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29 septembre 2010 - Conseil de sécurité - Afghanistan - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Je remercie le Représentant spécial des Nations unies et le ministre des Affaires étrangères de la République islamique d’Afghanistan pour le rapport et la présentation qu’ils viennent de faire de la situation en Afghanistan.

Le représentant de l’Union européenne prononcera tout à l’heure une intervention à laquelle la France s’associe.

Deux événements importants survenus cet été auront un impact important sur la situation politique en Afghanistan, et doivent nous inspirer un optimisme mesuré.

Le premier, le plus proche de nous dans le temps, est la tenue d’élections législatives le 18 septembre.

Il nous donne un motif de satisfaction car, malgré les menaces et les violences qu’ils ont exercées, les Talibans ont échoué à empêcher 2500 candidats de faire campagne et plus de quatre millions d’Afghans d’aller voter.

C’est un premier succès et c’est un succès afghan. Mais le travail n’est pas fini. La Commission des Plaintes Electorales (ECC) devra gérer avec impartialité et professionnalisme les plaintes pour fraude qui lui seront adressées. L’annonce des résultats officiels, prévue le 30 octobre, ne doit pas être retardée.

Le deuxième événement est la conférence qui s’est tenue à Kaboul du 20 juillet, sous la co-présidence de l’ONU et du gouvernement afghan. Il s’agissait de poser un jalon de plus dans la transition de l’Afghanistan vers le plein exercice de son autorité souveraine, initiée à la conférence de Londres déjà en janvier dernier. C’est pour cela que nos autorités ont tant insisté pour que ce rendez-vous, qui a réuni 76 délégations du monde entier, ait lieu à Kaboul et non ailleurs.

Cette conférence a permis de réaffirmer le soutien de la communauté internationale au programme de paix, de réconciliation et de réintégration lancé le 29 juin par le Président Karzaï.

Ce processus doit être conduit par les Afghans eux-mêmes, mais la communauté internationale ne peut s’en désintéresser. Notre appui doit rester entier, sous réserve que certaines conditions soient respectées : la renonciation à la violence, l’absence de liens avec le terrorisme international, le respect de la Constitution, la protection des droits de l’Homme et des droits des femmes.

L’évolution de la composition de la liste de personnes et entités liées à Al-Qaïda et les Talibans établie par le comité 1267 du Conseil de sécurité traduit de manière concrète le processus de réconciliation inter-afghan. Nous sommes prêts à poursuivre le dialogue avec les autorités afghanes afin d’examiner la radiation éventuelle de Talibans si ceux-ci remplissent les critères politiques de la réconciliation.

La conférence de Kaboul a également permis de saluer le travail mené par les Afghans et l’OTAN en vue d’un transfert progressif des responsabilités en matière de sécurité dans certaines provinces et districts. Ce travail doit se poursuivre et aboutir à la prise en charge progressive par les Afghans de leur propre sécurité. Il doit s’accompagner d’un effort soutenu de notre part pour former et équiper les forces de sécurité afghane. C’est le meilleur moyen de montrer aux Afghans et à nos propres opinions publiques que des progrès sont réalisés. Mais nous devons êtres clairs dans notre communication : transition ne veut pas dire départ, mais montée en puissance progressive des responsabilités des forces de sécurités afghanes, avec l’aide de la communauté internationale.

L’amélioration de la gouvernance et la lutte contre la corruption est un élément clé du contrat passé à Kaboul entre la communauté internationale et l’Etat afghan.

Monsieur le Président,

Les Talibans, responsables de l’immense majorité des victimes civiles, poursuivent leurs attaques et exactions et ne donnent pas signe de vouloir dialoguer. Les Afghans et les membres de la communauté internationale en payent le prix. En dépit des efforts entrepris par le gouvernement pakistanais, les refuges dont les Talibans afghans continuent de disposer sur son sol restent un sujet de préoccupation.


C’est dans ce contexte que nous avons plus que jamais besoin de l’ONU en Afghanistan, de sa légitimité, de son impartialité et de son expertise.


La France soutient sans réserve l’action de Représentant spécial, Staffan de Mistura, et rend hommage à tous les agents de la MANUA, qui accomplissent leur devoir dans des conditions difficiles.

Nous soutenons les priorités retenues par le RSSGNU dans son approche " 3+1 ", qui est conforme au mandat donné par la résolution1917. Ce recentrage commence d’ailleurs à porter ses fruits :

- je ne reviens pas sur les élections, si ce n’est pour féliciter les Nations unies pour leur aide à l’organisation matérielle du scrutin et M. de Mistura pour son intervention personnelle à des moments décisifs du processus électoral. C’est là le rôle du RSSG et il bénéficie de tout notre soutien.

- l’appui à un processus politique de réconciliation inter-afghan, et régional sera probablement la question la plus difficile et la plus importante à gérer dans les mois à venir. Nous ne verrions que des avantages à ce que les Nations unies y jouent un rôle décisif. Nous sommes à cet égard disposés à réfléchir aux modalités d’une implication accrue de la MANUA, qui doit rester le seul interlocuteur du Président Karzaï sur ces questions

- la clé de la stabilité de l’Afghanistan est aussi régionale, et l’ONU, par son impartialité, est bien placée pour réunir tous les acteurs régionaux autour d’un objectif commun.

- enfin, le RSSGNU et la MANUA doivent continuer à travailler à la cohérence de l’aide internationale, en travaillant avec le gouvernement afghan et le représentant civil de la FIAS dans le but de tendre vers l’objectif d’alignement de 80% de l’aide internationale sur les programmes de priorités nationales

Monsieur le Président,

Permettez-moi de conclure en réitérant l’engagement de mon pays auprès des Afghans, dans leur combat pour mettre en place un Etat de droit, démocratique, stable et prospère et éviter que leur territoire ne serve à nouveau de plate-forme au terrorisme international.

Nous continuerons de participer à l’engagement collectif, en concentrant notre effort civil et militaire dans la province de la Kapisa et le district de Surobi.

Comme le Président de la République française, Nicolas Sarkozy, l’a rappelé à de nombreuses reprises, la France restera engagée aussi longtemps que nécessaire et aussi longtemps que les Afghans le souhaiteront.

Je vous remercie./.



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