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31 octobre 2011 - Conseil de sécurité
Consolidation de la paix post-conflit - Intervention de M. Martin Briens, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies

Je souhaite remercier Mme Cheng-Hopkins et l’ambassadeur Lucas pour leur présentation.



Il est impératif que le Conseil de sécurité, qui a en charge le maintien de la paix et de la sécurité internationales, aborde régulièrement la question de la consolidation de la paix. Une intervention des Nations unies ne se limite pas à un soutien au rétablissement de la paix, la consolidation de l’acquis est indispensable pour éviter qu’un pays juste sorti d’un conflit ne rechute dans la crise. Rappelons que la consolidation de la paix consiste notamment à gérer le rétablissement progressif de toutes les capacités de l’Etat souverain, vers la pleine maîtrise de leur destin par les populations concernées.

Pour gérer cette transition avec succès, certains éléments sont clés :

Premièrement, la question de l’appropriation nationale. Les bases d’une paix durable supposent la conduite de réformes d’envergure. Or ces réformes, qui portent sur des aspects aussi fondamentaux que la gouvernance, la justice ou la sécurité, ou encore qui commandent la relance d’un processus de développement ne peuvent être menées à leur terme sans faire l’objet d’une appropriation nationale. La clé de la réussite pour une consolidation de la paix est donc la mise en place d’un dialogue approfondi avec l’Etat concerné. C’est pour faciliter ce dialogue que nous avons établi dans certains pays sortis de crise des Bureaux intégrés de consolidation de la paix, comme le BINUCA en République centrafricaine, ou encore le BINUB au Burundi.

Le deuxième élément clé pour une transition réussie est une bonne coordination des acteurs. La consolidation de la paix dans l’après-conflit est complexe car elle implique de mener en même temps des tâches très différentes. Il ne peut pas y avoir de séquençage trop net entre ces tâches et les Opérations de maintien de la paix doivent pouvoir appuyer autant que possible ce processus. Pour autant, même dans les premières étapes, les opérations de maintien de la paix ne peuvent pas nécessairement prendre en charge tous les volets de l’appui à la consolidation de la paix. Le retour des acteurs habituels par exemple en matière de développement, est préférable, les plus rapidement possible. Une bonne concertation et coordination entre tous les acteurs est donc nécessaire afin que les opérateurs internationaux les plus efficaces soient impliqués dans les programmes de consolidation de la paix et y tiennent chacun toute leur place. Outre la structure civile que comporte une opération de maintien de la paix, il peut s’agir notamment des agences des Nations unies dotées d’une solide expérience technique, comme le PNUD ou l’ONUDC, ou des bailleurs bilatéraux.

C’est précisément ce travail de mobilisation que la CCP, sous l’impulsion de la mission du Luxembourg et avec l’aide du Secrétariat et du bureau de Dakar essaie de mener en Guinée, où il n’existe ni OMP, ni bureau intégré. Nous nous réjouissions que des actions de soutien aient été identifiées et amorcées, en particulier dans la réforme des secteurs de sécurité, afin d’aider les Guinéens à consolider la paix et leur jeune démocratie.

Le troisième élément clé est l’anticipation est indispensable. Parce que les conditions nécessaires à la consolidation de la paix se préparent dès les premières étapes de la gestion de crise, il est important de conduire une réflexion en amont sur les priorités qui seront à mettre en œuvre dès l’immédiat après-conflit. A cet égard, je souhaiterais saluer la réflexion conduite par le Département des Opérations de maintien de la paix et le Département d’appui aux missions sur la contribution des OMP en matière de consolidation de la paix, examiné lors de la dernière réunion de la Commission de consolidation de la paix.

De quels moyens disposons-nous pour mettre en pratique ces principes de transition ?

Tout d’abord, nous devons travailler sur la qualité des mandats, qui doivent permettre de poser des jalons pour la phase de consolidation de la paix. C’est ce que nous avons fait en Côte d’Ivoire avec la résolution 2000, qui donne un mandat clair à l’ONUCI pour appuyer les autorités dans le redressement du secteur de la sécurité. C’est ce que nous avons fait à nouveau avec la Mission des Nations unies au Soudan du Sud (MINUSS), avec la résolution 1996, qui prévoit notamment l’appui de l’opération aux autorités sud-soudanaises pour la réforme des secteurs de sécurité et de justice et le renforcement de l’Etat de droit.

Deuxièmement, sur la base de ces mandats, le Secrétariat doit mettre en place une planification permettant d’une part de mesurer les progrès d’achèvement de la mission et d’autre part de préparer - dès le début - sa fin ;

Enfin, il est indispensable de disposer de ressources sur le terrain pour mettre en œuvre la transition. C’est notamment pour cette raison que le développement des capacités civiles est un élément clé dans la consolidation de la paix dans l’après-conflit. Pour mieux fournir des moyens civils efficaces aux pays touchés par un conflit, les efforts de la communauté internationale doivent être guidés par un esprit de partenariat, en renforçant les liens entre les capacités civiles de l’ONU, les Etats membres, les organisations régionales et de la société civile. Je souhaite à cet égard saluer le rapport du Secrétaire général du mois d’août dernier, qui constitue la première réaction des Nations unies au rapport de Jean-Marie Guéhenno sur le développement des capacités civiles.

Je conclurais en soulignant que la mobilisation croissante des différents acteurs autour de la consolidation de la paix, que ce soit les Nations unies ou les autres acteurs internationaux, a entraîné la mise à disposition de nombreux outils qu’il s’agit maintenant d’exploiter au mieux en développant des synergies. C’est ainsi que nous assurerons à la fois la cohérence de l’action internationale et la lisibilité de l’action des Nations unies dans le domaine de la consolidation de la paix.

Je vous remercie.



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