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29 avril 2014 - Conseil de sécurité - Situation au Moyen-Orient - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Je remercie M. Robert Serry, Coordonnateur spécial pour le Processus de paix au Proche-Orient, pour son intervention.

J’évoquerai successivement le processus de paix israélo-palestinien, la situation en Syrie, et enfin le Liban.

Après neuf mois d’efforts intenses, les pourparlers entre Israël et l’Autorité palestinienne sont aujourd’hui suspendus.

Nous atteignons le terme du délai de neuf mois prévu par Israël, l’Autorité palestinienne et le Secrétaire d’Etat M. John Kerry pour parvenir à une solution au conflit israélo-palestinien. M. Kerry, ainsi que les équipes qui travaillent autour de lui, n’ont ménagé aucun effort pour faire progresser les négociations. Nous saluons cet engagement exceptionnel.

En dépit de ces efforts, le non-respect des engagements pris en juillet a abouti à la suspension des pourparlers selon un scénario maintes fois répétés depuis 20 ans. D’un côté, le quatrième groupe de prisonniers pré-Oslo n’a pas été libéré. De l’autre, l’autorité palestinienne a adhéré à 15 conventions internationales. L’annonce d’un gel du versement à l’Autorité palestinienne des taxes et droits de douane perçus par Israël aggraverait cette impasse et ferait peser un risque majeur sur la stabilité des Territoires palestiniens.

Ces développements sont intervenus alors que la situation continue de s’aggraver sur le terrain. La colonisation s’est poursuivie et accélérée : elle a plus que doublé en 2013. Les tensions à Jérusalem se sont aggravées, notamment sur l’Esplanade des mosquées et aux alentours de l’église du Saint-Sépulcre. Forte de ses responsabilités historiques à l’égard des chrétiens de terres saintes, la France rappelle son attachement au respect des lieux de culte dont l’accès doit être garanti, en particulier au moment des fêtes de Pâques, moment le plus sacré de l’année chrétienne.

C’est dans ce contexte de crise qu’a été conclu l’accord de réconciliation inter-palestinienne. Nous estimons que cet accord peut être une opportunité, s’il se traduit comme l’a annoncé le Président Abbas, par la formation d’un gouvernement d’entente nationale composé de personnalités indépendantes, placé sous son autorité directe, et par l’organisation d’élections dans les Territoires palestiniens. Il n’est pas possible, d’un côté, d’affirmer qu’un accord israélo-palestinien est impossible tant que persiste la scission entre les deux mouvements palestiniens, et, de l’autre, de considérer la réconciliation inter-palestinienne comme un obstacle au moment où elle intervient.

La France est prête à travailler avec un gouvernement de l’Autorité palestinienne dès lors qu’il exprime son refus de la violence, son engagement en faveur du processus de paix et son acceptation de l’ensemble des accords conclus, notamment avec Israël. Une réconciliation définie sur ces bases constituerait un progrès vers la solution de deux Etats.

Les pourparlers ne sont, à cette date, que suspendus. M. Abbas s’est engagé, devant la direction de l’OLP, à ce que ce futur gouvernement rejette la violence et reconnaisse l’Etat d’Israël. Il a effectué un geste d’ouverture important en reconnaissant publiquement, pour la première fois, que « l’Holocauste était le crime le plus odieux de l’histoire moderne ». Ces déclarations doivent être mises à son crédit. Elles constituent un geste d’ouverture qui peut servir de base à la reprise du dialogue entre les parties et à la relance des efforts de paix.

Madame la Présidente,

Nous venons d’entendre une fois de plus de part et d’autre les mêmes arguments pour rejeter la responsabilité de l’impasse sur l’autre côté. En réalité, cette répétition de la même rhétorique, séance du Conseil après séance du Conseil, souligne une fois de plus si besoin en était que les deux parties sont incapables d’aller à la paix par elles-mêmes même si les Etats-Unis soutiennent ces efforts.

Tôt ou tard, nous devrons en conclure que, soit nous nous résignons et laissons le conflit à lui-même, soit la communauté internationale décide d’intervenir de tout son poids pour parvenir à un accord dont, après tout, nous connaissons les paramètres fondamentaux.

Il est paradoxal que d’un côté nous soyons capables de rédiger dans ses grandes lignes ce que serait un traité de paix et que de l’autre toutes les initiatives de paix échouent les unes après les autres.

Madame la présidente,

En Syrie, le régime ajoute le ridicule d’une parodie d’élection présidentielle à l’infamie du déni d’accès humanitaire.

Le second rapport de suivi de la mise en œuvre de la résolution 2139 remis la semaine dernière est sans appel. La situation des populations civiles ne s’est pas améliorée. Les sièges des villes, qui sont aux trois-quarts le fait du régime, n’ont pas été levés, ni même allégés. Les bombardements indiscriminés et la politique de terreur contre les civils se poursuivent. Tout ceci est inacceptable.

Sur le plan politique, malgré les appels lancés par le Représentant spécial conjoint M. Brahimi et par le Secrétaire général lui-même, Bachar al-Assad organisera sa réélection triomphale le 3 juin au moment d’une parodie tragique d’élection présidentielle. C’est une décision qui est contraire à l’esprit et à la lettre du communiqué de Genève. Pendant ce temps, les civils continueront de se faire bombarder et massacrer. Aucune légitimité ne sortira de cette élection fantôme dans un pays dévasté, qui éloignera encore la Syrie d’une solution politique.

La France partage la préoccupation de tous, exprimée par Mme Kaag la semaine dernière, en ce qui concerne les allégations d’emploi de gaz de chlore à Kfar Zeïta qui auraient fait plusieurs victimes et de nombreux blessés. Il va sans dire que les responsables d’usage d’agents chimiques devront rendre des comptes, comme l’exige la résolution 2118.

Je rappelle enfin que nous souhaitons la saisine de la Cour pénale internationale pour que tous ceux qui ont commis des crimes de masse en Syrie sans discrimination soient jugés. Nous poursuivons nos efforts en ce sens.

Enfin, nous devons aussi adresser un message de soutien au Liban.

Face à la crise syrienne, la France salue la générosité du Liban et souligne la charge que représente l’accueil de plus d’un millions de réfugiés. Elle rappelle par ailleurs que les atteintes à la paix civile au Liban comme à sa souveraineté ne sont pas acceptables. Le Liban ne doit pas se trouver entraîné dans l’engrenage de la guerre civile syrienne. Nous rappelons également l’importance de la lutte contre l’impunité et saluons à cet égard le rôle du Tribunal Spécial pour le Liban.

Nous nous félicitons que le gouvernement d’union nationale formé le 15 février dernier ait obtenu l’investiture du parlement et que ce dernier ait repris son activité législative. Nous saluons cette dynamique de relance des institutions, qui doit être poursuivie et consolidée, afin que le Liban puisse faire face aux immenses défis auxquels il est confronté.

Dans ce contexte, il est crucial que ce Conseil réitère son soutien à la stabilité, la souveraineté et l’intégrité territoriale du Liban :

- en appelant à ce que les élections présidentielles se déroulent selon le calendrier prévu, dans le respect des procédures et de la constitution et en rappelant l’importance d’éviter tout vide à la tête de l’Etat libanais.

- en soutenant la politique de dissociation lancée par le Président Sleiman et qui doit constituer un cadre pour l’avenir ;

- enfin, en appelant la communauté internationale à se mobiliser aux côtés du Liban qui ne pourra faire face seul à la crise qu’il traverse.

La réunion du Groupe de soutien international au Liban à Paris le 5 mars a permis de réaffirmer le consensus international en faveur de l’unité, de la stabilité et de la souveraineté du Liban, et de lui réaffirmer son soutien face aux multiples répercussions du conflit en Syrie. Cet engagement doit être poursuivi dans les domaines humanitaire, économique et sécuritaire.

Je vous remercie.

En savoir plus sur Israël/Palestine, la Syrie et le Liban.



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