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29 avril 2014 - Conseil de sécurité - Ukraine - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Madame la Présidente,

Je remercie M. Feltman pour la présentation qu’il vient de faire.

Depuis le début du mois d’avril, la situation dans l’est de l’Ukraine se détériore de manière continue. Dans plusieurs villes orientales, des militants armés agissant de manière professionnelle et synchronisée ont pris possession des bâtiments publics. La similarité du mode opératoire avec celui qui a été observé en Crimée est frappante.

Les violences se poursuivent. Sept observateurs de l’OSCE ont été pris en otage le 25 avril. Ils doivent être libérés sans délai. Dimanche, le maire de Kharkiv a été la cible d’un attentat et se trouve dans un état grave.

Madame la Présidente, nous sommes donc les témoins d’une opération de subversion planifiée, à peine déguisée, et orchestrée par la Russie. Les Forces spéciales russes ne se cachent même plus. Hier, notre collègue russe niait leur implication en Crimée alors que son Président devait la reconnaître quelques jours plus tard. Sans doute sera-t-il de même pour ce qu’il se passe actuellement en Ukraine.

La France condamne donc fermement et sans ambiguïté ces tentatives inacceptables de déstabilisation de l’Ukraine par la Russie.


Nous devons enrayer cette logique de confrontation, et privilégier la voie de la désescalade.

La déclaration conjointe adoptée le 17 avril dernier à Genève par l’Ukraine, la Russie, les États-Unis et l’Union européenne indique la voie à suivre.

Elle appelle toutes les parties à s’abstenir d’actions violentes ainsi que d’actes d’intimidation et de provocation. Elle prévoit le désarmement des groupes armés illégaux, l’évacuation des bâtiments et lieux publics occupés, ainsi que l’amnistie pour ceux qui auront déposé les armes, à l’exception des individus qui ont du sang sur les mains. Il est indispensable que cette Déclaration soit mise en œuvre par toutes les parties sans délai et en toute bonne foi pour permettre à l’État ukrainien de rétablir sa souveraineté sur son territoire.

La mission spéciale d’observation de l’OSCE est appelée à jouer un rôle important dans la mise en œuvre de ces mesures de désescalade. Il est essentiel qu’elle puisse agir sans entrave.


Or, depuis l’adoption de cette déclaration le 17 avril, nous constatons deux attitudes bien distinctes :

D’un côté, le gouvernement ukrainien a démontré sa bonne foi dans la mise en œuvre de cette déclaration : il a déposé un projet de loi d’amnistie, entamé le processus de réforme constitutionnelle et accéléré le démantèlement des barricades et des groupes armés à Kiev.

Je salue à cet égard la retenue et le sang-froid des forces de sécurité ukrainiennes qui ont répondu de manière proportionnée aux actions répétées de déstabilisation auxquelles elles font face. Imaginons ce qu’aurait fait tout autre gouvernement confronté à de telles provocations sur son territoire national.

De l’autre côté, la partie russe ne répond à aucun des engagements pris le 17 avril :

- aucune condamnation des actions séparatistes à l’origine des nouvelles violences ni d’appel à évacuer les bâtiments publics ;

- aucun appel à la retenue des militants pro-russes pour qu’ils cessent leurs attaques sur les dépôts de munitions, sur leurs compatriotes – dont certains ont dit avoir été victimes d’actes de torture – mais aussi sur les journalistes.

Loin de condamner les preneurs d’otage des observateurs de l’OSCE, la Russie qualifie aujourd’hui de provocation leur présence dans l’est de l’Ukraine.

Nous espérons cependant sincèrement que l’annonce hier d’un arrêt des manœuvres militaires russes à la frontière ukrainienne sera suivie d’effets et sera le premier pas dans une authentique désescalade.


Madame la Présidente,

Nous sommes dans une période charnière : plus le temps passe, plus le risque d’anarchie et d’incident sanglant s’accroit.

C’est pourquoi nous appelons les autorités russes à choisir la voie de la désescalade, par le respect sans délai des engagements pris lors de la déclaration de Genève.

Avec nos partenaires de l’Union européenne et les États-Unis, nous avons hier adopté de nouvelles sanctions ciblées. Si la situation devait s’aggraver davantage, nous serions contraints de durcir une nouvelle fois ces sanctions. Ce n’est pas notre préférence.

Notre objectif est d’assurer, le 25 mai, la tenue d’élections présidentielles libres, inclusives et transparentes, dont le bon déroulement sera garanti par la présence d’observateurs internationaux. Il serait inacceptable que l’activisme de certains groupes violents menace la tenue de cette échéance démocratique. Par ailleurs nous soutenons une réforme constitutionnelle qui puisse assurer le respect des minorités et une décentralisation. Il appartient aux Ukrainiens dans leur ensemble de décider de leur avenir. L’histoire et la géographie conduiront alors à l’inévitable et souhaitable réconciliation entre une Ukraine démocratique, pacifique et indépendante et une Fédération de Russie qui aura renoncé aux illusions dangereuses du nationalisme.

Je vous remercie.


En savoir plus sur l’Ukraine.



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