-britannique de 2009, nous continuons de plaider pour le renforcement de l’expertise militaire, l’amélioration de la coopération du Conseil avec les pays contributeurs de troupes et de police ainsi que pour une meilleure maîtrise du coût des OMP. Alors que de nombreuses recommandations du rapport Brahimi, publié il y a plus de dix ans, restent valables, j’aimerais revenir sur trois éléments qui nous semblent primordiaux dans l’amélioration du maintien de la paix aujourd’hui. Il s’agit de la coopération entre les missions, de la protection des civils et de la mise en place de stratégies de transition entre le maintien et la consolidation de la paix.

Tout d’abord, la protection des civils est l’un des objectifs principaux du mandat des OMP. Les soldats de la paix doivent être formés en conséquence et se montrer irréprochables sur le terrain. Les soldats de la paix doivent mettre en place un environnement sécurisé qui favorise la reprise des processus politiques. Cela nécessite la mise en œuvre de programmes de démobilisation, désarmement et réintégration y compris en faveur des enfants affectés par le conflit, de programmes de réforme des secteurs de la sécurité et de consolidation de l’Etat de droit. Les femmes sont l’un des principaux leviers de transformation d’une société. Il est primordial de renforcer leur participation aux prises de décisions. L’intégration de femmes dans la police et dans l’armée permet d’améliorer la lutte contre les violences sexuelles et sexistes et de promouvoir les droits de l’homme au sein de ces institutions. Les Conseillers pour la protection de l’enfance et les Conseillers pour la protection des femmes sont amenés à jouer un rôle de plus en plus grand dans les missions.

Deuxièmement, la coopération entre les missions : lorsque des événements imprévus risquent de déstabiliser un pays et de le faire retomber dans le cycle de la violence, la coopération entre les missions est une réponse adaptée et performante afin de renforcer ponctuellement, en hommes et en matériels, les missions qui en ont besoin. En Côte d’Ivoire, la coopération entre l’ONUCI et la MINUL a joué un rôle décisif. Le renfort en hélicoptère a permis de neutraliser les armes lourdes et permet aujourd’hui de surveiller les trafics et les mouvements de mercenaires à la frontière avec le Libéria. La coopération entre les missions et les Bureaux de consolidation de la paix, ainsi qu’avec les organisations régionales, doit permettre de rendre plus efficace la lutte contre les menaces transversales telles que la LRA, la piraterie ou les trafics susceptibles de déstabiliser des régions entières. Enfin, la coopération et le partage de moyens entre des missions voisines doit permettre de réaliser des économies d’échelles afin de répondre aux exigences de bonne gestion et aux contraintes budgétaires.

Au-delà de la nécessité première de protéger les civils, il y a aussi celle d’élaborer des stratégies de sorties de crise qui garantissent un retour durable à la paix, s’agissant en particulier du relèvement économique, social et politique de sociétés souvent déstructurées par les conflits. Nous comptons sur la Commission de Consolidation de la Paix pour apporter une meilleure cohérence de l’action de la communauté internationale dans les phases de sortie de conflit. L’enjeu de la consolidation de la paix doit être pris en compte dès les premières étapes de la gestion d’une crise, pour anticiper sur les conditions et les mécanismes de sortie de crise. Il convient donc de prendre en compte, le plus tôt possible, les nouvelles menaces telles que les trafics de drogue et d’êtres humains, le crime organisé et même la corruption, qui ont un fort potentiel de déstabilisation dans les pays fragiles. Pour conclure, nous voudrions rappeler que le succès d’une mission de maintien de la paix est le résultat d’efforts partagés par les pays membres du Conseil, les pays contributeurs financiers, les pays contributeurs de troupes et de police et le Secrétariat des Nations Unies. Mais ces efforts ne seraient rien sans un engagement solide du pays hôte.

Enfin, la France rend hommage à l’engagement des casques bleus de toutes les nationalités qui payent parfois de leur vie leur dévouement au service de la paix.

Je vous remercie.



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